dimanche, 13 octobre 2013

Verviers : quand Freddy Joris rencontre sa concitoyenne Marie Mineur.

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Freddy Joris, officier du Mérite wallon (2012)

        En novembre 2010, lors de l’Assemblée des Femmes de Wallonie, la féministe Jeanne Vercheval (1) brosse à larges traits l’histoire du féminisme en Belgique. L’histoire commence avec celle du Royaume. Dès 1832, Zoé de Gamond  prône l’émancipation de la femme par l’éducation. Elle crée une école en 1839. Sa fille Isabelle Gatti de Gamond lance en 1864, une école secondaire laïque pour filles. Un exemple suivi, en 1868, à Liège, par Léonie de Waha.

       Au 20ème siècle, le féminisme connaît dans les années 68-70,  une radicalisation nouvelle. Déjà, en 1966, les femmes-machines de la FN ont fait grève durant trois mois sur le thème À travail égal, salaire égal. À Anvers et en Hollande, les Dolle Minas dont l’appellation vient du surnom d’une militante ouvrière, Wilhelmina Drucker (née à Amsterdam le 30 septembre1843 – y décédée le 5 décembre  1925). luttent contre toute discrimination dont la femme est victime. Notre consœur Jacqueline Saroléa leur consacre un reportage radio dans le magazine F produit par le Centre RTB-Liège. Cela fait tilt chez Jeanne Vercheval qui, en liaison avec les Dolle Minas, fonde un groupe similaire à La Louvière. Les Dolle Minas nous avaient déjà trouvé un nom, Marie Mineur. C’est celui d’une ouvrière qui a fait partie de la Première Internationale.

       Mais qui est cette Marie Mineur ? La réponse est venue de l’Administrateur général de l’Institut du Patrimoine wallon, Freddy Joris, un Verviétois, historien et féministe. Marie Mineur, Marie rebelle (2) est le treizième ouvrage à son nom, lauréat du Prix Prince Alexandre de Belgique. Dédié à Jeanne Vercheval, ce livre raconte l’histoire d’une pionnière féministe en milieu ouvrier au XIXe siècle. Marie Mineur écrit Freddy Joris c’est une indignée dont le destin n’est désormais plus énigmatique, une pionnière du féminisme et de la laïcité durant trois décennies, une rebelle trop longtemps méconnue et pourtant héroïque dans ses engagements précurseurs.

       Le 19ème siècle est un âge d’or pour Verviers. Dès 1801, William Cockerill – le papa de John – y construit les premières machines mécaniques dans le textile. La richesse s’y affiche, petits châteaux d’industriels sur les grands boulevards ombragés au sud de la ville. Verviers compte trois gares dont l’une créée en 1843 comporte dix-sept voies. En 1884, un réseau de tramways sillonne la cité lainière. En 1894, le Verviétois Gérard Dasse est le premier constructeur d’automobiles en Belgique. Coté gastronomie, la tarte au riz, en dépit de la tradition qui la fait remonter au 17ème siècle, subit la concurrence du chocolat et du pain d’épices, spécialités de vingt-trois fabricants !

       C’est dans cette ville que naît, le 30 septembre 1831, Marie Mineur, fille de Pierre François et de Marie Rogister. Le papa de Marie Mineur meurt alors que la fillette a un peu plus de cinq ans. À huit ans, Marie entre à l’usine dont les portes s’ouvrent un peu avant cinq heures du matin. La première législation sociale belge date de … 1889. Elle règlemente le travail des femmes, des enfants et des adolescents. Le gouvernement unioniste présidé par le libéral Jean-Baptiste Nothomb a créé une Commission d’enquête sur le travail des femmes et des enfants en … 1843.

       Marie Mineur a été élevée dans la foi catholique. Mais, en 1876, lors de l’enterrement civil de sa maman, elle déclare : Après 50 ans de pénible labeur, tu as dû te réfugier dans une mansarde au quatrième étage, et accepter les secours du Bureau de bienfaisance, que l’homme en noir ne rougissait pas de te donner. Tu l’as reçu jusqu’au jour où ta fille a respiré l’ère nouvelle, l’ère de la justice et de la vérité ; c’est alors que ta fille a su te faire comprendre que ce n’était pas en priant que le pain vient sur la table, mais que c’était en priant qu’on nous tenait dans l’obscurité, que c’est en s’associant que l’on peut s’aider et se soulager.

       Marie Mineur a été de tous les combats. Pour les retracer, Freddy Joris a consulté bien des archives notamment les archives de la police y  compris celles de la Préfecture de police de Paris. Il a découvert sans pouvoir l’identifier qu’une taupe – qui signait N°1 – a suivi attentivement les diverses activités progressistes verviétoises. Au point qu’en 1878, un collaborateur de la Préfecture de police de Paris annote un rapport ce correspondant est, et depuis longtemps ; très au courant des agissements de l’internationale et des socialistes.

       Marie Mineur en 1888 avec l’aide de quelques militants rationalistes organise les premières Fêtes de la Jeunesse. Loin d’être un ouvrage hagiographique, Freddy Joris dépeint avec précision le climat social dans lequel a évolué Marie Mineur. Lorsque celle-ci meurt le 18 mai 1923, elle qui a tant donné au mouvement féministe et laïc, est enterré civilement, le 20 mai, dans l’indifférence.

       En annexe, Freddy Joris publie des écrits de Marie Mineur parus, entre 1872 et 1879, dans Le Mirabeau, l’organe des Francs Ouvriers, la section verviétoise de l’Association Internationale des Travailleurs (AIT), autrement dit  la Première Internationale.

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(1)     Les femmes dans l’histoire de Belgique, depuis 1830 – Auteure Suzanne Van Rokeghem – Coordination Jeanne Vercheval et Jacqueline Aubenas -  -  Éditions Luc Pire – 2006 – 303 pages.

(2)     Marie Mineur Marie rebelle Auteur Freddy Joris – Éditions Avant-Propos – 2013 – 187 pages – 18 €

18:00 Écrit par Pierre André dans Actualité, Histoire, Social | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

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