samedi, 27 août 2016

Ce qui est bon à prendre est bon à garder ...

         Ce qui est bon à prendre est bon à garder dit un proverbe anglais dont les Français ont fait une règle en proclamant le principe d’inaliénabilité du domaine public qui s’applique en particulier aux collections des musées publics. Les biens constituant les collections des musées de France appartenant à une personne publique font partie de leur domaine public et sont, à ce titre, inaliénables. Par rapport à d’autres pays européens, la France est celui où le principe d’inaliénabilité est le plus strict (1).

        L’idée du surintendant des bâtiments de France, le comte de La Billarderie d'Angiviller  est reprise, en mai 1791, par un élu de la sénéchaussée de Bigorre, Bertrand Barère. Celui-ci  souhaite que la galerie du Louvre… devienne un Muséum célèbre et précise même  qu'on y déploie les nombreux tableaux de Rubens et d'autres peintres illustres. Dans les années à venir, ce projet culturel se réalise tandis que la Révolution poursuit son cours.

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La Descente de croix - PP Rubens - photo IRPA-KIK

        En 1792, après la bataille de Jemappes, les troupes de Dumouriez se contentent de prélever le nécessaire  à leurs besoins dans les pays conquis – la Principauté de Liège et les Pays-Bas autrichiens. Mieux, en Principauté de Liège, les patriotes votent au suffrage universel masculin le rattachement à la France (2).

        En revanche, en 1794, après la bataille de Fleurus, les troupes de Jourdan  vivent sur le dos des pays conquis – les Pays-Bas autrichiens et la Principauté de Liège. Mieux, le Comité de Salut public a désigné des agents extracteurs d’œuvres d’arts. Ceux-ci font notamment le plein de Rubens et autres chefs d’œuvre de la peinture flamande destinés au Muséum central des Arts. En Principauté, les Français ne trouvent guère d’œuvres à leur goût, à peine une dizaine, mais les patriotes locaux dont le peintre Léonard Defrance, estiment que leurs grands peintres doivent figurer dans les collections du Muséum central des Arts, ancêtre du Louvre.

        Ces tableaux connaissent des sorts multiples. Par le décret Chaptal de 1801, les uns sont attribués aux quinze musées départementaux au rang desquels figure celui de la Dyle. Autrement dit, celui de Bruxelles, ancêtre des Musées royaux, dont le conservateur est Guillaume Bosschaert qui, sous l’Ancien Régime, a été choisi en qualité d’expert par le comte de La Billarderie d'Angiviller. Certains autres ont été récupérés au lendemain de Waterloo par les troupes des coalisés qui occupent la France jusqu’en 1818.

        Par après, il n’est plus guère question de restitution ou récupération des œuvres acquises par les Conquêtes artistiques françaises. Mais comme l’écrit Pierre-Yves Kairis dans un rapport  remis en octobre dernier à la secrétaire d’État à la Politique scientifique, Elke Sleurs : la question est revenue dans l’actualité car, depuis la décolonisation et les nombreuses recommandations de l’UNESCO soutenant le retour vers les pays sources du patrimoine culturel spolié, les demandes de restitutions de toutes sortes se sont multipliées. Elke Sleurs envisage, à l’IRPA (3), un colloque international début 2018 sur base du rapport Kairis publié par La Tribune de l’Art (http://www.latribunedelart.com/note-sur-les-tableaux-enle...).

        Dans ce rapport, il est fait mention de deux candidats PS aux communales de Liège tentant, en 1988, d’obtenir de Mitterand ce que la Commission des Hospices civils de Liège a réclamé, en 1864, à Napoléon III à savoir un tableau attribué à Rubens qui se trouve encore au Musée de Marseille alors qu’auparavant,  sa place initiale a été la chapelle de l’Hospice des Incurables et des filles repenties de Liège.

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Autoportrait de Bertholet Flémal - Ville de Liège

        Autre aspect liégeois du rapport Kairis, les aventures de la Conversion de Saint-Paul, une toile de Bertholet Flémal, peintre-chanoine de la collégiale Saint-Paul. À l’initiative du dernier consul-général de France à Liège, Zaïr Kedadouche, le Musée des Augustins de Toulouse prête, en 2011, pour six mois la Conversion à l’église à laquelle son auteur l’a destinée. Le ministre Jean-Claude Marcourt qui a eu le Patrimoine dans ses compétences s’efforce de prolonger la durée du prêt tout comme le conservateur du Trésor de la cathédrale, Philippe Georges qui  propose en échange plusieurs toiles de Frans Francken le jeune. Tout cela en vain. En 2014, le jour où jamais tant de chefs d’État et de gouvernements ne sont venus à Liège, obstinées les autorités ont remis une lettre au Président de la République, François Hollande. Toujours, en vain.

        Le salut réside peut-être dans le ciel. En conclusion, le rapport Kairis mentionne : le précédent des manuscrits coréens permet de considérer que c’est par le biais de pressions économiques que des démarches diplomatiques pourraient aboutir à quelques restitutions ponctuelles, conformément à une nouvelle doctrine hexagonale qui ne dit pas son nom. En clair, l’achat habilement négocié par la Belgique de quelques avions Rafales français permettrait peut-être le retour de quelques-uns des tableaux saisis en 1794…  

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Conversion de Saint-Paul Photo Daniel Martin

  • (1) Cfr Documents de travail du Sénat français – Série Législation comparée – L’aliénation des collections publiques – Décembre 2008 – LC 191.
  • (2) Cfr Liège 28 du 30/7/2015.
  • (3) IRPA Institut royal du Patrimoine artistique.

11:25 Écrit par Pierre André dans Actualité, Art, Histoire, Liège | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

vendredi, 19 août 2016

Dix concitoyennes et concitoyens recoivent le titre de Citoyenne et Citoyen d'honneur de la Ville de Liège.

      

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         Al bone franquète al Violète, cinq mots pour résumer l’ambiance régnant en la salle des pas perdus de l’Hôtel de Ville à l’occasion de la remise de la distinction Citoyenne et Citoyen d’honneur de la Ville de Liège. La barre des cent récipiendaires a été franchie depuis la date – 2009 - à laquelle cette nouvelle appellation vu le jour. Auparavant, le Collège décernait la médaille de reconnaissance de la Ville de Liège à celles et à ceux qui - comme les Citoye(ne)s d’honneur aujourd’hui - ont contribué, amplifié ou redynamisé la réputation de la cité ardente, à la force de leur talent et de leur travail. Aujourd’hui le site officiel de Liège place dans la même rubrique Les citoyens d'honneur celles ou ceux d’avant ou d’après 2009. Parmi ceux-ci, David Goffin (2012),  Nafissatou Thiam Charline, Van Snick (2013). Innovation cette année dans l’attribution de ces récompenses, cette cérémonie de distinction sera désormais paritaire homme-femme. Le bourgmestre Willy Demeyer de mentionner, sans les hiérarchiser, les mérites des divers(e)s récipiendaires de la promotion 2016.  

        Une promotion qui fait la part belle aux consœur et confrères. Trois journalistes – Mamine Pirotte, Charles Ledent et Edmond Blattchen - reçoivent le titre de Citoyen(ne)s d’honneur. Jusqu’à présent, une seule journaliste Hadja Lahbib a été sacrée citoyenne d’honneur en 2011 tandis qu’en 2002 Jean-Marie Peterken a reçu la médaille de reconnaissance de la Ville de Liège. 

        Le bourgmestre de déclarer : Femme de caractère, femme jusqu’au bout des ongles et des convictions, Mamine Pirotte incarne une part de la renommée médiatique de Liège. L’édile qui souhaite voir débarquer dans sa ville Dimitri Boizot pour y mener une enquête racontée par Patrick Philippart, nom de romancier de Charles Ledent, constate que l’obstination et la passion sont les 2 qualités qui ont permis à Charles Ledent d’écrire plus d’une dizaine de romans en 15 ans tandis que les vertus d’Edmond Blattchen sont : Expliquer, décoder, transmettre, le monde et ses enjeux, représentent pour lui, une mission qui va bien au-delà de la mission de service public, c’est une œuvre personnelle. Pour ce faire, il a toujours préparé ses émissions avec minutie, curiosité et exhaustivité et cela va sans dire, probablement une certaine dose d’angoisse.

        Les sept autres récipiendaires ont eu droit également à une présentation maïorale personnalisée. À l’octogénaire Annie Massay qui s’initie dès son adolescence à l’athéisme, au socialisme et au féminisme. Trois valeurs qui marqueront profondément sa future carrière le bourgmestre évoque les luttes syndicales dont la grève des femmes de la FN en 1966 auxquelles elle a participé.

        Au quintuple papa - il contribue à lui seul à accroître la population liégeoiseGaëtan Servais qui avec Fabrice Lamproye a lancé Les Ardentes en 2006, Willy Demeyer souligne que celles-ci ont amené, de manière cumulative près de 700.000 personnes à Coronmeuse (…) situer Liège surla carte des festivals d’été. C’est aujourd’hui chose faite ! Pour les jeunes liégeoises et les jeunes liégeois, nés après  1990,  on  peut  même  parler  de  « génération Ardentes ».

        Ancienne élève du Lycée Léonie de Waha, Caroline Pholien exerce en tant qu'indépendante les métiers de peintre en décor du patrimoine et de doreur. Le maïeur cite quelques restaurations pour illustrer le talent de cette liégeoise : le Grand Foyer de l'Opéra Royal de Wallonie, les dorures du Palais du Gouverneur de Liège ou encore la restauration au Château de Versailles (dorures de la salle à manger de chasse et de l'antichambre des chiens) sans oublier que femme passionnée et passionnante, en 2011, elle ouvre une galerie d'arts « la Galerie Isabeau » où elle présente ses créations contemporaines.

        Chantal Van Laer est la troisième génération à la tête d’un magasin bien connu de nombre de Liégeois puisqu’il existe depuis 93 ans ! Installée au cœur du quartier d’Outremeuse depuis 1923, la Maison Van Laer, fut tout d’abord, sous l’égide de Florence, une confiserie. Avant que son mari, Henri Van Laer, n’y ajoute aussi du vin. Rapidement, l’enseigne s’est spécialisée dans le vin. Son fils José y ajoute une expertise du rhum et du whisky tandis que sa fille Chantal Van Laer va peu à peu, apprendre et partager la passion familiale avec cet objectif, retrouver le meilleur du terroir, la finesse des tanins.(…) Sa passion, elle la partage aujourd’hui avec ses clients au travers notamment des dégustations tant de vin que d’alcool. Goûter et conseiller avec la convivialité liégeoise représentent une belle manière de convaincre ceux-ci d’étoffer leur cave.

        Spécialiste du droit du travail, l’avocat Jean-Paul Lacomble est à la tête du Royal Football Club Liégeois – matricule 4 créé en 1892 - en 5 ans à peine, avec d’autres administrateurs liégeois autour de lui, Jean-Paul a réussi à assurer la viabilité financière du Club, accroître le nombre de ses spectateurs, recréer un esprit « Rouge et Bleu », progresser d’un échelon au niveau sportif et faire revenir, après 20 ans d’attente, le RFCL à Rocourt. Excusez du peu ! En un mot, le club a retrouvé sa crédibilité et ses racines. Et Jean-Paul Lacomble a voulu donner un sens à cet investissement dans le foot en assignant au club un projet social qui a pour objectif, au-delà de former des footballeurs, de « fabriquer » des citoyens. Cet engagement se matérialise notamment par la création d’une école de devoirs.

        Gaëtane Leroy est une amoureuse du cœur historique de Liège et ce, depuis ses études en Histoire de l'art à l'Université de Liège. (…) Cet embellissement de l'ancienne imprimerie Bassompierre, active au 18eme siècle, a été effectué avec respect afin de conserver l'âme du lieu. (…) Outre le caractère liégeois du bâtiment qui a été conservé, sa gérante propose des produits issus de la production et des commerces locaux ainsi que des séjours thématiques en collaboration avec ses nombreux voisins. Lorsqu’ils font le choix de séjourner dans cet hôtel, les touristes reçoivent ainsi un accueil personnalisé et effectuent une escale au plus près du cœur de la Ville.

           En 1992, Guy Stockis a repris l’établissement créé quai sur Meuse par Julien Lequet. Y manger son premier boulet constitue une sorte de rituel de passage incontournable pour le néo-liégeois. Un rite savamment perpétué par les principautaires, un sourire de connivence aux lèvres, avec un plaisir encore accru si l’initié du jour ne présage rien de l’accueil à la liégeoise… Car le lieu doit beaucoup à la personnalité de son patron. Cabochard, grande gueule, il met autant de générosité dans ses apostrophes que dans sa cuisine. Bref, en prélude aux festivités mariales du 15 août, une sympathique cérémonie al bone franquète al Violète

la photo, premier rang, de gauche à droite : Guy Stockis, Chantal Van Laer, Jean-Paul Lacomble, Mamine Pirotte, Gaëtan Servais,      deuxième rang, de gauche à droite : Edmond Blattchen, Annie Massay, Caroline Pholien, Gaëtane Leroy, Charles Ledent.

 

08:08 Écrit par Pierre André dans Actualité, Art, Culture, Gastronomie, Littérature, Media, Social, Spiritualité, Télévision, Viticulture | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

samedi, 13 août 2016

"Petite prolongation" - jusqu'au 21 août - de l'expo SEMPÉ au Centre culturel de Marchin.

 

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      Par une délicate attention, le Centre culturel de Marchin (www.centreculturelmarchin.be) a décidé une petite prolongation de l’exposition consacrée à Jean-Jacques SEMPÉ en collaboration avec l’édition galerie Martine Gossieaux de Paris. La petite prolongation jusqu’au 21 août – de 14 à 18h – permet de célébrer le 17 août l’anniversaire de SEMPÉ, né, il y a 84 ans, à Pessac, commune limitrophe de Bordeaux.

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      On ne peut dire que son enfance a été une enfance heureuse. Son père a davantage d’amour pour l’AOC pessac-léognan que pour son épouse d’où de perpétuelles scènes de ménage. Jean-Jacques connait l’envoi dans les colonies de vacances, les jolies colonies de vacances de l’avis de Pierre Perret ! SEMPÉ ne parait pas trop traumatisé par cette enfance qui l’a vu quitter l’école primaire à 14 ans, une scolarité amputée de deux ans pour faits de guerre. Dans le film Sempé, dessinateur d'humour  - diffusé en boucle à Marchin – il raconte ces épisodes parmi d’autres. Mes parents ont fait ce qu'ils ont pu les pauvres, vraiment. Je ne leur en veux pas une seconde, ils se sont débrouillés comme ils ont pu.

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       En 1951, dans le journal du septième jour comme se définit Sud Ouest Dimanche (SOD) – supplément magazine du quotidien régional Sud Ouest dirigé par Jacques Lemoine - le jeune SEMPÉ publie ses premiers dessins empreints déjà de cet humour jamais méchant qui le caractérise. C’est dans SOD qu’apparait le personnage de Nicolas, un prénom bien connu depuis 1822 grâce au caviste Louis Nicolas. Lorsqu’il est demandé à SEMPÉ d’insérer son personnage Nicolas dans une BD, il fait appel au scénariste Goscinny qu’il a connu au Moustique, un hebdomadaire publié par les éditions Dupuis de Marcinelle. Le 16 septembre 1956, dans Sud Ouest Dimanche, première apparition des aventures du Petit Nicolas de SEMPÉ et Goscinny. Aventures faites de souvenirs et de l’imagination du Bordelais échangés avec le Parisien. Ensuite le succès est là, va au-delà jusqu’aux couvertures du New Yorker.

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      Si SEMPÉ a fait sourire et rire des millions de personnes, il a également transmis son sens de l’humour à sa fille Inga, designer. À un journaliste qui lui dit Vous avez un air de l’actrice Isabelle Carré, elle rétorque  Ah bon ? Mais est-elle seulement aussi antipathique que moi ?

14:40 Écrit par Pierre André dans Actualité, Art | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

lundi, 08 août 2016

Comment les compagnies aériennes à bas coût font-elles pour être 57% moins chères qu'une compagnie classique ?

        En Europe, la première compagnie aérienne à bas coût, Ryanair, est apparue il y a une trentaine d’années. Le succès a été au rendez-vous en sorte le bas coût - associé au bagout du patron de Ryanair, Michel O’Leary - s’est développé au point qu’il existe actuellement quelques vingt- cinq compagnies aériennes européennes à bas coût. Deux d’entre elles – Norwegian et Easy Jet - figurent dans les dix premières du classement mondial établi par Skytrax qui fait autorité dans la matière.

        Comment les compagnies à bas coût parviennent-elles à offrir des tarifs si avantageux ? Un des quinze administrateurs d’Air France-KLM, Louis Jobard – commandant de bord sur B777, titulaire d’une Licence de Sciences Economiques-Gestion des Entreprises de l’Université de Tours – estime que les compagnies à bas coût sont 57% moins chères que leurs concurrentes, les compagnies classiques. Autrement dit, quand pour celles-ci, un siège coûte cent euros, il ne coûte que quarante-trois euros chez un bas coût.

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        Louis Jobard dont les propos sont rapportés par le quotidien numérique PNC Contact détaille les économies dont tirent parti les compagnies à bas coût. Ainsi, sur cent euros dépensés par une compagnie classique, les bas coût en économisent 16 par la densité plus élevée de sièges dans les avions, 10 par la réduction des coûts d’escales - chez Easy Jet, une escale n’excède pas la demi-heure - et de handling, 6 par le choix d’aéroports moins chers en redevances et en taxes, 6 par l’absence de catering, 6 par l’inexistence des commissions versées aux agences de voyage, 3 grâce à une utilisation quotidienne accrue des avions – un Airbus d’Easy Jet  vole en moyenne, onze heures par jour -, 3 par la réduction des coûts de vente et de réservation, 3 par la réduction des coûts équipage, 2 par l’externalisation de la maintenance et le choix d’une flotte unique,  2 par la réduction des coûts des fonctions supports et administratives.

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        Le choix d’une flotte unique se caractérise chez Ryanair par trois cents Boeing 737-800 en exploitation (plus deux cent quatre-vingt-trois en commande), chez Easy Jet par deux cent cinquante-cinq Airbus répartis en cent quarante-quatre A319-200 et cent onze A320-200 en exploitation (plus cent soixante-huit dont cent trente A320neo en commande), chez Norwegian  par cent deux Boeing 737-800 en exploitation (plus  vingt-neuf en commande).

09:09 Écrit par Pierre André dans Actualité, Economie, Europe | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

lundi, 01 août 2016

L'Égypte en quête d'un Islam modéré.

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        La Constitution égyptienne du 15 janvier 2014 stipule en son article 2, l’Islam est la religion d’État. L’arabe est sa langue officielle. Les principes de la Charia islamique sont la source principale de la législation. Cependant, le gouvernement du président Abdel Fattah al-Sissi n’entend pas qu’un Islam extrémiste règne. Après que le nouveau régime a notamment réprimé – le mot est faible – l’organisation des Frères musulmans, le ministère des Waqfs (biens religieux musulmans) en juillet 2014 décide de fermer, la veille du Ramadan, un millier de petites mosquées et de n’autoriser l’accès aux minbars des mosquées, qu’aux seuls imams diplômés de l’université d’Al-Azhar. Le ministère des Waqfs veut en terminer avec les imams autoproclamés transformant les mosquées en tribunes politiques. En charge des mosquées, Mahmoud Abdel-Razeq déclare les mosquées ont été conçues pour l’adoration de Dieu et rien d’autre tandis que les milieux islamistes redoutent le monopole de l’État sur le discours religieux dont, par ailleurs, ils ne soucient guère de le voir dévoyé. Ils craignent également qu’au nom de la sécurité, le choix des imams autorisés se fassent sur des bases politiques.

        Dans une récente livraison d’Al-Arham hebdo, il est fait mention que Mohamad Gomaa,  ministre actuel des Waqfs, a décidé que dorénavant, le vendredi, dans les 150 000 mosquées du pays, les imams doivent lire un même sermon rédigé par les pouvoirs religieux. Le but a déclaré Mohamad Gomaa est de transmettre au monde le discours d’un islam modéré. Le sermon écrit est un pas en avant qui permettra par la suite de réformer le discours religieux ». Une commission composée outre des oulémas modérés d’Al-Azhar et des députés de la commission religieuse, de sociologues et de psychologues doit déterminer les thèmes et le texte des prêches.

        Il va sans dire que cette mesure ne fait pas l’unanimité des oulémas et des imams. Un membre du Front des oulémas d’Al-Azhar  - groupement de religieux basé au Koweït et sans lien institutionnel avec l’université Al-Azhar -, le fondamentaliste Mohamad Ouf résume son hostilité en trois points. Primo, partout en Égypte, chaque ville ou village a des problèmes différents de l’autre. Un certain village peut avoir un problème de vol, et donc, le sermon devra parler du vol. Alors qu’un autre village peut avoir des problèmes d’une autre nature. Secundo, le prêche a essentiellement pour rôle de guider la société et d’expliquer les enjeux des textes religieux en les rapprochant des problèmes quotidiens des gens. Le discours religieux doit aussi prendre en compte le niveau social et culturel de l’auditoire. Ainsi, il semble illogique d’imposer un discours unique à tous les musulmans. Tertio, Comment les gens pourront-ils avoir confiance en un imam qui lit son sermon en suivant des yeux un texte qu’il n’a même pas rédigé ? Tout au long de l’histoire de l’islam, les minarets ont connu maintes écoles de charia et de théologie religieuse. L’islam n’a jamais connu l’uniformisation et sa philosophie se base sur la divergence des points de vue et des interprétations. C’est ce débat qui donne à la religion le dynamisme nécessaire pour suivre les évolutions de la société.

        Tout à sa tâche de chercher à moderniser le discours religieux, le ministre des Waqfs s’en tient à sa position à l’égard du Front des oulémas d’Al-Azhar qu’il estime composé d’éléments extrémistes des Frères musulmans. Ceux qui ont laissé faire ces extrémistes ont trahi la religion et la patrie. Nous sommes actuellement à une période où l’on ne peut plus tenir le bâton par le milieu.

 

00:10 Écrit par Pierre André dans Actualité, Politique, Religion | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg