lundi, 29 août 2011

À Spa un 52ème - … et dernier ? - Festival royal de Théâtre car à Bruxelles le Kunstenfestival élitiste est préféré au service de grands textes dramatiques en « province »…

        Le 52ème Festival Royal de Théâtre de Spa a, dans 6 lieux, pendant 11 jours (du 5 au 16 Août 2011), réuni plus de 11.000 spectateurs (dont 760 abonnés), le taux d’occupation des salles atteignant 80% lors des 60 représentations de 28 spectacles comprenant 5 créations dont 2 mondiales, outre 3 après-midi de théâtre de rue.

          Ce que ce bilan chiffré ne dit pas en une phrase, c’est que l’establishment bruxellois de la Fédération Wallonie-Bruxelles  (dont les responsables brillent à Spa par leurs absences répétées, en ne veillant même pas à s’y faire représenter) est en train d’étrangler,  - après plus d’un demi-siècle essentiellement marqué par une volonté de servir des textes de qualité plutôt que la prétention de metteurs en scène nombriliques -,  la principale manifestation estivale wallonne d’art dramatique à qui est, systématiquement et injustement, refusé le renouvellement d’un contrat-programme pluriannuel.

       C’est dans le silence assourdissant de trop d’élus de la majorité wallonne du Parlement de l’ex-Communauté française  que sont votés des budgets qui bafouent toute équité quant à la répartition des dépenses localisables entre régions wallonne et bruxelloise (déjà dotée à son profit si pas exclusif, en tout cas très largement prioritaire de toutes  les coûteuses institutions culturelles et scientifiques restées fédérales, et cela à deux exceptions flamandes près : Tervuren et Meise).

         Par exemple  le Kunsten Festival des Arts initiative flamande (officiellement bilingue, égalité incontournable mais qui à Bruxelles s’avère très  favorable à la minorité flamande) d’expression avant-gardiste élitaire fondée, il y a une quinzaine d’années, par Madame Frie Leysen  est largement subventionné par la Communauté flamande et depuis cette année par l’Union européenne qui compte parmi ses dirigeants  à Bruxelles des  amateurs d’art contemporain (parfois malheureusement  y compris le plus abscons), sans parler de l’aide de la Région et de la Ville de Bruxelles.

      Tant au sein des gouvernements concernés et de leurs hautes administrations qu’au niveau de la direction  et des services d’études des partis, cela n’empêche pas certains de nos responsables politiques  d’octroyer une subvention annuelle supplémentaire  à ce Kunsten…  Subvention qui représente à elle seule le DOUBLE de ce qui est consenti chaque année au Festival théâtral de Spa devenu Royal mais resté provincial (donc concrètement méprisable) et trop peu lucratif pour les sponsors de grands évènements.

    Quand donc nos éloquents parlementaires wallons s’inspireront-ils de Cicéron s’adressant au comploteur Catilina, et (leurs pages roses consultées) s’écrieront–ils : Quo usque tandem, abutere patientia nostra?  ce qui signifie Jusques à quand enfin, abuseras-tu de notre patience ?. Il y a urgence car à force de se déliter, la situation est à ce point obérée (par des rémunérations, cotisations sociales, défraiements qui, malgré leur grande modestie, stagnent et donc régressent, par des choix artistiques bridés par la diminution de la taille moyenne des distributions etc… et par un manque de moyens en vue de développer une communication efficace) qu’Armand Delcampe a affirmé  - bien qu’en 2011 les recettes propres du festival aient nettement dépassé  les prévisions - que si les choses ne bougeaient pas de manière vraiment significative, il ne serait pas l’an prochain à un quatorzième rendez-vous spadois. Cela personne ne l’a reproduit : c’est sans doute un avertissement impoli.

Quelques chiffres…

     Le Théâtre national  - débarrassé de ses obligations de décentralisation - reçoit annuellement 6.395.000 euros et son directeur  obtient en plus 400.000 euros par an pour un Festival de Liège (et autres lieux) qui n’est plus organisé que tous les deux ans en remplacement d’un Festival liégeois du Jeune Théâtre qui lui était annuel. Le Kunstenfestival à dominante bruxello-flamande obtient de la Wallonie (si, si..) et de Bruxelles 587.000 euros soit 335.615 euros annuels de plus que le 52ème Festival Royal de Théâtre de Spa (251.385 €).

      Et, pour ses élites, l’ex-Communauté française n’hésite pas à prendre en charge cinq emplois à l’année pour animer en vue du Festival off  les bâtiments qu’elle a achetés en Avignon où son Théâtre des Doms obtient, en outre, 595.000 euros de subventions annuelles (le taux d’occupation des places étant pendant le festival de 64%  soit 16% de moins qu’à Spa).

      Nous reviendrons sur ces chiffres et bien d’autres. Alors que les Wallons représentent quelque 80% des francophones de la Fédération Wallonie Bruxelles, ils sont floués de manière scandaleuse dans bien des domaines, du secteur bancaire jusqu’à celui de la communication (voyez la RTBF …) en passant par des théâtres sur lesquels il nous reste beaucoup à écrire.

       À Liège tandis que le Théâtre (également Royal) de l’Etuve perdait, en 2010, 50% de ses 62.000 euros de subventions annuelles  et 100% en 2011, le Théâtre Arlequin doit se contenter de 151.000 euros par an soit moins d’un dixième de ce qui est octroyé à des scènes bruxelloises telles que le Varia ou le Rideau de Bruxelles. A quand des amendements parlementaires wallons à une telle situation inadmissible ?                                                           

               Jean-Marie ROBERTI

 

 

 

17:05 Écrit par Pierre André dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

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