mardi, 22 mars 2011

Espace Wallonie : Georges Truffaut, Histoire d'eaux Liège expose son avenir.

       Au fil des siècles et notamment en 1409, 1571, 1643, 1740, Liège a été victime de son fleuve, la Meuse. Au 19ème siècle, des travaux gigantesques sur le cours de la Meuse ont permis de croire que Liège est pratiquement à l’abri des inondations. Erreur, car quelques semaines de pluies abondantes aboutissent au drame de 1926. Comme l’écrit notre confrère Jean-Pierre Keimeul les inondations mirent en évidence de nombreuses lacunes en matière d’ « écologie industrielle » : galeries de mines non comblées, entraînant des affaissements de terrain ; manque de compréhension (et donc de contrôle) des bassins hydrographiques, avec pour corollaire un questionnement quant aux responsabilités de chacun (patrons de charbonnages, État…).

       L’exposition  Histoire d’eaux Liège expose son avenir qui se termine samedi, à l’Espace Wallonie – place Saint-Michel jouxtant Haute-Sauvenière – montre des vues de la catastrophe de 1926 notamment à Seraing et Tilleur qui ont été plus touchés encore que le centre de Liège qui a connu des endroits où l’eau a atteint les deux mètres.

       Coordonnée par Jean-Yves Xhenseval avec la collaboration de la Direction générale du Service public de Wallonie, l’exposition fait, à juste titre, la part belle à l’importance que la voie d’eau représente dans le redéploiement  de la région liégeoise. Trois niveaux de l’Espace Wallonie – 4, 3, 2 – sont consacrés au présent et au futur des voies d’eaux. Nous n’en dirons rien. L’intérêt mérite votre visite et votre réflexion.  

En revanche, le plateau du cinquième de l’Espace Wallonie montre comment les autorités ont réagi d’abord aux inondations, ensuite à la crise économique qui frappe le monde simultanément à la montée des régimes forts, extrémistes, fascistes et nazis.

       Comme à l’habitude, la catastrophe permet de dégager des crédits pour entreprendre des travaux qui ont été envisagés, voire promis auparavant. Ainsi, on effectue l’endiguement du fleuve jugé utile et promis au lendemain de l’Exposition Universelle de 1905. Exposition retardée de deux ans à cause des travaux menés sur l’Ourthe. Dès 1928, le démergement de la Meuse est confié à l’Association intercommunale pour le démergement et l'épuration (AIDE). Une des intercommunales les moins connues des Liégeoises et des Liégeois alors que celle-ci leur évite des maux connus des siècles durant par leurs ancêtres.

       Fin 1929, éclate la Grande Dépression. Les festivités prévues pour le centenaire de l’indépendance de la Belgique, tout particulièrement les deux Expositions internationales d’Anvers et de Liège, n’ont pas eu le succès escompté. Déception à Liège où 12 millions de visiteurs sont attendus, la moitié seulement s’est déplacée entre le 3 mai et le 3 novembre. Héritages de l’Exposition internationale de la grande industrie, sciences et applications, art wallon ancien : l’aérogare d’Ans, le pont-barrage de l’île Monsin. Le moment fort de cette Exposition se déroule, le jour de la Visitation, le samedi 31 mai lorsque le Roi Albert soulève, à l’aide d’une pelle à vapeur, la première motte de terre du futur Canal qui relie Liège à Anvers. La décision d’entreprendre ces importants travaux publics – une politique prônée par John-Maynard Keynes – le mardi 24 avril 1928, à la Saint-Fidèle.Canal Abert.jpg

       Le creusement du Canal Albert dure neuf ans. Il est inauguré par le Roi Léopold III, le dimanche 30 juillet 1939. À la Sainte-Juliette, le port fluvial de Liège est enfin uni au port maritime d’Anvers, son Roméo ! Cet événement s’est déroulé dans le cadre de l’Exposition internationale de la technique de l’eau qui s’est ouverte le samedi 20 mai.  

Grand Liège.jpg       L’idée d’organiser ce que le public a appelé l’Expo de l’eau a été prise au restaurant Le vieux Liège lors d’un dîner réuni, en 1936, à l’initiative de l’Échevin des Travaux publics, Georges Truffaut. À ce dîner, participe notamment notre confrère René Lieutenant, journaliste à La Wallonie tout comme l’a été Georges Truffaut. Homme d’action, celui-ci fonde avec diverses personnalités liégeoises, Le Grand Liège (1) dont le but est de conférer à la Cité Ardente un essor économique plus grand, un rayonnement intellectuel plus vivace, en un mot, une renommée digne d’une grande ville.

       L’Exposition internationale de la technique de l’eau a été fermée, prématurément, le samedi 2 septembre. La veille, la Pologne est envahie par l’Allemagne nazie et l’avant-veille, frappés par la foudre l’explosion de deux ponts liégeois minés, le Val Benoît et celui d’Ougrée a provoqué une vingtaine de morts.

       En revanche, son inauguration a été remarquable. À leur arrivée par train royal, le Roi et les personnalités de la Cour ont traversé la ville en calèche avant d’arriver à Coronmeuse. A l’issue de la visite, le programme a prévu un thé d’honneur. Thé et non vin d’honneur. À l’époque, la loi Vandervelde du 29 août 1919 sur l’alcool est toujours de stricte application, le Patron est mort quelques mois plus tôt.

        Moult vedettes se produisent dont le Fou chantant,  moult manifestations dont le Cortège des drapeaux. Le commissaire aux Fêtes, Georges Thone a admis la participation des anciens combattants regroupés en Croix du Feu et rejeté ceux ayant choisi l’emblème du fusil brisé au prétexte qu’on pourrait craindre des troubles de la part des gens qui ne veulent pas comprendre notre symbole au fusil brisé. Ces anciens combattants s’étonnent auprès de Georges Truffaut de ce refus d’autant que les Croix du Feu ont prouvé un peu avant les élections que leur façon d’agir cadrait bien avec le mouvement fasciste. Georges Truffaut considère que la réclamation contre la participation des Croix du Feu est entièrement fondée.

       L’historien Paul Delforge de l’Institut Jules Destrée présente le jeudi 24 mars, à 18h30, les diverses facettes de Georges Truffaut, un grand Liégeois, concepteur de l’Expo de 39, parlementaire, officier de marine qui récupère l’or belge au Sénégal lors de l’invasion, mort  en entraînant  des recrues belges en Angleterre en 1942 (2).

 

 

iGeorges Truffau.jpg(1)   www.legrandliege.be – Président : Jean-Maurice Dehousse,

(2)   Réservation souhaitée au  04 250 93 30

22:02 Écrit par Pierre André dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

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