mercredi, 06 août 2014

Feuilleton : ATTENTAT À MINDANAO par Oncle Bob 2/3

        Si la traversée s’effectue sans problèmes, notre arrivée au ponton s’avère plus délicate. Une dizaine d’hommes armés de mitraillettes nous attendent. Un projecteur nous aveugle. Nous récupérons notre sac de matériels qui sont fouillés puis confisqués.

       Un gradé se présente, le commandant Diaz, cassant mais poli, parlant parfaitement l’anglais et l’espagnol. Il est grand, les traits métissés et fait singulier, possède des yeux bleus. Il nous demande de patienter, puis se dirige vers notre compagnon de voyage, Ikaw.

       La discussion engagée est assez violente et je distingue nettement que notre badjaodonne une liasse de billets verts au Commandant qui le laisse repartir. En regardant Bogdan, je lui demande s’il possède encore des dollars sur lui. Bodgan , homme minutieux , prudent, sait parfaitement gérer les sommes mises à sa disposition. Il m’indique qu’il a conservé des photocopies de nos autorisations, les pièces d’identité et des dollars dans une pochette imperméabilisée qu’il conserve sous la chemise. Un peu plus rassuré nous montons dans l’une des jeeps du commandant Diaz qui nous emmène à la caserne où stationnent les forces armées qui combattent les rebelles.

        L’interrogatoire est correct mais Diaz ne comprend pas notre démarche : filmer un cimetière musulman sur un ilot n’a aucun sens pour lui. Il vitupère cette communauté. Sa généralisation concernant la violence des musulmans nous pèse. L’envie me taraude de lui rappeler l’inquisition en Europe et la violence espagnole dans son propre pays mais la sagesse m’incite au silence. Bogdan en présentant toutes nos autorisations et une lettre personnelle du Ministre de l’Intérieur modifie les réactions de notre interlocuteur dont le ton devient aimable.

       Nous aurions dû le consulter avant notre traversée car les badjaos sont souvent les agents de renseignements des rebelles et nous aurions pu être pris en otage. Il va nous reconduire personnellement à notre hôtel tout en souhaitant une prudence accrue. Le commandant Diaz détient du pouvoir et à l’art de s’en servir. Il a déjà subtilisé des dollars au pauvre piroguier et a l’audace de demander à Bogdan de lui donner un peu d’argent pour mettre de l’essence dans son véhicule.

       Nous ne sommes pas dupes. La corruption existe sous toutes les latitudes et tous les continents. Bogdan a le courage de refuser sous le regard courroucé de l’homme dont les yeux bleus ont viré au gris sombre. Sans nous saluer, le commandant Diaz démarre en trombe pour rejoindre sa caserne. Bon débarras.

       Après ce retour chaotique nous nous relaxons sur la terrasse du restaurant de l’hôtel en dégustant des turo turo sortes de tapas en entrée. Le plat national, l’adobo confectionné avec du poulet du porc et des calamars accompagnés de légumes vinaigrés ravit mes papilles. Bogdan apprécie le lapu lapu, spécialité de poisson grillé servi avec une sauce soja et de l’ail.

       La fin du repas s’achève au moment où éclate une violente explosion suivie de flammes et de fumées qui viennent du bord de mer.

             ( à suivre )

07:00 Écrit par Pierre André dans Cinéma, Culture, Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

Les commentaires sont fermés.