vendredi, 18 août 2017

Au 58ème festival de théâtre de Spa, du bruit pour les enfants et pour les adultes, une adaptation intéressante mais améliorable.

 

SPA 2017.png

À longue soirée, courte critique.

    Ce jeudi 17 août, nous avons entendu à 19 heures au Radisson Piletta Remix du Collectif bruxellois Wow et nous avons vu, en la grande salle Jacques Huisman, de 20 heures 30’ à 23 heures 20’ (entracte d’un quart d’heure compris) l’adaptation, la mise en scène, la scénographie et l’interprétation par Jean-Marc Chotteau du dernier roman - Bouvard et Pécuchet - du père de Madame Bovary, Gustave Flaubert.

    Que dire de Piletta Remix ? Que ce n’est pas du William Shakespeare bien que le titre Much Ado About Nothing  (Beaucoup de bruit pour rien) aurait été plus explicite. Chaque spectateur était équipé d’un casque audio et pouvait entendre tous les bruitages de l’enregistrement radiophonique d’un conte de nature à amuser les enfants et ceux friands de sons surprenants. Quant aux autres, ils reconnaissaient une qualité à ce spectacle : sa brièveté relative, à peine plus de trois quarts d’heure. 

    Par contre, la représentation de Bouvard et Pécuchet était non seulement beaucoup plus longue mais elle appelle un commentaire beaucoup plus nuancé. À Lille et Mouscron, le Centre transfrontalier de création théâtrale que Marc Chotteau à Tourcoing a créé en fusionnant sa compagnie et le Centre culturel mouscronnois au sein d’une équipe intitulée La Virgule ne manque pas d’ambition. Théâtraliser l’ultime roman de Gustave Flaubert, ce grand prosateur qui avait tendance à se moquer de manière à la fois caricaturale et réaliste de la sottise et de la médiocrité bourgeoises, constitue assurément une gageure qui s’avère partiellement réussie. Des moyens importants ont été mobilisés pour que lumières et décors changeants et remarquables soient parfaitement adaptés au texte.

    Les deux comédiens, Jean-Marc Chotteau et Eric Leblanc sont des professionnels expérimentés capables de faire rire le public même lors de scènes essentiellement mimées. Notre regret dans cette grande salle au plafond très élevé c’est que parfois, trop souvent surtout dans la fin des répliques de Pécuchet alias Eric Leblanc, le texte n’ait plus été audible. Nous étions placés au cinquième rang au milieu de la salle et mes voisins me confirmaient que je n’étais pas le seul malentendant tout en se réjouissant de n’avoir pas été assis au fond du parterre ou à l’étage. Cette situation ne sert pas l’attention nécessaire pour suivre une aussi longue adaptation faite pourtant de scènes courtes. Ces remarques ne nous conduisent cependant pas à oublier les nombreuses qualités d’un spectacle intéressant mais améliorable.

 

Jean-Marie ROBERTI

 

11:36 Écrit par Pierre André dans Actualité, Culture, Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

mercredi, 16 août 2017

Le 58ème Festival de Théâtre de Spa : Du rire à l’émotion, bref de la vie condensée…

 

 SPA 2017.png

    Laissons là nos souvenirs de cinquante-huitard  (Avignon, TNP….) et venons- en aux deux spectacles savourés le soir du 15 Août. Ripaille est la nouvelle création de Christian Dalimier qu’il a écrite et qu’il a interprétée avec Laurence Warin au Radisson Palace spadois, dans une mise en scène d’Emmanuelle Mathieu.

    Quant aux Filles aux mains jaunes (jaunes à force de devoir fabriquer des obus), elles commémorent, sous la plume de Michel Bellier, le centenaire du sort cruel mais émancipateur que connurent alors les femmes. Mise en scène par Joëlle Cattino, la fondatrice et directrice artistique de la Compagnie marseillaise (siège sur la Canebière!), Dynamo qui produit ce spectacle destiné à tourner jusqu’en novembre de l’an prochain, cette pièce est servie par un quatuor féminin, homogène et talentueux constitué par Bénédicte Chabot, Inès Dubuisson, Anne Sylvain et Blanche Van Hyfte.

    Il y a deux ans, en août 2015, nous avions eu au Festival de théâtre de Spa, un grand coup de cœur pour une œuvre qui évoquait aussi particulièrement le sort en 1914-18 de celles de l’arrière à travers les échanges épistolaires d’une institutrice et de son mari mobilisé. Cette pièce intitulée Lettres à Elise était signée d’un brillant auteur wallon Jean-François Viot, mise en scène par Nele Paxinou, fondatrice des Baladins du miroir et excellemment interprétée par Sophie Lajoie et Jean-Marie Pétiniot. Une telle réussite, récemment traduite en…. allemand, vaut d’être rappelée même si elle place haut le degré atteint lorsqu’on utilise l’échelle des comparaisons. Et nous nous réjouissons que Jean-François Viot dont nous avions aussi très positivement apprécié à Spa Sur la route de Montalcino ait ce printemps brillamment défendu à la Chambre un statut de l’artiste à rénover et qu’il nous annonce la création à l’Atelier-Théâtre Jean Vilar de sa pièce : Maria Callas : il était une voix... ainsi que l’heureux aboutissement de la longue écriture d’un premier roman.

    Ripaille et Les filles aux mains jaunes sont évidemment deux spectacles totalement différents. Le premier purement divertissant, le second chargé d’émotion. Comme la vie (dont il est le miroir soulignaient les Baladins), le théâtre affiche toute la gamme des sentiments humains et chez les plus grands dramaturges (Shakespeare, Molière….) ils ne se succèdent pas, ils se juxtaposent.

    Christian Dalimier, grand, mince, détendu est un manieur de mots, épicurien. Mais pas seulement : cet Hutois – qui réussit à ouvrir aux spectacles théâtraux, le très beau château de Modave – mis par exemple en scène à Spa en 2010 le chef d’œuvre des pièces noires de Jean Anouilh : Antigone. Ce qui ne l’empêche pas d’apprécier les plaisirs de la table comme il l’avait déjà montré à Spa en 2012 dans une ode au vin qu’il avait intitulée Entre deux verres. Cette fois c’est toute la volupté des plaisirs gastronomiques qu’il a décrite et qu’il joue avec la fille d’une famille de cuisiniers : Laurence Warin devenue une très dynamique et souriante comédienne. Dans cette pièce, teintée de gentilles touches érotiques - et parfois de quelques effets trop faciles – c’est de nous que nous rions, des gourmets qui cèdent à la gourmandise. Et parfois avec des retours vers des classiques tel un extrait des Trois sœurs d’Anton Tchekhov, sans oublier - en conclusion – une référence aux Madeleines de Marcel Proust (1), cuisinées sur scène et servies chaudes à quelques spectateurs choisis par hasard au premier mais aussi aux derniers rangs….

    Le changement d’atmosphère est radical quand du Radisson à 19 heures on arrive à 21 heures au Salon bleu du Casino. Le gris domine. Du départ de leurs poilus, la fleur au fusil, qui les conduisit dans une usine d’armement chimiquement polluée jusqu’à la délivrance d’un armistice attendu quatre ans et cent six jours, en passant par des monceaux de morts comprenant même des fusillés insoumis, quatre femmes subissent les rythmes infernaux d’une production malsaine. Il y a les résignées entraînées par les battantes chez qui naissent des revendications qualifiées d’un beau mot : socialistes. Comme cinquante ans plus tard les femmes machines de notre usine d’armement qui exigeaient il y a cinquante ans l’application du seul article social du Traité de Rome de 1957, ces femmes sous-payées revendiquaient l’obtention à travail égal d’un salaire égal. Et des crèches, et de l’hygiène et du respect. Un juste féminisme naissait. Michel Bellier le dit sans les nuances des Lettres à Elise. Cette pièce en partie de circonstance puisqu’elle permet des engagements commémoratifs, est généreuse et émouvante. Le grand professionnalisme des comédiennes est incontestable.

    Cependant – après avoir interrogé quelques autres personnes qui certes étaient d’âge posé – nous regrettons la trop fréquente et trop grande célérité du débit. Les Méridionaux parlent certes plus vite que les Liégeois, et que dire des Méridionales ! Mais devoir s’accrocher pour ne pas être décrochés lors de l’écoute d’un texte, c’est une exigence exagérée. Une interprétation plus posée ne serait pas moins convaincante.

    Nous avons finalement passé une excellente soirée du 15 août. Quand à vingt-deux heures trente nous avons quitté Spa le feu d’artifice prévu était tiré alors qu’éclairs et tonnerre éclataient dans un ciel qui déversa des trombes d’eau jusqu’à proximité de Liège. Ce feu d’artifices contrairement au Festival de Spa était donc dépourvu de spectateurs mais s’inscrivait dans nos traditions surréalistes.           

 

Jean-Marie ROBERTI

 =============================

(1) Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine. Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause écrit le romancier des sept tomes d'À la recherche du temps perdu (cette citation étant extraite Du côté de chez Swann).

 

18:22 Écrit par Pierre André dans Actualité, Culture, Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

mardi, 15 août 2017

Au LVIIIème Festival de Spa : DU MANQUE DE MOYENS WALLONS AU BON EXEMPLE D’UNE NOUVELLE COMMANDEUSE DE L’ORDRE DE LA COURONNE.

SPA 2017.png

    Dimanche dernier, 13 août 2017, nous avons choisi au 58ème Festival de Spa, d’assister à deux spectacles : On ne badine pas avec l’amour d’après Alfred de Musset, co-production des Théâtres de la Chute et Varia d’une part et d’autre part Le Roi nu d’Evguéni Schwartz une co-production des Baladins du Miroir et de la Maison Éphémère dont le co-directeur artistique Guy Theunissen a assuré la mise en scène.

*****************

    Dans la seconde moitié des années 1950, j’ai eu, très jeune, le grand privilège de découvrir trois œuvres majeures d’Alfred de Musset, au Théâtre National Populaire, en Avignon puis à Chaillot, dans trois interprétations de Gérard Philippe, servies par la musique de scène de Maurice Jarre : 1°) Lorenzaccio, dans la cour d’honneur du Palais des Papes, avec aussi Daniel Ivernel, dans une mise en scène de Jean Vilar reprise par l’acteur du rôle-titre,  2°) Les caprices de Marianne dans les Jardins (d’aucuns disent les Vergers) d’Urbain V, avec aussi Geneviève Page, dans une mise en scène de Jean Vilar et 3°) On ne badine pas avec l’amour  dans la grande salle d’un Palais prestigieux, place du Trocadéro, où l’on trouve également le Musée de l’Homme, avec aussi Suzanne Flon dans une mise en scène du cinéaste René Clair.

    Il s’agissait certes d’interprétations d’une qualité tout-à-fait exceptionnelle, d’un accompagnement musical toujours dense et harmonieux, parfois même surprenant (particulièrement lors de l’ouverture de Lorenzaccio par les fanfares du père de Jean-Michel) et cela dans des mises en scène assurément innovantes. Mais ces innovations allaient de pair avec le respect de l’intégrité des œuvres. Ce n’est pas le cas ici.

    En découpant dans les trois actes de cette pièce, les scènes concernant le dramatique trio amoureux formé par Perdican, Camille, victime de l’intégrisme catholique, et Rosette, et en éliminant les scènes légères et humoristiques conçues par Musset au profit d’intermèdes burlesques de son cru entremêlés de poèmes de l’auteur, le metteur en scène et scénographe Benoît Verhaert se sert de Musset. Nous aurions préféré qu’il le serve. En outre, nous ne comprenons pas l’intérêt des anachronismes musicaux de Samuel Seynave.

    Verhaert et Seynave ne sont pas plus René Clair et Maurice Jarre que Stéphane Pirard et Céline Peret ne sont Gérard Philippe et Suzanne Flon. Mais ce spectacle, condensé en une bonne heure pour permettre des animations notamment scolaires, mérite de larges circonstances atténuantes. Il a été monté et joué par cinq comédiens (Audrey D’Hulstère et Vincent Raoult s’ajoutant aux trois précités) qui sont de vrais professionnels talentueux, dynamiques qui entrainent une chaleureuse adhésion du public. Que nous n’atteignions pas aujourd’hui le niveau auquel étaient parvenus Jean Vilar, Gérard Philippe et bien d’autres (je me souviens de Philippe Noiret et de Jean-Pierre Darras alors dans de tout petits rôles) est malheureusement normal. C’est une question de moyens.

    D’origine spadoise, Madame Alda Greoli, la Ministre Vice-Présidente des Gouvernements de la Wallonie et de la Fédération Wallonie-Bruxelles en charge de l’Action sociale, de la Santé, de l’Egalité des chances, de la Fonction publique et de la Simplification administrative en Wallonie ainsi que de la Culture et de l’Enfance au niveau communautaire ne semble pas prête à s’inscrire, deux tiers de siècle plus tard, dans la lignée de Jeanne Laurent.

    Cette archiviste-paléographe quadragénaire nommée en 1946 sous-directrice des spectacles et de la musique au Ministère de l’enseignement dont dépendait la culture lutta afin de pouvoir créer un théâtre national populaire visant un large public y compris en dehors de Paris alors que les activités dramatiques étaient l’apanage de la bourgeoisie de la capitale française. Le jour même où en juillet 1951, elle obtint enfin un accord politique sur son projet de création, elle prit le train vers Avignon où depuis 1947 Jean Vilar animait un festival estival d’art dramatique et elle dut beaucoup insister pour convaincre ce grand metteur en scène et comédien d’accepter la charge d’une telle direction.

  À notre connaissance, la gare de Spa n’a pas encore vu arriver la responsable chez nous de l’art dramatique afin de proposer au Liégeois Axel de Booseré de diriger un rééquilibrage entre Bruxelles et la Wallonie des subventions théâtrales sur une base équitable : non plus deux tiers pour la capitale et un tiers pour le reste mais bien les trois quarts pour la Wallonie et 25 % pour Bruxelles siège des institutions culturelles fédérales. Sans doute faudra-t-il attendre que les membres wallons du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles qui sont 75 sur 94 se rendent compte que 79,79 % constituent une majorité suffisante pour enfin se faire respecter en particulier dans le domaine des dépenses budgétaires localisables.

***********************

    C’est sous le chapiteau des Baladins du Miroir que nous avons suivi la représentation du Roi nu. Cette pièce est l’œuvre d’un écrivain soviétique qui eut 21 ans lors de la Révolution de 1917, qui abandonna des études de droit pour le théâtre et qui engagé contre le totalitarisme, se consacra d’abord à la littérature enfantine. Au départ de contes d’Andersen, il rédigea une première pièce pour adultes Le Roi nu. Il eut beau expliquer que le tyran qu’il visait était Hitler, les censeurs du Kremlin en interdirent la représentation au cas où des spectateurs auraient confondu avec Staline. Une autre de ses œuvres pour adulte Le Dragon eut plus de chance : elle fut représentée une fois. Schwartz fut longtemps malade et décéda en 1958 cinq ans après que Khroutchev ait succédé à Staline mais il ne vit pas représenter en U.R.S.S. son Roi nu qui dut attendre 1960 pour l’être Cette farce (qui au premier degré suscita l’hilarité des jeunes enfants présents devant nous) ne manque pas de causticité et vaut surtout par le rythme donné au spectacle par le texte lui-même, les décors, les danses et une musique entraînante mais marquée - comme des allusions à l’informatique – par d’inutiles anachronismes. La qualité d’ensemble du spectacle est principalement due à l’homogénéité d’une troupe de deux douzaines de membres dont une moitié de comédiens : Les Baladins du Miroir qui constituent la compagnie wallonne la plus remarquable.

    Elle a été fondée et dirigée par Nele Paxinou qui, le mois dernier, est devenue sur proposition transmise par Didier Reynders au Palais Commandeuse (féminin de Commandeur selon mon Petit Robert) de l’Ordre de la Couronne. Mais on dément que ce soit après qu’il ait vu Le Roi nu que Philippe 1er ait fait promulguer l’accès de cette comédienne à cette haute distinction. Nele est née en 1942 à Anvers d’un père grec et d’une mère flamande qui s’installèrent à Bruxelles où leur fille devint une jeune comédienne professionnelle. Frappée à 23 ans par une maladie qui la priva de l’usage de ses jambes, elle entreprit et réussit à Louvain-la- Neuve deux licences universitaire : une en philosophie et l’autre en sciences théâtrale chez Armand Delcampe. À trente-trois ans elle réalisa de premières mises en scène dont en particulier de pièces de Michel de Ghelderode. À quarante, elle fonda sa compagnie itinérante qui prit comme nom Les Baladins du Miroir parce que le théâtre est le miroir de la vie. Implantée entre ses tournées chez elle à Thorembaix-les-Béguines, sa compagnie qui donne le meilleur exemple de promotion de l’art dramatique en Wallonie vient de déménager dans un domaine de deux hectares et demi à Jodoigne ce qui n’a pas pu se faire sans l’appui de Louis Michel. Il faudrait aller plus loin en inversant les subventions accordées au très bruxellois Théâtre national et à la compagnie de Nele Paxinou. Celle-ci a récemment cédé le relais de la direction générale à Gaspar Leclère qui l’avait rejointe en 1984. Nous ne l’avons pas revue cette année à Spa où nous n’avons pas encore croisé le Bourgmestre Joseph Houssa qui, le mois dernier à 87 ans, avait présidé aux réactions nécessitées par une menace d’attentat lors de Francofolies.

    Mais laissons cette fois la conclusion à Nele Paxinou qui faite en septembre 2012 Chevalière du Mérite Wallon écrivait alors : De la créativité, de la créativité, de la créativité ! … Ce simple mot recèle en lui l’avenir de notre jeunesse et la survie de notre société moribonde. Apprenons aux jeunes à en mettre dans chacune de leurs actions. C’est grâce à l’éducation et à la Culture que nous pourrons « encore » leur montrer le chemin … 

Jean-Marie ROBERTI

 

12:55 Écrit par Pierre André dans Actualité, Culture, Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

samedi, 12 août 2017

FESTIVAL DE SPA : SANS GRANDS TEXTES, PAS DE GRAND THÉÂTRE...

     

SPA 2017.png

Spa est par excellence une ville d’eau puisque ses trois lettres sont devenues nom commun. Elle n’a pas failli à sa réputation lors de l’ouverture sous un ciel lourdement menaçant de son 58ème Festival de Théâtre.

      Lors de chacune de ses onze soirées, les spectateurs ont le choix entre quatre représentations (sauf le 19 août où il y a une option en moins mais en ajoutant par contre les cinq représentations de Baladins du Miroir sous leur propre chapiteau ces 12, 13, 14, 16 et 17 août). Ayant sélectionné douze spectacles en six soirées, j’avoue regretter mes deux choix initiaux. Jean Vilar estimait qu’un théâtre de qualité nécessitait de grands textes interprétés humblement par des compagnies constituées de metteurs en scène et de comédiens soucieux de servir les auteurs et non de s’en servir. Cette primauté que j’accorde aux textes aurait dû me conduire à aller assister à deux créations (Caméléon et Jours radieux) de deux auteurs de chez nous, le Bruxellois Robert Burniaux alias Jean Muno (1924-1988) et le Wallon Jean-Marie Piemme (1944). Mais ne pleurons pas…. 

      J’avais aimé le titre de la pièce d’ouverture du Festival Ressacs. Je m’étais dit que ce mot français évoquant le retour en arrière de vagues frappant un obstacle, s’avérait bien plus élégant et éloquent que ces flash-backs chers notamment aux milieux cinématographiques. Ce que le programme du Festival ne précisait malheureusement pas c’est que la langue employée dans ce spectacle était surtout un anglais certes basique mais qu’une proportion importante de Wallons ne peuvent pas suivre, y compris même si c’est dans une moindre mesure, parmi les spectateurs non prévenus. En outre cet anglais basique n’avait rien d’un texte dramatique de qualité et les efforts d’Agnès Limbos et de Grégory Houben en vue de rendre ce spectacle joyeux et poétique nous parurent vains. Une partie du public a certes réagi chaleureusement par des applaudissements qui n’étaient pas de simple politesse mais les personnes que je connais et moi avons trouvé ce spectacle profondément ennuyeux.

      Nous espérions beaucoup mieux d’une pièce de l’américaine Annie Baker qui mobilisa 18 personnes – dont parmi les cinq interprètes la co-directrice du Festival spadois qui dirige aussi le théâtre Jean Vilar à Louvain-la-Neuve, Cécile Van Snick pour une représentation de près de deux heures (14 personnes pour un peu plus d’une heure de spectacle pour Ressacs). Et là à nouveau, nous avons été profondément déçus. Le défoulement de cinq comédiens lors de six semaines de thérapie dans le cadre d’un atelier théâtral n’était basé sur aucun texte cohérent publiable. Comme une partie du public nous avons à nouveau décroché. 

    Nous avons terminé la soirée lors d’une brève réception qui nous a permis de rencontrer des personnalités peu nombreuses et de notre génération âgée,  telles Valmy Féaux ou Jean-Louis Luxen. Par contre nous avons été surpris de l’absence du Bourgmestre Joseph Houssa.

   Le nouveau Directeur du Festival (qui ne sera responsable de la programmation que l’été prochain, Cécile Van Snick ayant opéré des choix dont elle ne reprend cette fois aucun dans l’agenda 2017-18 de l’Atelier Jean Vilar) Axel de Booseré nous a informé qu’il a déposé à la Fédération Wallonie-Bruxelles le dossier demandant la réanimation d’un contrat programme pour les fort nombreux spectacles et spectateurs du Festival de Théâtre de Spa. La réponse de la Ministre Gréoli attendue en octobre, sera-t-elle positive? Nous l’apprendrons lorsque reprendra le fonctionnement d’une Fédération dont nous continuons à vouloir la disparition.

      Nous retournerons à Spa ce dimanche 13 août en souhaitant que la pièce On ne badine pas avec l’amour annoncée comme étant d’après Alfred de Musset (et non d’A. de Musset tout court) respectera le texte brillant de cette comédie. Puis nous découvrirons le nouveau spectacle des Baladins du Miroir : Le Roi nu avec un gros a priori favorable. A suivre donc en souhaitant qu’après la pluie arrive le beau temps.

Jean-Marie ROBERTI

 

 

15:31 Écrit par Pierre André dans Actualité, Culture, Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

samedi, 05 août 2017

De 1928 à 1985, inventaire des archives de la Radiodiffusion Télévision Belge (RTB).

     

1960 logo RTB.jpg

      Depuis le 1er août 2017, 420 mètres linéaires d’archives papiers de la RTB inventoriés par Flore Plisnier se trouvent aux Archives générales du Royaume (1). L’essentiel couvre la période de 1950 à 1980 englobant également l’Institut national de Radiodiffusion (INR) et l’Institut des services communs (ISC). Le document le plus ancien remonte à 1928, deux ans avant la création de l’INR par la loi du 18 juin 1930 – première émission le 1er février 1931 diffusée depuis la rue de Stassart.

      Tout en conservant l’essentiel des archives de la RTB, les Archives générales du Royaume n’en ont pas l’exclusivité. Ainsi l’Institut d’histoire ouvrière économique et sociale (IHOES) conserve des archives de Jacqueline Saroléa, féministe, syndicaliste et collaboratrice au centre de production de Liège.

      Que trouve-t-on dans les 9623 dossiers répertoriés dans l’inventaire ? De tout, de la chemise consacrée à la correspondance avec la Reine Élisabeth (1953-1956) à la SA COBRIMO (1964) - il s’agit d’un dossier relatif à un litige en matière de publicité sur antenne – en passant par l’affaire François Perin (1961-1965) - il s’agit d’un recours au Conseil d’État de François Perin, chargé de cours à l’ULG, contre une décision de la RTB relative à l’émission « 9 millions »  ou encore les quatre pièces relatives aux émissions interdites sur antenne (1960-1972).

      Outre les rapports mensuels d’activités (1961-1978) du centre de production de Liège on trouve trace de diverses émissions telles Liège-Matin (1969), Du sel sur la queue (1980-1984), Magazine F (1969-1975), Vivre sa ville (1970-1971), Contraste (1966-1978) avec en prime une chemise comprenant un dossier relatif aux protestations à l’encontre de l’émission « Contrastes » (1969-1972). Notons encore en 1963 le dossier relatif à l’inauguration des nouvelles installations de la RTB à Liège (Palais des Congrès), ou  ceux relatifs aux émissions sur les travailleurs étrangers et immigrés (1964-1972) ou à la grève du centre de production de Liège en janvier 1971 (1970-1971)  sans oublier l’enquête administrative au studio de Liège (1961). Pour cette enquête, remarque : non consultable jusqu’en 2050.

      En principe, les archives de plus de 30 ans versées aux Archives de l’État sont publiques et librement consultables. Toutefois, la législation sur la protection de la vie privée n’autorise la communication de l’identité des individus ou de toute information permettant d’identifier une personne que si ( …) les intéressés sont décédés, ou s’ils ont donné leur accord préalable à la publication de leur nom. D’où cette prudence à l’égard de certains dossiers.

      Les relations entre le service public de radiodiffusion et la notions d’archives n’ont pas toujours été parfaites à en juger cette note, datant de juillet 1953, de la direction administrative au comité de direction : À l’heure actuelle, nos archives n’ont d’archives que le nom. Alors que les documents devraient y être classés comme les livres dans une bibliothèque, ils sont pour la plupart entassés dans divers espaces dont l’affectation aux archives est un véritable non-sens. Cela finit par s’améliorer petit à petit.

      Néanmoins, de l’avis de Flore Plisnier, il faut attendre les années 1990 pour que la RTBF se rende compte que ses archives audiovisuelles peuvent avoir une valeur autre qu’utilitaire. Cependant, cette prise de conscience vise avant tout à une rentabilité économique de ces archives (…) Les autorités publiques prendront tardivement conscience de la nécessité de sauvegarder ces archives. Même si l’impératif de conservation apparaît déjà (ou seulement) dans les contrats de gestion depuis 2001, il faut attendre la déclaration de politique communautaire 2004-2009 pour que cette action soit officiellement reconnue. En 2009, afin de mettre en œuvre un plan de sauvegarde, la SA Sonuma est instituée à laquelle la RTBF cède la propriété de la totalité de ses archives audiovisuelles.

NIR_INR.gif

(1) Archives générales du Royaume (AGR) – 2 rue de Ruysbroeck 1000 Bruxelles – Flore Plisnier Inventaire des archives de la radiodiffusion télévision belge (RTB) 1928-1985 – Publication n° 5742 – Version papier 20 € (plus frais d’envoi) – Téléchargement gratuit - http://arch.arch.be

16:06 Écrit par Pierre André dans Actualité, Histoire, Media | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

mardi, 01 août 2017

Vers un bon redémarrage du Festival de théâtre de Spa.

SPA 2017.png

       Dix jours avant l'ouverture du 58ème Festival de théâtre de Spa, le taux d'occupation des places pour les 68  représentations en onze jours de 26 spectacles dont trois créations dépassait déjà les 70%. Axel de Booseré pour sa première direction d'un Festival qui fut menacé de suppression par l'ex-Ministre Joêlle Milquet peut donc augurer d'un appréciable succès.

    Huit spectacles affichent déjà « Complet  » : Ressacs , On ne badine pas avec l’amour, J’ai faim, Ripaille, , L’Entrée du Christ à Bruxelles, Le Chachacha du chef de gare, Les Filles aux mains jaunes et La Solitude du mammouth, pièce pour laquelle on vient de prévoir une représentation supplémentaire le dimanche 20 août à 14 heures.

    Des places demeurent  disponibles notamment pour  les deux accueils français : Bouvard et Pécuchet, une pièce drôle et réjouissante tirée de l’œuvre monumentale de Flaubert et L’Affaire de la rue Lourcine, une comédie surréaliste de Labiche. Et aussi pour cinq autres spectacles:  Jet Lag qui allie danse, cirque et théâtre gestuel, l’histoire en paroles et en musique de la vie des Beatles et de leurs succès, Beatle Juice de Dominique Jonckheere,  En attendant le jour, témoignage sur l'euthanasie  de François Sauveur, Le  Roi nu des Baladins du Miroir  sous leur chapiteau  et Théroigne de Méricourt, de Fabrice Gardin sous chapiteau également .

Profitez des dernières places à prix réduits dans le cadre du SPASS, abonnement dernière minute 3 ou 4 spectacles à partir de 21€.

Jean-Marie Roberti

SPA 2017.png

INFO ET RÉSERVATIONS :  Téléphone gratuit 0800 24 140 - www.festivaldespa.be - Rue du Marché, 20 à Spa

14:18 Écrit par Pierre André dans Actualité, Culture, Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg