lundi, 15 août 2011

SPA : Le 52ème FESTIVAL ROYAL DE THÉÂTRE confirme et annonce une nouvelle quinzaine festive animée en octobre à Liège par les Baladins du Miroir.

        Ce dimanche soir 14 août 2011, le 52ème  Festival Royal de Théâtre de Spa nous a tout d’abord apporté une confirmation : Alexandre von Sivers reste bien au sommet qualitatif du  monde des comédiens professionnels francophones. Ce docteur en droit qui a si bien travaillé comme responsable du secteur du spectacle au sein de la Centrale générale des Services publics F.G.T.B. afin de finalement conquérir pour ses collègues sans travail  un statut permettant à d’autres qu’aux vedettes d’obtenir des indemnités de chômage quand l’emploi leur fait défaut (par exemple lorsque se multiplient les one(wo)man-showes ou les duos au détriment des pièces à distributions plus étoffées). Par contre, pour notre plus grand plaisir – avouons-le – il y a quelques comédiens d’exception qui, au-delà de l’âge de la retraite, restent fréquemment sollicités par celles et ceux qui – douce illusion – les croient irremplaçables.

 LE GRAND RETOUR DE BORIS S. . 

Le grand retour de Boris S.  évoque d’ailleurs – dans le style et dans une mise en scène  efficaces, d’une part de Serge Kribus (non dépourvu d’humour … juif ) et d’autre part, de  Valérie Lemaître (aux multiples talents de comédienne, scénariste, etc …) - un comédien sur le retour qui rétablit des liens mal noués mais profonds avec son fils qui vient de perdre femme, enfants et travail du fait de son caractère irascible.  Xavier Campion donne une excellente réplique à son partenaire Alexandre von Sivers.                                                                                       

LE CHANT DE LA SOURCE  par Les Baladins du Miroir.

Ce même soir, nous disposions de peu de temps pour rejoindre Les Baladins du Miroir. Ceux-ci nous avaient très aimablement, grâce à l’attachée de presse du Festival, réservé une table afin de pouvoir apprécier (dans de bonnes conditions malgré la grande affluence du public dans leur chapiteau aux places non numérotées) un de leurs grands spectacles : Le Chant de la Source.                                                               

       Après la naissance  en France dès 1964 du Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine , au Québec les prémices du  Cirque du Soleil ont été lancées par Guy Laliberté au tout début des années 1980 alors qu’en Wallonie, Nele Paxinou donne naissance aux Baladins du Miroir.                                                

        J’ai découvert Mnouchkine lors d’une représentation  époustouflante de La Cuisine d’Arnold Wesker, au Théâtre Royal de Liège lors du Festival alors annuel du Jeune Théâtre animé par Robert Maréchal. Cette grande dame prend place aux côtés de Jean Vilar  au firmament du théâtre français du dernier demi-siècle.

        Voici d’ailleurs, en guise d’hommage, le texte intégral de son autobiographie : Je voulais être metteur en scène. Je fonde le Théâtre du Soleil en 1964, avec mes amis de l’Association théâtrale des étudiants de Paris. Je suis devenue metteur en scène. En août 1970, nous nous installons à la Cartoucherie, qui devient notre maison. Nous y travaillons toujours aujourd’hui.                                                                

        L’histoire de Guy Laliberté commence bien. Il fut le fondateur d’une troupe de théâtre de rue : Les  Échassiers de Baie-Saint-Paul . Il réussit  à y imposer (à Baie Saint-Paul) une grande Fête foraine. Se heurtant à un refus du ministre de la culture, il parvint à convaincre le Premier Ministre du Québec, René Lévesque, de  subventionner une de ses initiatives qui donna naissance au Cirque du Soleil. Pas mal pour qui a débuté par une formation de cracheur de feu. A présent le Cirque du Soleil est une entreprise multinationale qui multiplie ses engagements philanthropiques et écologiques et qui, ainsi imprégnée de bonne conscience, emploie avec rigueur quelque 4.000 personnes dont un millier d’artistes. Guy Laliberté garde le contrôle de cet empire du divertissement artistique . Personnellement,  il se contente en 2009 d’une fortune de l’ordre de 2,5 milliards de dollars et il est propriétaire d’un atoll des Tuamotu en Polynésie française !

       Pense-t-il que ce soit mieux qu’à Vincennes ? Je n’en sais rien mais ce qui – plus modestement, nous arrivons en Wallonie - n’est pas mal non plus c’est ce qu’évoque Julos Beaucarne à propos du deuxième tome du livre de Nele Paxinou :  Ne laissez pas mourir vos rêves .

Le natif d’Ecaussine écrit : 'O Nele, tu me dis que tu te souviens de tout et de tous, tu me montres une foule de classeurs sur la table de ton salon dans ton port d'attache : ta maison de terre de Thorembais-les-Béguines au Champ Saint-Roch en Brabant où tu jetas l'ancre jadis. Dans ces classeurs, tu as soigneusement noté toutes les étapes de ta saga personnelle et la saga de toutes celles et ceux qui ont embarqué et parfois débarqué de cette arche de Noé naviguant tour à tour entre mer calme et tempête. Que de rencontres, que de déboires, mais que de joies surtout ! Le public est ta famille, c'est lui que tu chéris par-dessus tout, le public, c'est ton ami, ton frère, ton gagne-pain, c'est pour lui que tu existes.                     

        Comme Ariane Mnouchkine, Nele Paxinou tient, assise dans son fauteuil roulant, à accueillir et saluer son public au début et à la fin de chaque représentation. En quittant le chapiteau je lui ai souri  en me disant que ce n’était pas le moment des questions. Qu’est-ce qu’un baladin ? La définition de mon petit Larousse illustré 1985 lui plaît-elle ? Farceur de place publique. A ne pas confondre avec le saltimbanque dont l’origine italienne saltimbanco se traduit littéralement par qui saute sur le tremplin. Ses baladins à elle qui nous tendent ce dont nous avons besoin pour nous regarder nous-mêmes et souvent nous faire rire, sont professionnels et polyvalents, à la fois comédiens, musiciens (instrumentistes), chanteurs, clowns, acrobates et quand ils collaborent avec un de leurs deux écrivains amis (cette fois  Henri Gougaud, né il y a trois quarts de siècle à Carcassonne), ils deviennent même conteurs et poètes. Quel beau spectacle que celui mis en scène par Geneviève Knoops.

       Un hymne à la fraternité en douze contes et seize chansons venues de onze pays qui sont (par ordre alphabétique s-v-p) celui de Jacques Brel , la Bulgarie, la Corse et la Croatie, l’Egypte, la Géorgie, l’Inde du Nord et l’Irlande, du Nord aussi,  la Lombardie (cet El piscinin qu’aiment entendre chanter les petits Wallons d’origine italienne) , la Russie, la Tchéquie et la Turquie. Cette fête de la musique aux couleurs d’un monde  qui nous est conté dans des histoires peuplées de rires et parfois de larmes, se déroule à un rythme soutenu  où les effets comiques comme les autres  trouvailles scéniques abondent pour la plus grande joie d’un public conquis et enthousiaste. Cette troupe ambulante est fantastique : elle s’inscrit pleinement dans une tradition quatre fois centenaire et appartient au patrimoine immatériel de l’humanité. Elle exprime son ambition collective dans cette phrase : Nous construisons les cathédrales de l'éphémère... Elle mériterait d’être classée mais attention : pas de stérilisation !       

        Nele Paxinou est née à Anvers le 6 mars 1942 et après des cours d'art dramatique à l'Académie de Bruxelles et à l'université du Théâtre des Nations, elle obtient une double licence en philosophie et en sciences théâtrales à l’Université catholique de Louvain où le Walen buiten n’avait pas encore été concrétisé  A 23 ans, l'apprentie comédienne décide de se tourner vers la mise en scène à cause de soucis de santé qui lui interdisent – déjà - une activité physique intense.  En 1980, forte d’une quinzaine d’années d’expériences, elle fonde la compagnie des Baladins du Miroir qui se définit comme étant une troupe de théâtre forain implantée  à Thorembais-les-Béguines et composée de 25 comédiens et techniciens, dont 15 permanents, qui proposent des spectacles mêlant toutes les composantes de la scène.

        Emmenée par les pionniers Gaspar Leclère, Geneviève Knoops et Alain Boivin entre autres, la compagnie a inventé un style propre, qui ne renie pas ses origines médiévales.    Itinérante par nature, elle effectue de nombreuses tournées, en Belgique et en Europe, mais aussi au Canada et particulièrement bien sûr au Québec. En 2008, elle est accueillie à la Cartoucherie de Vincennes pour jouer ce qui était alors sa dernière création, Tristan et Yseut, que nous avons aussi vivement appréciée de même que notamment 1914, le grand cabaret ou Un Faust de plus.                                                                                                                           

       C’est dès lors avec beaucoup de plaisir que nous avons appris à Spa une perspective proche qui ne figure encore dans aucun agenda informatisé : du 1er au 15 Octobre prochain les Baladins du Miroir installeront leur grand chapiteau sur l’esplanade Saint-Léonard à Liège pour y animer une quinzaine festive lors de laquelle de nombreuses représentations du Chant de la source auront lieu et seront complétées par des spectacles du Théâtre  Le Public  qui installé dans les anciennes brasseries Aerts de la plus pauvre des dix-neuf communes de l’agglomération Saint-Josse est en train de devenir une des toutes premières scènes bruxelloises (ce qui se confirmera sûrement au printemps 2012 par la réalisation  d’un Cyrano de Bergerac bénéficiant d’une très large distribution). Fondé en 1994 et co-dirigé par Michel Kacenelenbogen  - qui précise gentiment : appelez-moi Michel Kacen ou Michel Bogen - et par son épouse Patricia Ide, ce Théâtre Le Public moins connu à Liège qu’à Charleroi (où il se produit régulièrement dans la salle de la Galerie Marignan) interprète au début de sa saison 2011-2012 trois pièces : une adaptation du roman de Romain Gary qui  emporta le Goncourt sous le pseudonyme d’Émile Ajar : La vie devant soi, La fausse suivante de Marivaux et Désordre public d’Evelyne de la Chenelière.                                 

       Le directeur adjoint des Baladins du Miroir Gaspar Leclère m’a rappelé le numéro de téléphone où il sera bientôt possible d’obtenir plus de précisions quant à la programmation précise de cette quinzaine festive : c’est le 010 88 83 29                                            

                   Jean-Marie ROBERTI.

23:08 Écrit par Pierre André dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

Commentaires

Serait-il possible d'obtenir le texte ou l'on parle de 'divertissement artistique' ? La notion mérite d'être reexplorée : cent fois sur le métier...

Écrit par : Verviers Ville des Mots 2011 | mercredi, 17 août 2011

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