lundi, 29 octobre 2012

Le Conseil de déontologie journalistique fait le ménage dans les ménages qui font des ménages...

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       Ophélie Fontana et Vincent Langendries vivent l’amour de leur vie. Tous deux sont journalistes à la RTBFbe. Paris-Match-Belgique – poids des mots, choc des photos – ne peut rester insensible face à cet amour. L’hebdomadaire propose aux tourtereaux  une brève escapade à l’hôtel Touessrok à l’île Maurice, le temps  d’une photo et une accroche en couverture; de 11 pages de photos accompagnées de légendes vantant l’hôtel, les bijoux, les vêtements... dans lesquels évoluent les journalistes; et de 3 pages d’interview du couple avec, au bas de la dernière page, des remerciements à une série de fournisseurs de biens et de services.

       En date du 5 avril, Paris-Match-Belgique fait un tabac. La RTBFbe considère qu’elle n’a pas à juger le contenu de la publication en cause, qui s’inscrit dans les usages de la presse magazine centrée sur les stars et les peoples. Somme toute, la télévision publique n’est pas mécontente de la starification de ses journalistes qui confondent allègrement fracture de l’utérus et fracture du fémur royal.

       Selon le rédacteur en chef de Paris-Match-Belgique Marc Deriez, des reportages de ce genre sont courants dans un journalisme qui évolue et sont nécessaires pour donner une atmosphère qui fasse rêver le public. Des propos bien dans la ligne de ceux tenus par Patrick Le Lay, ancien PDG de TF1, évoquant le téléspectateur : nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c'est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible. (…) Rien n'est plus difficile que d'obtenir cette disponibilité.

       Quant au couple de journalistes du service public, ils considèrent en substance n’avoir rien à se reprocher. Ils ont toujours respecté les règles du métier. Ici, ils ont répondu à une demande de Paris Match qui impliquait un voyage rapide à l’Ile Maurice. Ils n’ont bénéficié d’aucun avantage matériel. Tous les objets leur ont été prêtés.

       Un lecteur attentif de Paris-Match-Belgique a vu dans ces 14 pages une confusion entre publicité et journalisme. Le chevalier blanc de l’audiovisuel, Bernard Hennebert (1) a déposé plainte auprès du CDJ (Conseil de déontologie journalistique). Il s’est notamment appuyé sur un article paru dans La Libre – un quotidien du même groupe de presse que l’hebdomadaire IPM. Le quotidien a écrit Le hic? C'est que tout cela ressemble fort à un publi-reportage pour l'hôtel qui les a reçus à l'île Maurice ou pour un bijoutier bruxellois dont la belle porte si bien le collier... dans la piscine. 

       À l’unanimité moins une voix, l’avis du Conseil de déontologie journalistique rendu, ce 17 octobre 2012, partage celui de Bernard Hennebert. Une triste journée pour les journalistes, le CDJ n’accepte pas que qui a embrasé cette profession fasse des ménages comme on dit dans le jargon de la presse. Décidément, les temps sont durs…

 

(1) auteur de quatre livres sur le service public dont le plus récent s’intitule sans faux espoirs « RTBF, le désamour » (2012 – Couleur Livres).

17:31 Écrit par Pierre André dans Actualité, Amour, Media, Télévision | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

Commentaires

A nouveau, il y a condamnation parce qu'il y a eu "starisation" ... Ces deux journalistes n'ont rien à envier à nombre de leurs collègues qui ont déjà connu ce type de proposition et y ont répondu avec bonheur !!!!! Et comme ils le disent, il n'y a pas eu d'avantages personnels. En revanche, on n'entend jamais le CDJ lorsqu'un journaliste (qu'il soit de la RTBF, de la presse écrite ou ailleurs) réclame et/ou obtient 1.000, 2.000 ou 5.000 Euros en black pour animer une soirée / débat ...... Et là, y a du beau monde, pourtant ......

Écrit par : Albert FRERE | lundi, 29 octobre 2012

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