mardi, 05 août 2014

Feuilleton : ATTENTAT À MINDANAO par Oncle Bob 1/3

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L'Archipel des Philippines compte plus de sept mille îles et de nombreux ilots. Nos trois semaines de tournages nous obligeaient à limiter nos visites aux sites les plus importants, recommandés par Enrique, notre délégué de l’office du tourisme. Après Luzon (capitale Manille), puis Cebu et Palawan, nous avons terminé notre parcours dans le sud de l’archipel, d’abord à Davao et enfin à Zamboanga. Cette ville, dont le nom signifie ‘‘la cité des fleurs‘‘, se situe au sud-ouest de l’île. Carrefour économique vers d’autres pays asiatique; l’île a intégré un flux de migrants malaisiens et indonésiens. Dès le 15ème siècle des prédicateurs musulmans issus de ces pays et aussi originaires d’Inde répandent la parole coranique.

        C’est ainsi que la communauté musulmane finit par former une forte minorité d’habitants. Les relations sont difficiles tant avec les autres religions qu’avec le pouvoir politique. Le gouvernement central du Président Marcos décrètera la loi martiale qui durera neuf ans, suite aux massacres de Jadbah et Manili. Cette loi vise non seulement les musulmans mais aussi les communistes. Entre les Moro (musulmans), les Settlers (catholiques) et les Lumad (indigènes) les conflits intercommunautaires sont violents et l’armée philippine est omniprésente. Le mouvement indépendantiste des Moro, même muselé, parvient encore à commettre des attentats. Enrique, nous avait mis en garde contre les rebelles qui se fondaient dans la population.

       Notre envie de filmer des activités ont guidé nos pas vers un vaste ponton qui s’enfonce dans la mer. Sur ce lieu, qui sert aussi d’embarcadère pour les pêcheurs et les piroguiers en quête de touristes, les enfants s’amusent à plonger pour récupérer des pièces de monnaie. Eclats de rire, clapotis des vagues, départ de piroguiers pour la pêche; autant de petites touches impressionnistes qui donnent de la vie aux images. Tout ici respire le bonheur de vivre et les habitants logés sur des maisons sur pilotis nous adressent de joyeux : hello kano ..!!!!

       Un homme s’approche et nous interpelle dans un anglais approximatif. La communication s’établit et il m’apprend qu’il fait partie d’une communauté nomade, les badjao. Il s’appelle Ikaw badjao et, dans son ethnie, le nom de famille est unique: badjao. Ikaw, nomade sédentarisé, vit de pêche, de vente de coquillage et du tourisme. Suite aux multiples incidents intercommunautaires et à une guérilla toujours présente les touristes sont rares et il est heureux de nous aider pour quelques dollars à découvrir un lieu qu’il n’a jamais montré à des étrangers.

       Cet homme ouvert, sympathique, nous suggère de passer la fin de la journée sur un îlot désert où il n’y qu’un cimetière musulman. Il nous propose de filmer cet endroit unique ; puis de profiter des joies d’un barbecue impromptu et d’un repos bien mérité. Confiant, Bogdan lui donne de l‘argent pour nous ramener du marché des aliments et des boissons. En attendant son retour, nous replions notre matériel, prêts à embarquer pour l’ilot que nous appellerons l’ilot Moro. Ikaw accompagné de deux de ses enfants rapporte des langoustes toujours vivantes, du poisson fraîchement pêché, des bouteilles de san miguel et des boissons sucrées.

       Nous prenons place sur son bateau pour gagner cet ilot paradisiaque à un quart d’heure de navigation de l’embarcadère. Une plage de sable de corail rose s’offre à nous dans un lagon à l’eau transparente.

    Sur une gigantesque dune de sable reposent des centaines de tombes marquées par des piquets en bois sur lesquels se trouvent parfois des panneaux où des noms usés par le temps sont devenus illisibles. Les corps revêtus d’un linceul reposent en paix, tournés vers La Mecque, dans ce lieu tranquille, marqué seulement par l’humide chaleur tropicale.

Les prises de vues terminées, un délicieux repas nous attend. Ikaw et les siens ont préparé les langoustes et les poissons grillés accompagnés d’une sauce vinaigrée, aillée et épicées. Un pur délice.mindanao paix.jpg La chaleur est tellement insupportable que le lagon reste le seul endroit tempéré où se réfugier. L’eau y atteint presque la température corporelle. Bogdan et moi, plutôt terriens, passons plus de quatre heures dans ce bain chaud en observant la faune et la flore marine tout en dégustant des bières fraîches. Ikaw nous incite à retourner à notre point d’embarquement car la nuit tombe vite et il ne pourrait pas assurer notre sécurité.

               ( à suivre )

07:00 Écrit par Pierre André dans Cinéma, Culture, Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

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