jeudi, 05 septembre 2013

Liège libre le 7 septembre 1944, moins de 10 jours plus tard, grève générale !

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       Paraphrasant le général de Gaulle, le jeudi 7 septembre 1944, le gouverneur de la Province de Liège, Joseph Leclercq et le bourgmestre de Liège, Joseph Bologne auraientt pu dire Liège outragé ! Liège brisé ! mais Liège libéré. Le jour-même, à  partir de l’émetteur liégeois de l’INR (Institut national de radiodiffusion), l’information est confirmée, Liège est libéré par les troupes américaines de la Third Armoured commandé par le Général Major Maurice Rose, tué au combat le vendredi 30 mars 1945, aux environs de Cologne. Liège est libre, du moins, sa rive gauche. Les combats continuent  sur la rive droite jusqu’au samedi 9.

général Rose.jpg Général Major Maurice Rose

       L’émetteur se trouve près de la Place Jean de Wilde. Cet émetteur est un des fruits de la Mission Samoyède initiée par notre confrère Paul-M.G. Lévy. L’objectif de Samoyède  est clair : La Belgique ne sera pas libérée d'une traite. Il faut un émetteur par province. À Liège, comme ailleurs en Belgique, des Résistants tel Eugène Mangon se chargent de ce travail dangereux. Le jour J, l’émetteur est prêt à fonctionner. Au temps de l’occupation, Eugène Mangon a gravi nombre de fois la Montagne Sainte-Walburge, en poussant sa charrette de plâtrier où les divers éléments parachutés sont dissimulés.

       Avant de s’enfuir, les troupes allemandes ont fait sauter les ponts. Les Américains feront passer leur charroi sur un pont flottant déployé sur la Meuse. La destruction de l’immeuble abritant les installations techniques de de la Régie des Télégraphe et Téléphone rend plus malaisé les contacts lors de la reconstruction du pays. En revanche, les gares sont quasi intactes.

       En outre, afin de retarder le déplacement des troupes américaines et la Résistance – principalement du Front de l’Indépendance (FI) et de l’Armée de Libération (AL)  -, les Allemands s’en prennent, l’après-midi du 7 septembre, aux carrefours du Cadran, de Hocheporte et de Fontaibleau. Modus operandi, sans se soucier des civils, ils utilisent des chenillettes piégées remplies d’explosifs qu’ils font exploser. À Fontainebleau, Maurice Waha tente d’arrêter l’engin en criant à la population de s’enfuir. Le geste de Maurice Waha est vain. Il y trouve la mort tout comme des dizaines de ses concitoyens.

       Le samedi 9 septembre, le journal La Meuse sort une édition spéciale. Le quotidien a vu ses locaux réquisitionnés au bénéfice du journal collaborateur La Légia qui est paru du 25 mai 1940 au 2 septembre 1944. Il est à noter que durant toute l’occupation, un journal clandestin a été édité sous le titre La Meuse. Ses deux premiers imprimeurs ont  été arrêtés, l’un a été fusillé à la Citadelle, l’autre décapité à Cologne. Le dimanche 10 septembre, un hommage officiel est rendu  par les autorités à la Citadelle.

 

 

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       Le 8 septembre, le gouvernement Pierlot rentre d’exil. On note que le Secrétaire Général de la Confédération Générale du Travail de Belgique (CGTB), le Serésien Joseph Bondas - réfugié à Londres en 1942 - y figure au titre de sous-secrétaire d'État de l'aide aux réfugiés, du travail et de la prévoyance sociale. Le 13 septembre, le gouvernement convie les partenaires sociaux à une Conférence Nationale du Travail (CNT) pour le 16. Fait important, il ne convie que les partenaires invités avant-guerre. Ce n’est point de l’hostilité mais comme Joseph Bondas l’a dit plus tard tout simplement parce qu’on ne disposait que de très peu de temps et encore moins d’éléments connus et certains sur les nouveaux mouvements surgis de la guerre (1).

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Joseph Bondas

 

       Il faut savoir qu’au début de la guerre, sous l’action de l’ancien président du POB (Parti ouvrier belge) Henri De Man, partis et syndicats ont été abolis. Les syndicats ont été remplacés par l’UTMI (Union des Travailleurs Manuels et Intellectuels) créée le 22 novembre 1940. Déjà, le 4 septembre 1940, Joseph Bondas déclare refuser à faire du syndicalisme suivant les conceptions hitlériennes (2). En mai 1941, les femmes d’ouvrage de Cockeril lancent, durant une semaine, la grève des 100.000 à l’instigation de Robert Lambion.

       À partir de 1942, André Renard dans les milieux métallurgiques liégeois innove en créant, clandestinement, un syndicalisme nouveau axé sur l’action directe et l’indépendance à l’égard des partis. C’est le Mouvement syndical unifié (MSU). André Renard organise, toujours clandestinement, une aide sociale aux réfractaires au travail obligatoire en Allemagne édicté par l’occupant allemand. Par ailleurs, André Renard dirige, toujours dans la clandestinité, le corps franc armé KJ3 qui se livre à diverses activités de Résistance.         

       Le fait que le gouvernement Pierlot n’ait pas convié le MSU à la première réunion de la CNT est – à tout le moins – un impair. La réaction est immédiate. Le jour de la Conférence du Travail, il (le MSU) déclenche une grève générale de protestation contre sa non-reconnaissance par le gouvernement, le mauvais approvisionnement alimentaire et le niveau des prix. Pendant une semaine, du samedi 16 septembre au dimanche 24, quarante-cinq à cinquante mille travailleurs liégeois stoppent le travail dans les usines métallurgiques, les centrales électriques et les charbonnages du bassin (3) Le gouverneur Leclercq va jouer un rôle important dans la résolution du conflit (4).  

       Dès le lundi 18, séance de conciliation au Palais provincial.  Le gouverneur  rappelle  qu’il y a encore 75.000 prisonniers, 500.000 déportés et le souci de tous doit être de créer les conditions de leur plus proche retour. Tous doivent donc se remettre au travail (5). À l’issue d’une autre intervention d’un nouveau syndicat, André Renard  quitte le Palais en vertu du mandat impératif reçu des chefs du mouvement de grève (6).

       Après une rencontre  avec le Major  Jules Lerot, officier mandaté en Province de Liège  par le Haut-Commissariat  de la Sûreté de l’État, André Renard  donne, le 19 septembre, l’ordre de reprendre le travail dans les industries  dites de guerre à savoir les fours à coke, les centrales électriques et l’usine de pneus Englebert. Une des armes secrètes du Major Lerot est qu’il peut demander à tout instant l’intervention de l’armée américaine. Il n’y a jamais eu recours mais chacun sait qu’il peut le faire ! Licencié en psychologie du travail, le Major Lerot a du résoudre nombre de conflits sociaux de septembre 44 à septembre 45 comme Mehdi  Tekaya l’explique dans son mémoire de licencié en histoire de l’Université de Liège - http://fr.scribd.com/doc/47963553/Les-mouvements-de-greve...

triomphe.jpgVictoire !

(1)                 Extrait du mémoire de Mehdi Tekaya Les mouvements de grève dans la Province de Liège à la Libération (septembre 44-45) – Page 33

(2)                 Op. cit. Page 9

(3)                 Op. cit. Page 34

(4)                 Op. cit  Page 36

(5)                 Op. cit. Page 36

(6)                 Op. cit. Page 37

08:37 Écrit par Pierre André dans Actualité, Histoire, Liège, Social | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

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