mercredi, 29 mars 2017

Cadastre des mandats, ça se corse ...

       En ce temps de transparence exigée de la vie politique, un des moyens d’y répondre est la publication d’un cadastre. La Ville de Liège l’a fait. Noss binamé Willy a promis un cadastre des mandats le lundi. Cinq jours plus tard, sur le site officiel de Liège, en trente pages, toute la population liégeoise a découvert le nom de qui a mandat de représenter la Ville tant dans les intercommunales que les associations.

       Sur Facebook,  le vendredi 25 février 2017, l’Échevine de l'Etat civil, des Mairies de quartier et des Cimetières, Julie Fernandez-Fernandez exulte Chose promise, chose due… ! Au commentaire de Jean Joris – futur candidat à la présidence de la Fédération liégeoise du PS - manque les montants et le mode de rémunération, il y en a plein de gratuit, il ne faudrait pas confondre l'implication dans la vie de la cité et l'enrichissement personnel, elle opine en effet, il faudrait le préciser mais c'est le premier jet  ;-)!

       Que trouve-t-on dans ce premier jet ? Tant dans les AG et les CA des dix-sept intercommunales répertoriées, on ne trouve en qualité de représentant de la Ville que des titulaires de mandat électif, autrement dit des conseillers communaux ou membres du Collège. L’Intercommunale de soins spécialisés de Liège (I.SO.S.L.) compte dans son CA onze mandataires élus tandis que les CA de L'Intercommunale de Mutualisation Informatique et Organisationnelle (IMIO) et l’Intercommunale d’enseignement supérieur d’architecture (IESA) n’en comptent aucun.

       Dans les CA des cent neuf associations, la situation est différente. Sur les quatre cent vingt-neuf mandats dévolus à des représentants de la Ville, deux cent trente-deux sont attribués à des mandataires élus tandis que cent nonante-sept échoient à des citoyens notamment membres de cabinets communaux ou ministériels. Il est à noter que la Ville n’est pas représentée dans le CA de dix-sept  associations telles le Golf de Berlaymont ou la Maison de la Presse et de la Communication.   

       Une semaine après la publication du premier jet du cadastre des mandats appelés officiellement Cadastre des représentants de la Ville de Liège dans différentes structures et organismes arrive le deuxième jet. Il y est précisé : en application du décret wallon, les représentants de la Ville dans les intercommunales sont désignés par les différents  groupes politiques sur base du résultat des dernières élections communales et que les tableaux sont établis en fonction des désignations votées au Conseil communal et sous réserve d'éventuelles modifications postérieures intervenues au sein même des associations et intercommunales. En outre la Ville n'a pas connaissance du caractère rémunéré ou non des mandats attribués. Pour le savoir, un autre document officiel – le Moniteur belge du 12 août 2016 – est à consulter. En 938 pages, les curieux sont rassasiés mais déçus car pour les mandats rémunérés, le montant n’est pas indiqué !  

       Entre le 25 février et le 3 mars, le nombre d'intercommunales dans lesquelles la Ville a des représentants a diminué. De dix-sept, il est passé à seize. Passe à la trappe, ORES, le principal gestionnaire de réseau de Wallonie. Trois conseillers communaux socialistes - Jean-Paul Bonjean, Mohammed Bougnouch et Giuseppe Maniglia - qui ont figuré au CA d'ORES dans le premier jet sont absents dans le deuxième jet.

       Dans le deuxième jet, les associations sont toujours au nombre de cent neuf. Ce qui diffère ? C’est le nombre de mandats. Il s'accroît et monte à quatre cent cinquante-huit. La part des mandataires élus régresse. Ils ne sont plus que deux cent vingt-six. Les citoyens progressent. Désormais, ils sont majoritaires avec deux cent trente-deux mandats. La Ville  n’a plus de représentants au CA de dix-huit associations puisque Bruno Baron et Jean-Marc Gay ont disparu des CA, l’un de Courants d’Âges, l’autre de l’A.S.B.L. Fédération du Tourisme de la Province de Liège. En revanche, la responsable de la Communication au Cabinet du Bourgmestre – Laurence Comminette – siège au CA de la Maison de la Presse et de la Communication.

       La comparaison entre le premier et le deuxième jet se corse. Corse est le mot approprié. L’île de beauté a la réputation de faire voter les morts. À Liège, nous faisons mieux. Nous n’hésitons pas à confier les responsabilités de membre d’un CA à des morts ! Sans que cette liste soit exhaustive, deux personnes décédées figurent dans le cadastre premier jet. Errare humanum est. Ces mêmes personnes figurent dans le cadastre deuxième jet. Perseverare diabolicum. Heureusement, au pays d’amon nos-aute, il est dit que c’est à la troisième fois qu’on voit les maîtres. Vivement le cadastre troisième jet …

14:48 Écrit par Pierre André dans Actualité, Liège, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

jeudi, 16 mars 2017

Capitale de la Résistance, Liège a attendu 70 ans "LE SILENCE DE LA MER' de Vercors !

 

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     Chacun connait (ou devrait connaître) le thème du Silence de la mer. L’action se déroule en France occupée. Des Français, un oncle et sa nièce, doivent accueillir un officier allemand, Werner von Ebrennac. Ils se posent la question comment le supporter. La réponse est simple et claire  comme si cet officier n'existait pas. Comme s'il était muet et transparent. Tu verras, personne ne peut supporter longtemps d'être ignoré aussi longtemps. Tout au long de son séjour, Werner von Ebrennac soliloque : Il sortira de cette guerre de grandes choses pour l'Allemagne et pour la France. Je pense avec mon père que le soleil va briller sur l'Europe. Retour de permission, il réalise combien ses supérieurs l’ont berné d’où sa demande à être affecté au front. L’oncle lui cite Anatole France : Il est grand pour un soldat de désobéir à des ordres criminels. Werner s’en va au front. C’est une manière élégante de se suicider dans l’honneur pour un von Ebrennac.

     Chacun connaît (ou devrait connaître) la Compagnie Royale Théâtre Arlequin. Septante ans après la création parisienne, dans une mise en scène de Jean Mercure, de la pièce inspirée de la nouvelle Le Silence de la mer, Liège a, enfin, connu, des représentations (1), dans une mise en scène d’Alexandre Tirelier, de ce spectacle. Liège en a été privé pour deux raisons : les Galas Karsenty ne l’ont jamais programmé et feu le Gymnase a fait de même, en dépit de ses 36 pièces montés annuellement !

     Le rôle de Werner von Ebrennac est incarné par Fabian Nicolaï, un artiste qui vient de rejoindre talentueusement la troupe de l’Arlequin. José Brouwers et Camille Fernandez assument les rôles d’oncle et de nièce. Leur lecture et leur silence confèrent l’esprit de résistance qui rend muet l’amour de la musique que partagent au moins Werner et la jeune Française. Un spectacle remarquable à l’émotion intense.

     Mais qui est ce Vercors auquel le porte-parole du général De Gaulle, Maurice Schumann, en 1942, à la BBC s’adresse vous, Vercors, encore inconnu et déjà célèbre … ? Pour en savoir davantage, nous avons consulté le Maitron (2). Nathalie Gilbert, auteure de la notice de Jean Bruller dit Vercors précise qu’il effectue sa scolarité à l’Ecole alsacienne qui prolongeait les principes éducatifs des parents : soucieuse de donner à ses élèves une solide culture des sciences et des humanités, privilégiant les méthodes éducatives douces, cette école, de tradition protestante, entendait également former des hommes et des citoyens guidés par une morale intérieure rigoureuse. Cette conscience personnelle, qui doit au besoin se réformer par elle-même, incarne particulièrement l’homme que fut Jean Bruller.

     Diplôme d’ingénieur, service militaire à Tunis,  A son retour en 1926, il entreprit officiellement sa carrière de dessinateur. (…) il publia son premier album alliant texte et dessins, 21 Recettes de mort violente à l’usage des personnes découragées ou dégoûtées de la vie pour des raisons qui, en somme, ne nous regardent pas. Parallèlement, il continua à fournir des dessins pour divers journaux (Le Rire, Fantasio), il devint l’un des illustrateurs des Editions Nathan : la trilogie Pif et Paf.

     Dans les années trente le dessinateur fut donc en contact avec notamment André Gide, Romain Rolland, Roger Martin du Gard, Georges Duhamel, Jean Guéhenno, Charles Vildrac. Ce milieu de gauche, famille intellectuelle de Jean Bruller par héritage paternel, lui dessilla les yeux sur les méfaits du colonialisme (…) A partir de 1932, Jean Bruller entama son œuvre de la maturité préfacée par Jules Romains, La Danse des vivants. Cet album à la philosophie intemporelle inspirée des moralistes du Grand Siècle (…) La philosophie pessimiste du moraliste sur la nature humaine, dégagée des contingences du réel, fut ébranlée par l’Histoire. Elle proposa alors (…) les prémisses de l’évolution d’une pensée intégrant des éléments marxistes, toutefois dominée jusqu’à la fin de sa carrière par l’idéalisme.

     À l’armistice, décidé à ne rien publier sous le joug ennemi, il réside, au 31bis de la rue du Touarte, à Villiers-sur-Morin, petit village en Brie (600 habitants à l’époque) et travaille chez le menuisier. En 1941, il intégra le réseau de l’Intelligence Service, bientôt démantelé. Il entra alors en Résistance intellectuelle (…) Lescure et Bruller créèrent donc leur propre maison d’édition clandestine, Les Editions de Minuit, entreprise viable grâce au réseau des imprimeurs avec lequel le dessinateur avait travaillé dans l’entre-deux-guerres. Celui-ci publia son célèbre récit Le Silence de la mer le 20 février 1942 sous le pseudonyme de Vercors, du nom de cette montagne qui l’avait impressionné en 1939. Si la plume remplaça le crayon, il serait erroné de croire que l’écrivain ne serait pas né sans les contingences historiques. Jean Bruller aimait en effet à compléter ses albums de textes.

     Au lendemain de la guerre, symbole de la Résistance intellectuelle, auréolé d’une soudaine notoriété, Vercors fut nommé à la commission d’épuration de l’édition qu’il quitta dès janvier 1945, jugeant inacceptable les complaisances accordées aux éditeurs. Membre actif du Comité National des Ecrivains (CNE) chargé d’établir la « liste noire » des écrivains compromis, il se montra le plus intransigeant sur le sujet.

     Compagnon de route du Parti communiste, il rendit compte de ses rapports conflictuels avec le PCF dans Pour Prendre congé (PPC, 1957). Désormais, il se montra plus ou moins proche du Parti en fonction des événements et n’hésita plus à se rapprocher des gauches dissidentes pour certains combats comme la guerre d’Algérie. La torture pratiquée par la France dans ce conflit, lui fait refuser la Légion d’honneur en 1960. 

     Inventeur des callichromies, un dérivé de la sérigraphie, reproduction de tableaux à l’huile, il conserve son nom Jean Bruller pour ses œuvres d’artiste et adopte le nom de Vercors en tant qu’écrivain. Vercors s’impliqua pour certaines avancées sociétales. Ainsi il se prononça contre la peine de mort. Il soutint la loi d’autorisation de l’IVG dans Ce que je crois (1975). Dans ses lettres privées, il défendit le droit à mourir dans la dignité.

    Né le 26 avril 1902, jour anniversaire du centenaire de la naissance de Victor Hugo, il décède à 89 ans, à son domicile Quai des Orfèvres à Paris.

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(1)Compagnie Royale Théâtre Arlequin – vendredi 17, 31 mars et samedi 18, 25 mars, 1 avril à 20h 30 – rue Rutxhiel 3 Liège – tél. 04/222.15.43  info@theatrearlequin.be - réservation : billetterie du Forum & du Théâtre Arlequin, rue du Pont d’ Avroy 12 , tél. 04/223.18.18 et par internet www.theatrearlequin.be

(2) http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article178469, notice VERCORS [BRULLER Jean, dit] par Nathalie Gibert, version mise en ligne le 8 février 2016, dernière modification le 8 février 2016. Le printemps du Maitron - 22 mars 2017 - une journée consacrée au Maitron se déroulera dans le Grand Amphithéâtre de la Sorbonne, de 14h à 22h, en présence de nombreux intervenants - pour assister à cette journée, merci de vous inscrire en envoyant vos Nom et Prénom par mail à l’adresse info@maitron.org

12:51 Écrit par Pierre André dans Actualité, Art, francophonie, Histoire, Littérature, Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

jeudi, 02 mars 2017

1ère chaîne d'info de France, BFM TV HD virée de l'offre de base de Proximus !

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        En pleine campagne présidentielle française – campagne très suivie en Wallonie et  à Bruxelles – Proximus annonce que dès le 31/03, la chaîne d’information BFM TV HD ne sera malheureusement plus diffusée sur Proximus TV. Cette décision  mettra fin à quinze mois de diffusion sur le canal 277 de la première chaîne d'info de France, un titre qui, sur base des calculs d’audience de l’institut Mediamétrie, BFM TV HD détient depuis juin 2008 et dont elle a fait son slogan. C’est, en effet, le 1er janvier 2016 que Proximus a remplacé la chaîne privée allemande  ProSieben  par BFM TV HD dans son offre de base. Au vu de ce nouveau changement annoncé, le client de Proximus peut résilier son abonnement  à tout moment sans frais par écrit.

        L’an dernier, à pareille époque, Proximus annonce la suppression fin avril de la chaîne française KTO fondée en 1999 par le cardinal Jean-Marie Lustiger et diffusée en Belgique depuis 2011. Le 18 mars 2016, l’archevêque De Kesel et les évêques francophones lancent une pétition  contre cette décision unilatérale et inopinée. Des catholiques, des chrétiens, des agnostiques, des francs-maçons, des musulmans, des juifs, des intellectuels la signent. C’est à peine s’ils ne disent pas retro proximus !  Résultat, KTO occupe toujours le canal 299 et bien Malin qui l’en sortira !

        Ni KTO, ni BFM TV ne bénéficient du droit de distribution obligatoire (1) imposé par le Conseil supérieur de l’Audiovisuel (CSA). Dès lors, Proximus met dans ses canaux les chaînes qu’il décide. Il peut également les retirer sans donner la moindre explication. C’est le fait du Prince. En ce qui concerne la suppression fin mars de BFM TV HD, Proximus semble compatir à la tristesse des téléspectateurs par l’adverbe malheureusement. Piètre consolation !

        Dans l’air du temps, Proximus entend être positif. Il précise plusieurs chaînes dans notre offre proposent le même genre de programmation sur l’actualité internationale : LCI (canal 274), CNN (canal 270), BBC World (canal 271), Euronews (canal 272) ou encore France 24 (canal 278). Il ne signale pas l’attribution d’un second canal (le 275) à France 24, filiale de la société publique France Médias Monde. Il omet également de citer la chaîne qatarie Al Jazeera  (canal 276).

        La logique de Proximus évoquant le même genre de programmation que BFM  TV HD constitue un mépris du travail spécifique des journalistes professionnels dans ces chaînes. Cette logique aboutit à nier l’intérêt de la pluralité des médias. Tous les mêmes  semble penser Proximus. Le citoyen soucieux d’être correctement informé a besoin d’avoir accès à plusieurs médias télévisuels car chacun d’eux a une sensibilité différente.

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(1) Bénéficient du droit de distribution obligatoire La Une, La Deux, La Trois, TV5, Eén, Ketnet/Canvas, la BRF et les services de télévision locale dans leur zone de couverture (Avis du CSA  du 20 mars 2014)

15:02 Écrit par Pierre André dans Actualité, Economie, Media, Télévision | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg