mercredi, 06 octobre 2010

Quand les Français confondent "Principauté de Liège" et "Pays-Bas méridionaux"...

 

19694.bandeaurubenspoussin.jpg

Au158 du boulevard Haussmann, à Paris, dans le très beau Musée Jacquemart-André se tient jusqu’en janvier 2011, une exposition  remarquable consacrée aux peintres du 17ème siècle rassemblés sous l’égide de Rubens – Poussin.

Grâce à Albert Vandervelden – Citoyen d’Honneur de la Ville de Liège (promotion 2010) – et au Musée de l’Art wallon, Liège y est très bien représentée. Une section de l’exposition s’intitule même De Paris à Liège, le triomphe du classicisme. Sur soixante-deux toiles, six sont l’œuvre de peintres liégeois. Sont présents Gérard Douffet, l’initiateur de l’école liégeoise de peinture, Bertholet Flémal, Gérard Goswin, Walthère Damery, Jean-Guillaume Carlier et Gérard de Lairesse.

Les œuvres liégeoises vont du Paysage classicisant au Portrait de Jean Valdor sans oublier un Triple Portrait, l’Autoportrait de Carlier, Le Christ appelant à lui les petits enfants et dans un tout autre registre La Fête de Vénus ou encore Le triomphe de Paul Emile.

Organisée dans le cadre de la Présidence belge de l’Union européenne, cette exposition retrace l’histoire d’une double influence : celle exercée par Rubens et les artistes flamands sur les peintres français qui s’approprient les canons esthétiques baroques, puis celle de Poussin qui impose jusque dans les Flandres, les lois du style classique.

Il faut savoir que la veuve de Henri IV, Marie de Médicis a été une groupie de Pierre-Paul Rubens et des autres maîtres flamands tant lors de ses malheurs qu’en ses bons jours. Déchue par son fils Louis XIII de son statut de reine-mère (et, itou, de ses pensions y afférentes) elle pose, à Bruxelles, pour Antoon Van Dyck. Réfugiée à Cologne, elle décède dans une demeure appartenant à Rubens. Préoccupée de la décoration du Palais de Luxembourg dont elle a entamé la construction, elle charge Rubens de divers décors dont notamment l’Allégorie du bon gouvernement. Vaste programme toujours d’actualité…      

Les Commissaires de l’exposition Rubens - Poussin, - l’un spécialiste de la peinture française du XVIIe siècle, Nicolas Sainte Fare Garnot (Conservateur du Musée Jacquemart-André), l’autre, Jan de Maere (Directeur du Centre de Documentation du Patrimoine Flamand)  -, face à cette arrivée de Rubens et de nombreux autres peintres des Pays-Bas méridionaux, ont choisi d’appeler Paris se met à la mode flamande un des six chapitres de l’exposition.

Ils sont nombreux les Philippe de Champaigne,  Jacques Fouquières et d’autres moins notoires à être montés à Paris. Plus exactement à Saint-Germain-des-Prés pour des raisons fiscales. Dans le bourg,  les contraintes sont moindres que dans la capitale.  Des Français tels les frères Le Nain  traduisent le génie flamand de manière à la fois grave et subtile. Il est indéniable, comme le constate un des Commissaire de l’exposition que l'école baroque flamande a eu une forte influence sur les artistes français. Le propos de l’exposition est de montrer qu’à coté de l’influence italienne sur la France, celle des provinces du Nord a beaucoup compté. Ou autrement dit ; Figures majeures de la peinture occidentale et grands maîtres à redécouvrir s’y côtoient pour évoquer la richesse encore méconnue des échanges culturels entre les Flandres et la France.

Mais la mode évolue. Sous Louis XIII, naît une école française détachée de toute influence flamande ou italienne.  Cependant, en Italie, d’autres Français tel Nicolas Poussin poursuivent des travaux dans la même direction. Lorsque l’Académie royale de peinture et de sculpture est fondée en 1648, le style qu’elle propose est celui de Nicolas Poussin. Renversement de situation : si les Flamands continuent à fréquenter la capitale parisienne, ce n’est plus pour diffuser le style et la technique appris pendant leur première formation dans les provinces belges, mais pour reprendre à leur compte les nouveaux modèles picturaux développés par les artistes français. Les exemples d’artistes flamands convertis au classicisme ne manquent pas, mais ce sont tout particulièrement les peintres de la principauté de Liège qui s’approprient les codes stylistiques de l’école française. Mais, à Paris en 2010, nos peintres principautaires liégeois sont subtilement transformés en artistes des Pays-bas méridionaux. Dans la présentation de l’exposition, Bertholet Flémal - formé à Liège dans l’atelier de Gérard Douffet puis à Rome - est surnommé le Raphaël des Pays-Bas tandis que Gérard de Lairesse devient le Poussin hollandais !...

 

Bertholet_flemal.jpg

220px-Rembrandt_Harmensz._van_Rijn_095.jpg

Bertholet Flémal   (Autoportrait)              Gérard de Lairesse (Rembrandt)

17:45 Écrit par Pierre André dans Art | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

Les commentaires sont fermés.