jeudi, 30 juillet 2015

... enfin, le 1er octobre 1795, Liège est devenue Française !

 

LIEGE Affiche France.jpg

        La Révolution liégeoise éclate le 18 août 1789. L’agitation patriote est à son comble. La veille, outre qu’un des bourgmestres a voulu interdire le port des cocardes jaune et rouge (Liège) ou verte et blanche (Franchimont), Nicolas Bassenge a adressé une Note aux citoyens qui demande l’abrogation du règlement de 1684 du Prince-Evêque Maximilien-Henri de Bavière. Celui-ci en modifiant le système électoral, a confisqué le pouvoir au bénéfice du Prince-Evêque, des chanoines de la Cathédrale Saint-Lambert et de l’aristocratie. 

        Dans la matinée du mardi 18 août, les patriotes se rendent à la Violette, déposent les deux bourgmestres – Philippe-François de Ghaye et Léopold-Albert de Villenfagne de Sorinne  – élus pour l’année. Le peuple crie les noms de leurs successeurs : Chestret et Fabry. Sitôt dit, sitôt fait. Un cortège se rend à Seraing, résidence d’été des Princes-Evêques, afin de ramener Constantin-François  de Hoensbroeck en son Palais de Liège. Il doit reconnaitre les nouveaux édiles Jacques-Joseph Fabry et Jean-Remy de Chestret et abolir  le règlement de 1684. Bon prince (!), le prélat fait ce que les patriotes lui demandent. Il porte même la cocarde. Sans sang versé mais en sueur – il fait chaud le 18 août -, les Liégeois(e)s ont réussi leur Binamêye revolucion.

        Dès qu’elle prend connaissance des faits, la Chambre de Wetzlar chargée de régler en dernier recours les différends entre les États et leurs sujets, se ravise. Elle qui, excédée par l’intransigeance de Hoensbreck, semble, depuis quelque temps, pencher en faveur des patriotes de la Principauté, rend le jeudi 27 août 1789 une sentence enjoignant  aux princes directeurs du Cercle de Westphalie de prêter aide et assistance à l'évêque, de rétablir les choses telles qu'elles étaient avant le 18, enfin de poursuivre criminellement les auteurs de la sédition ! Coïncidence, ce jeudi matin se présente à l’abbaye Saint-Maximin à Trèves, un exilé politique, de Hoensbreck qui s’est enfui la veille, de nuit, de la Principauté.

        Parmi les princes directeurs du Cercle de Westphalie figure en sa qualité de duc de Clèves, le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume. Il prend tout son temps avant d’envoyer des troupes à Liège. Au Pré Cornesse, à Polleur, sur proposition de Laurent-François Dethier, est adoptée, le mercredi 16 septembre 1789, une Déclaration des droits et du citoyen, davantage progressiste que celle adoptée à Paris, le 26 août. Les troupes prussiennes arrivent à Liège le 30 novembre pour une mission de médiation. Elles s’en retournent le 16 avril 1790 alors que des exactions se font jour depuis une semaine.

LIEGE Frédéric-Guillaume II.png

        Les Prussiens partis, dès le lendemain, le samedi 17 avril, les patriotes proclament la déchéance de Hoensbroeck comme prince de Liége, suspendent le conseil privé et confisquent la mense épiscopale et par la suite, prennent d’autres mesures dont celle de détruire la cathédrale. Le lundi 26 avril, première exécution du Valeureux Liégeois. À la demande d’un des bourgmestres Lambert-Joseph de Donceel, sur un air populaire vieux de plus d’un demi-siècle, sur la marche nationale, le curé de Glons, Joseph Ramoux a écrit le refrain et deux strophes. L’une rend hommage à Jean-Remy de Chestret : Que peut craindre notre ardeur? / Sous Chestret nous portons les armes: / À côté de ce vainqueur / Le péril a des charmes. Les Liégeois(e)s ont leur hymne national.

LIEGE Valeureux_Liégeois.jpg

        Le mercredi 12 janvier 1791, les troupes autrichiennes s’emparent de Liège, les patriotes prennent la route de l’exil, de préférence vers le sud. Sous protection des baïonnettes autrichiennes, Hoensbroeck retrouve son Palais. L’Édit fondamental du 10 août lui donne libre interprétation de la constitution. Il ferme, le 25 février 1792, la Société libre d’Émulation. Le tyran de Seraing décède le 4 juin 1792. Son successeur François-Antoine de Méan, est choisi le 16 août.

LIEGE Jemappes.jpg

        Engagées dans la lutte contre le roi de Bohème et de Hongrie, les troupes françaises du général Dumouriez remportent la bataille de Jemappes. Elles poursuivent leur chemin vers Liège d’où le Prince-Évêque Méan s’enfuit la veille de leur arrivée, le mercredi 28 novembre 1792. Les patriotes sont de retour. Ils organisent, au suffrage universel masculin, des votes prônant la réunion à la France de la Principauté de Liège. Une majorité écrasante des électeurs se prononce en faveur du rattachement. Nicolas  Bassenge présente un mémoire à la Convention nationale. Celle-ci proclame la réunion du Pays de Liège à la République française, le vendredi 3 mai 1793. Belle proclamation vaine car entretemps, le 18 mars 1793 à Neerwinden, le prince de Saxe-Cobourg a vaincu Dumouriez et celui-ci a trahi son pays. 

LIEGE Jourdan.jpg

        Les Liégeois(e)s sont de nouveau sous joug autrichien et sous l’Ancien Régime. Les troupes autrichiennes plient bagage devant l’armée Sambre-et-Meuse dirigée par Jourdan. Celle-ci, après avoir remporté la bataille de Fleurus, fin juin 1794, force les Autrichiens, démolisseurs du quartier d’Amercoeur, à quitter Liège. Les Français remportent la bataille de Sprimont, à la mi-septembre 1794. Une victoire écrasante dont Gillet, représentant du Comité de Salut Public , écrit, après avoir évoqué le nombre de canons, de drapeaux ou de prisonniers capturés sans compter ceux qu’on ramasse tous les jours dans les bois (…) plus cinq drapeaux au lieu de trois. Vous voyez que nous sommes bien éloignés d’exagérer nos succès. Salut et fraternité.

LIEGE Redoute.jpg

        Les Liégeois(e)s s’imaginent être, aussitôt, réuni(e)s à la France, en application de la décision du 3 mai 1793 de la Convention nationale. Ils connaissent en fait un régime d’occupation. Ainsi dans le Recueil des actes du comité de salut public, à la date du 1er Vendémiaire An III (22/9/1794) : Le Comité de salut public voulant encourager la fabrication d’armes de toutes espèces à Liège, et la faire tourner entièrement  au profit de la République -1) il sera établi à Liège (…) une Agence de vérification, réception et paiement des fusils, autres armes et parties d’armes -2) tous les fabricants d’armes seront tenus de porter le produit de leur fabrication à cette Agence. L’industrie armurière liégeoise est pratiquement nationalisée. Autre fait marquant de ce régime d’occupation. Parmi les patriotes revenus à Liège, le peintre Léonard Defrance qui, par ses courriers aux délégués du Comité de salut public de Paris, entreprend de faire l’inventaire des œuvres d’art se trouvant dans les églises et établissements religieux. De belles  proies offertes à l’occupant. La Biographie Nationale, publiée, en 1883, par l’Académie royale de Belgique n’est pas tendre pour Defrance : c’est par millions que peuvent se chiffrer les pertes résultant des spoliations effectuées, alors, par nos ennemis.

        Ce régime d’occupation a eu une fin, le 1er octobre 1795 lorsque la France décide l’annexion de la future Belgique. L’ancienne Principauté de Liège est divisée en 3 départements. Liège est le chef-lieu du département de l’Ourthe. Liège est française … ! Un moment de notre histoire à découvrir (1).

LIEGE Archéoforum.JPG

(1) Exposition Liège au temps de la France (1795-1814) – ARCHÉOFORUM Place Saint-Lambert Liège – jusqu’au 3 octobre 2015 - du mardi au samedi de 10h à 17h - 6€ (adultes), 5€ (seniors, étudiants), entrée de l'Archéoforum comprise – Renseignements et réservations : 04/250.93.70 infoarcheo@idpw.be

19:28 Écrit par Pierre André dans Actualité, Histoire, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

lundi, 20 juillet 2015

Trente-cinq ans déjà ! trois regards sur une métamorphose ... BLEGNY-MINE

LIEGE Bleg.jpg

        En octobre 1976, lors de la séance de rentrée du Conseil Provincial, le Gouverneur de la Province de Liège Gilbert Mottard exhorte les Liégeois(e)s à conserver un témoin majeur de l’activité charbonnière. Une industrie qui a pris racine –si on ose ce mot – chez nous dans tous les sens du terme dès le 11ème -12ème siècle. Lors de la découverte du charbon de terre, celui-ci est appelé houille, un mot qui vient du wallon hoye. Jean d’Outremeuse attribue la découverte de charbon de terre au forgeron de Plainevaux, Hullos. Les maîtres charbonniers et leurs ouvriers sont connus. La dynastie des Planchar a régné des siècles à Montegnée. Il y a eu l’Édit d’Ernest de Bavière sur les areines. Il y a eu la loi Mirabeau. Le bassin minier de Liège tout comme sa prestigieuse École des Mines est réputé à l’international. La bataille du charbon est gagnée chez nous. Puis à partir des années 60, au 20ème siècle le déclin de nos charbonnages commence.

LIEGE houillerest-gilles18e.jpg

        L’appel du gouverneur Mottard est entendu. Deux projets sont en lice : Cheratte et Trembleur à Blegny. Il appartient au Ministre de la Culture, Jean-Maurice Dehousse, de trancher. Dehousse descend dans le fond de chaque charbonnage et décide de retenir le projet de Trembleur. Ce choix a été opéré fin 1978, seize mois avant la fermeture du site, ce qui a permis d’intégrer son réaménagement dans les travaux liés à la fermeture et d’éviter la vandalisation des infrastructures a rappelé le Président de Blegny-Mine, Abel Desmit, lors de l’inauguration de l’exposition de photos Trente-cinq ans déjà ! trois regards sur une métamorphose  (1).

Abel Desmit.jpg

        La mine de Trembleur a été la dernière mine de la province de Liège à être fermée, le lundi 31 mars 1980. En juillet de la même année, le dimanche 6, dans le cadre des 150 ans de l’indépendance de la Belgique, le Roi Baudouin a inauguré le site de Blegny-Mine. Un des pionniers d’une discipline encore naissante, l’archéologie industrielle, et être le premier charbonnage du continent européen à s’ouvrir à la visite touristique via le puits d’origine.

LIEGE BLEN.jpg

        En juillet 2012, Blegny-Mine a été inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Ce titre prestigieux a également été attribué aux sites miniers majeurs de Wallonie , Le Bois du Cazier, Bois-du-Luc et Grand-Hornu.

        L’exposition Trente-cinq ans déjà ! trois regards sur une métamorphose  est en quelque sorte une ode à la mine et aux hommes, femmes et enfants qui, durant huit siècles, ont consacré leur vie à l’exploitation des entrailles de la terre liégeoise. Des photos d’art, d’amour, de tendresse réalisées par trois photographes qui ont des attaches avec la mine. Alfred Janssen-Reul est un ancien mineur qui a arraché la houille au charbonnage du Trembleur. Paul Donnay est un des fondateurs de la Confrèrie des Maîsses Houyeûs dè Payis d’Lîdje et Théo Bellefroid, passionné de mines dès son enfance à Saint-Nicolas a légué à Blégny-Mine, sa très belle et riche collection de photos. Fait exceptionnel de cette exposition, pratiquement chaque visage de mineur porte un nom. En effet, le Gouverneur honoraire de Liège, Paul Bolland a mis son œil de lynx pour identifier des têtes qu’il a jadis bien connues !

LIEGE site Blegny.jpg

(1)   Trente-cinq ans déjà ! trois regards sur une métamorphose  - salles d’exposition de Blegny-Mine – Rue Lambert Marlet  23 Blegny – jusqu’au 31 août 2015 – 13h à 18h – Infos :  32 (0)4 387 43 33 www.blegnymine.be

16:31 Écrit par Pierre André dans Actualité, Economie, Histoire, Liège, Social | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

vendredi, 10 juillet 2015

Thomas Georgiopoulos, un nom à retenir, il est lauréat du Prix du Corps Consulaire.

armoiries-province-liege.gif

        À la fin du 20ème siècle, à l’initiative du docteur Robert–Ferdinand Dondelinger, professeur de l’Université de Liège, consul honoraire du Grand-Duché de Luxembourg a été fondé le Prix du Corps consulaire de la Province de Liège. L’objectif de ce Prix – richement doté, 3000 € - est de susciter et d'encourager, chez de jeunes étudiants diplômés, des vocations pour la vie diplomatique ou des carrières de recherches qui touchent à ce domaine. Réservé à des étudiant(e)s de l’ULg, ce Prix récompense un travail original concernant des questions internationales, bilatérales ou multinationales.

 

Logo Université de Liège.png

 

        En 2001, Laurence Jamotte reçoit, la première fois, le Prix. Neuf autres filles le recevront alors que six garçons seulement l’obtiendront. Seize récipiendaires alors qu’il n’y a que quinze Prix décernés ? Étrange, absolument pas car, en 2009, le Jury – 6 membres dont 3 du Corps consulaire, 3 de l’ULg – a classé ex-aequo Stéphane Sacco, auteure de La Russie et le dossier nucléaire iranien Moscou joue-t-il avec le feu nucléaire ?  et Olivier Viola qui s’est intéressé à un conflit qui a passionné l’Europe, au 19ème siècle, La guerre du Pacifique opposant la Bolivie, alliée au Pérou, et le Chili. En consultant la liste des récipiendaires et le cours de leur carrière professionnelle ultérieure, on est estomaqué du flair du Jury et des potentialités développées par les lauréat(e)s. 

© Ulg-Photo: M. Houet 2015LIEGE Consuls Gof.jpg

Professeur Michel Hermans, président du Jury - le Consul d'Espagne, Fernand Goffioul, doyen du Corps Consulaire et le lauréat du 15ème Prix.

        Selon la tradition, le 15ème Prix du Corps Consulaire de la Province de Liège a été remis par Fernand Goffioul, doyen de ce Corps. Le lauréat est Thomas Georgiopoulos, auteur de La Chine à la recherche d’une image : quelles implications pour son soft power. Appuyant son étude sur les relations diplomatiques établies en juin 2007 entre la République populaire de Chine et la République du Costa Rica présidée à l’époque par Óscar Arias Sánchez – Prix Nobel de la Paix 1987 -, Thomas Georgiopoulos montre que cette alliance  va parfaitement dans le sens de l’image que la Chine souhaite projeter ; celle d’une ascension  pacifique.

        De retour de la visite d'État effectué par les Souverains belges en Chine, le Recteur de l'ULg, Albert Corhay a fait part de quelques réflexions sur l'accroissement prodigieux de ce pays dans les domaines économiques.

LIEGE Recteur.jpg© Ulg-Photo: M. Houet 2015

        En couronnement de l’année 2014 marquant le centenaire de la création du Corps consulaire de la Province de Liège, Paul Delforge auteur de l’Histoire des consulats établis à Liège de 1845 à 2015 a reçu le Prix du Centenaire. Dans son ouvrage, on apprend que pas moins de quatre-vingt-quatre pays ont choisi, durant ces cent septante ans, la Cité Ardente pour s’y faire représenter par cinq cents consuls. Le premier à le faire a été le Royaume des Pays-Bas, en désignant, en 1845, Charles de Rossius-Orban. Que Charles de Rossius soit devenu le premier consul des Pays-Bas à Liège, quinze ans après la violente séparation de 1830 et sept ans après la signature du Traité de Londres montre que l’économie prend rapidement l’ascendant sur les différends politiques. Cela ne doit pas nous étonner.  

CONSULS Del.jpg© Ulg-Photo: M. Houet 2015

 R-F Dondelinger, Consul G-D de Luxembourg - Paul Delforge - D. Bronne, Consul Norvège - Albert Corhay, Recteur ULg.

 

20:05 Écrit par Pierre André dans Actualité, Histoire, Politique, Université | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

mardi, 07 juillet 2015

Une question de saison...

        Une question se pose en ces temps météo-socio-héllénico caniculaires. À capacité égale, que choisir un verre à moitié plein ou un gobelet à moitié vide ?

10:20 Écrit par Pierre André dans Actualité, Economie, Social | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg