jeudi, 07 mai 2015

Au Kinépolis, FESTIVAL DU FILM MAROCAIN, deuxième édition, les 9 et 10 mai.

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        Le samedi9 et dimanche 10 mai à Kinépolis-Rocourt va se dérouler le 2ème Festival du film marocain de Liège FFML (1). Hormis le réalisateur Kamal Kamal qui en est à son troisième long-métrage Sotto Voce, les cinq autres – Mohamed Amin Benamraoui, Rachid El Ouali, Mourad El Khaoudi, Othman Naciri, Abdeslam Kelai - n’ont jamais réalisé que des courts-métrage. Le FFML est assuré d’une vision sur l’avenir du cinéma marocain.

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        De par sa situation géographique et la variété de ses paysages, le Maroc peut se revendiquer Terre de cinéma. On y tourne, bon an, mal an, entre vingt et trente longs métrages : Orson Welles y a réalisé Othello en 1949 alors que le Maroc est sous Protectorat de la France. Le Protectorat français a créé dès 1944, le Centre Cinématographique Marocain (CCM). Le Maroc devenu en 1955 un Royaume indépendant conserve en l’état le CCM avant de le réformer en 1977 en lui confiant l’organisation et la promotion de l’industrie cinématographique au pays. Des studios de tournages sont créés, Mohamed VI inaugure ceux de Ouarzazate. Des écoles forment aux métiers du cinéma en partenariat avec des institutions étrangères dont l’INSAS de chez nous. Bien que Terre de cinéma, le Maroc n’est cependant pas encore connu pour une production typiquement marocaine.  

MAROC Sotto Voce.jpg

        Le Festival du Film Marocain de Liège a l’ambition de contribuer à cette notoriété en présentant six films aux synopsis très variés. Ainsi Adios Carmen raconte l’histoire d’un enfant de dix ans qui vit seul avec son oncle, violent et buveur, depuis que sa mère, veuve, est partie se remarier en Belgique. Carmen, une réfugiée espagnole fuyant le franquisme lui fait découvrir le cinéma. Bientôt, les tensions entre le Maroc et l’Espagne se profilent … la suite au FFML. Ainsi Ymma narre comment un publicitaire de Casablanca s’en va à la recherche, en Corse, d’une femme mystérieuse croisée sur le Net … la suite au FFML. Ainsi Malak conte les mésaventures d’une jeune fille de dix-sept ans enceinte. Délaissée par le père de son enfant,  elle doit affronter sa famille, son entourage dans sa condition de mère célibataire … la suite au FFML. Ainsi Sotto Voce qui traite de la guerre de libération d’Algérie. La mère du réalisateur de ce film, à l’époque de ce conflit est une moudjahid algérienne qui doit trouver refuge au Maroc. La frontière marocco-algérienne est truffée de mines et gardée militairement. Le récit évoque Moussa, passeur marocain en charge d’un groupe de fuyards à travers les montagnes de l’Algérie vers le Maroc … la suite au FFML.

MAROC Voce.png

   (1) Renseignements complémentaires : tél. 0470 33 12 41 ou  info@assala.org

11:00 Écrit par Pierre André dans Actualité, Art, Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

dimanche, 26 avril 2015

Ce soir, le palmarès du 09e FIFPL, déjà un premier bilan ... et en avant pour le Xe ! En addendum, Palmarès intégral.

        D’ici quelques heures, le palmarès du 09ème Festival international du film policier de Liège (FIFPL) va être dévoilé. Pour l’instant, seuls les neuf membres du Jury présidé par José Pinheiro gardent le secret. Lors du bilan tiré, ce dimanche matin,  avec la presse, le jury s’est montré ravi d’avoir découvert l’aspect convivial de l’esprit liégeois. Le nouvel ambassadeur de la Province, Enrico Macias a placé La Cantina sur le podium des restaurants liégeois sélectionnés par le FIFPL, un Enrico Macias qui rêve de créer un couscous au sirop de Liège !

        Un Jury ravi d’avoir eu la chance de visiter en compagnie de Christophe Maheu l’hôtel de Bocholtz, Maison Internationale de Liège, un bâtiment du XVIème siècle de style Renaissance mosane. Acquis récemment par François Fornieri, CEO Mithra, devenu un des sponsors du FIFPL: c’est un honneur pour nous de pouvoir accompagner pour la première fois le rendez-vous cinématographique majeur de Liège, qui met à l’honneur notre cité et contribue à son rayonnement international.  

        Le 09ème FIFPL a soigné sa réputation jusque dans les détails. Au moins deux limousines affectées au transport du Jury portent sur leurs plaques d’immatriculation les lettres GDC (j’ai décès). Il y a peut-être crime dans le coffre comme le montre une scène du film polonais Jeziorak, opus en compétition !

Affiche FIFPL.jpg

 

ADDENDUM : PALMARÈS DU 09ème FIFPL

 

LES INSIGNES DE CRISTAL 2015

  • PRIX DU MEILLEUR FILM ( GRAND PRIX DU FESTIVAL) : « THE MULE » d’Angus Sampson et Tony Mahony
  • PRIX DU MEILLEUR SCENARIO : « ELEPHANT SONG » de Charles Binamé
  • PRIX DU MEILLEUR COMÉDIEN : Angus Sampson pour le film « THE MULE » d’Angus Sampson et Tony Mahony
  • PRIX DE LA MEILLEURE COMÉDIENNE : Leven Rambin pour le film « 7 MINUTES »
  • PRIX DU JURY JEUNES : « DE BEHANDELING » de Hans Herbots
  • PRIX DU JURY JEUNE EUROPE : « ELEPHANT SONG » de Charles Binamé
  • PRIX DU PUBLIC ( Prix exceptionnellement attribué cette année à un documentaire ) : « JE SUIS FEMEN » d’Alain Margot
  • PRIX DU MEILLEUR DOCUMENTAIRE : « LA NEF DES FOUS » d’ Eric D’agostino et Patrick Lemy
  • PRIX DU MEILLEUR COURT MÉTRAGE : « VOS VIOLENCES » d’Antoine Raimbault
  • PRIX DE LA CRITIQUE – MEILLEUR COURT MÉTRAGE : « LES ECLAIREURS » De Benjamin Nuel
  • PRIX DU PUBLIC – MEILLEUR COURT MÉTRAGE: « VOS VIOLENCES » d’Antoine Raimbault
  • PRIX LITTÉRAIRE DE LA PLUME DE CRISTAL : « IMAGINE LE RESTE » de Hervé Commère
  • LE GAGNANT DU CARREFOUR DES COMÉDIENS : « Clément DEBOEUR »

16:36 Écrit par Pierre André dans Actualité, Cinéma, Liège | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

vendredi, 29 août 2014

Feuilleton : UN CASTING PAS ORDINAIRE par Oncle Bob 4/4

        À la pointe de l’aube toute l’équipe se retrouve sur la plage et notre danseuse Nilavali ( Lumière de lune“) est parfaite dès la deuxième prise .

        Vêtue d’une tunique rouge, d’un voile porté sur les épaules, d’un pantalon resserré au niveau des chevilles, Nilavali dompte la caméra. Le regard souriant, les cheveux ceints d‘une couronne dorée, une ceinture de bijoux éclatants ainsi que la point rouge (le Tikka) situé au milieu du front, nous transportent dans un univers presqu‘irréel. Seul le son du ressac de la mer ramène à la réalité.

        La séquence tournée entre chien et loup sera encore plus magique dans la mesure où Nilavali manipulera le flambeau comme un lingam confié par quelque divinité du panthéon hindou.

        Bogdan et moi étions certains que ces deux séquences et notre rencontre avec la famille des pêcheurs tamouls serait un gage de succès pour le court-métrage.

        Ceylan, le Sri Lanka nous a apporté à la fois de merveilleux souvenirs mais aussi le cauchemar persistant des misères de la nuit.

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Ainsi prend fin le feuilleton où l'Oncle Bob - Robert Lombaerts (cfr Liège 28 du 5 juillet 2014) - a raconté ses aventures vécues aux Philippines et au Sri Lanka.  

08:00 Écrit par Pierre André dans Actualité, Amour, Cinéma, Culture, Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

jeudi, 28 août 2014

Feuilleton : UN CASTING PAS ORDINAIRE par Oncle Bob 3/4

        Sous le choc nous sommes prêts à oublier l’idée de la séquence de danse. Aucun de nous n’a cependant envie d’abandonner.

        Le réceptionniste de l‘hôtel nous indique qu’une danseuse Tamoul va se produire dans les jardins de l’hôtel et que nous pouvons peut-être la contacter. Nous assistons au spectacle installés confortablement en dégustant des patties, ces croquettes épicées fourrées de légumes ou de lentilles accompagnées par des bières locales, une Mandalay pour moi et une Three coins pour Bogdan. La danseuse de petite taille est cependant gracieuse, souriante .Elle évolue comme un oiseau dans l’espace ; son corps flexible décrit des arabesques.

        Bogdan demande à notre serveur très stylé de bien vouloir inviter la jeune femme à notre table. Je lui apprends le but de notre rencontre et mon souhait de la voir danser sur la plage à l’aube et au coucher du soleil. L’idée de jouer avec un flambeau tout en dansant la séduit. Professionnelle, elle veut poser ses conditions financières; ce que je comprends parfaitement. C’est là que Bogdan intervient avec ses finesses, ses astuces pour préserver un budget toujours trop étriqué. Après quelques tractations, la jeune danseuse accepte les conditions après avoir exigé le payement d’une journée entière ; ce que Bogdan, tombé sous le charme de l’actrice d’un jour a fini par accepter.

                (à suivre)

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mercredi, 27 août 2014

Feuilleton : UN CASTING PAS ORDINAIRE par Oncle Bob 2/4

        Le chauffeur empeste l’alcool, à l’air bougon et semble comprendre notre désir de trouver une danseuse tamoul pour figurer dans une séquence de début et de fin d’un court-métrage.

        Il acquiesce et nous nous retrouvons dans un véhicule préhistorique avec un plancher troué par la rouille qui rend le sol visible. Nous nous rendons compte que les freins de la voiture sont hors d’usage et qu’il utilise le frein à main pour s’arrêter. Une conduite follement dangereuse nous transporte en dehors de la ville. L’inquiétude nous gagne car nous nous souvenons de la tentative de vol vécue la veille au marché.

        Cet homme nous guide vers un bâtiment isolé, faiblement éclairé par une lanterne rouge. Nous pénétrons dans un lieu glauque, sordide, sinistre. Je pense au roman de Maupassant‘‘ La Maison Tellier‘‘ en pire. Nous sommes assis sur une banquette verdâtre au plastique déchiré. Là aussi une lumière rouge. Pareil à un feu de signalisation, elle passe du rouge au vert et notre chauffeur nous fait signe de le suivre. Jamais je ne pourrai oublier cette vision horrible. Une sorte de grande chambre sur un sol en terre battue. Des vieilles femmes décharnées, édentées, au dos courbé, tentent un vague sourire.

        Un seul désir, quitter au plus vite cette zone d’abattage, d’esclavage, oublier ce chauffeur qui nous a fait découvrir les misères de la nuit plus terribles que celles du jour.

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mardi, 26 août 2014

Feuilleton : UN CASTING PAS ORDINAIRE par Oncle Bob 1/4

         Lors de la réalisation d’un film il importe d’attirer l’attention du spectateur dès les premières images et les premiers sons. Accrocher en surprenant, par exemple, par un pré-générique dynamique et une action inédite sont des éléments que le scénariste, le réalisateur; voire le producteur peuvent apporter à tout type de film qu’il s’agisse de fictions ou de documentaires; de longs ou de court métrages.

        En ce qui me concerne, j’aime le principe d’une boucle qui débute et termine le sujet abord. Je déteste les prises de vues conventionnelles même dans ces courts-métrages touristiques à caractère promotionnel. Il est possible de faire des choix où les individus et leurs actions sont aussi présents que les paysages ou les édifices .

        J’ai suggéré à mon ami Bogdan de débuter le film par une vingtaine de secondes où l‘on découvrirait une danseuse indienne exécutant quelques pas à la pointe de l’aube, sur la plage au bord de la mer. Le court-métrage se terminerait par la même danseuse filmée entre chien et loup; cette lumière particulière que j’affectionne avant la tombée brutale et rapide de la nuit. Je la voyais danser au milieu d’un cercle de feu.

        Elle même utiliserait un flambeau qu’elle inclurait dans la danse en l’apprivoisant. Sur une image arrêtée se déroulerait le générique. Nous avons souvent partagé des goûts identiques et mon ami n’a fait aucune objection à ma proposition.

        Ses seuls soucis où je retrouve le producteur ; le prix de la danseuse et où la trouver. Notre première décision, s’adresser à un chauffeur de taxi, a été mauvaise.

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jeudi, 21 août 2014

Feuilleton : RENCONTRE AVEC LES TAMOULS DU LITTORAL par Oncle Bob 3/3

        En attendant de nous revoir pour partir en mer, Arvalan nous donne quelques conseils si nous fréquentons les plages de cocotiers.

        On peut parfois y trouver des serpents venimeux et il y a intérêt à faire attention où l’on pose les pieds.

        Généralement ces animaux ne sont pas agressifs sauf s’ils se sentent menacés.

        Nous quittons nos hôtes pour passer quelques heures à la plage attentifs aux serpents mais aussi aux crabes aux pinces tranchantes.

        Le lendemain après avoir suivi Arvalan et Arivâli dans une partie de pêche fructueuse; alors que la nuit tombe rapidement, nos hôtes nous guident vers un petit temple caché par une épaisse frondaison d’arbres.

        Nous pénétrons dans ces lieux sacrés où le chef de famille va diriger la cérémonie.

        C’est au son d’une clochette censée appeler les divinités peintes ou sculptées à s’insérer dans leur image que débute la célébration du culte.

        Cette cérémonie du ‘‘puja‘‘ est commune aux tamouls du Sri Lanka et aux Hindous du Continent Indien.  Après l’appel aux divinités la famille allume des bougies et fait brûler de l’encens. L’épouse d’Arvalan et sa fille disposent des guirlandes de fleurs odoriférantes, déposent des fruits, du riz et remplissent des coupes d’eau tout en invoquant les divinités. J’en reconnais une, Ganesh, ce dieu à tête d’éléphant, porte bonheur dans ce panthéon hindouiste où l’homme n’est pas au centre de l’univers mais constitue l’un des éléments du cosmos. Après ce moment à la fois familial et rituélique nous regagnons la maison communautaire. Un repas nous y attend. Au menu, les crevettes grillées accompagnées du riz traditionnel. Une surprise de dimension pour Patrice et Eduardo.

        Ils ont des couverts et leurs portions de crevettes sont décortiquées. Bogdan et moi partageons le plat de nos hôtes qui sourient aux regards ébahis de nos collègues.

        Quelle leçon d’écoute, d’observation et de respect de la part de cette famille Tamoul pour ces étrangers, voyageurs éphémères accueillis dans la plus grande dignité !

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mercredi, 20 août 2014

Feuilleton :RENCONTRE AVEC LES TAMOULS DU LITTORAL par Oncle Bob 2/3

        Chaleureux il nous invite à partager son repas composé de crevettes fraîchement pêchées accompagnées du riz, nourriture de base.

        Arvalan nous explique que la famille Tamoul est constituée comme un véritable clan avec un système social strict où le communautaire prime sur l’indépendance.

        Hindouistes sur le plan religieux, les Tamouls ont mal perçu la suprématie du bouddhisme comme religion d’État. Les trois millions de Tamouls, toutes religions confondues ont été défavorisés par rapport à une bourgeoisie locale cingalaise et un pouvoir asocial, privilégiant une économie ultra libérale tout en menant le pays d’une main de fer.

        Le fils aîné Arvâli poursuit des études secondaires et rêve de rejoindre les Tamouls de France ou de la Réunion. Pour lui, il n’y a ucun d’espoir d’obtenir une fonction intéressante dans son propre pays.

        L’épouse d’Arvalan et l’une de ses filles apportent deux énormes plats, l’un de riz, l’autre de crevettes parfaitement grillées dont les épices flattent les narines.

        Ici on se sert de la main droite pour prendre la nourriture. J’observe que Bogdan ce vieux complice baroudeur, comme moi, est tout à fait à l’aise mais nos équipiers manifestent des difficultés à adopter les coutumes locales.

        Je prends conscience que la famille Tamoul mange les crevettes dans leur entièreté, têtes comprises. Je suis évidemment leur exemple comme Bogdan qui a toujours respecté les traditions même s’il avait des difficultés à les assimiler.

        Par contre Patrice et Eduardo ne parviennent pas à se conformer aux usages. Arvalan et Arvâli observent nos comportements en silence.

        Nous nous accordons sur le fait de suivre une partie de pêche en mer et Bogdan s’arrange sur le plan financier avec le chef de famille pour le défrayer.

        Comme nous avons gagné sa sympathie il nous suggère de filmer une cérémonie d’offrandes qu’il pratique avec sa famille dans un petit temple hindou à l’abri de tous les regards. C’est avec plaisir que nous accueillons cette proposition.

 

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mardi, 19 août 2014

Feuilleton :RENCONTRE AVEC LES TAMOULS DU LITTORAL par Oncle Bob 1/3

        Bogdan et moi avons toujours apprécié ce qu’on appelle en termes de métier: les repérages. Ces premiers contacts sans caméra et autres outils techniques sont primordiaux pour établir une relation de confiance avec ceux qui sont les sujets d’un film et non des objets.

        Aujourd’hui seule la rentabilité compte et les télévisions privées ou publiques vont à l’essentiel, ramener des images et des sons sans avoir été à l’écoute et sans avoir partagé avec les autres.

        La culture des Tamouls de la côte nous intéressait dans la mesure où cette société est implantée dans l’île depuis des millénaires. Pêcheurs ou commerçants, ils possèdent leur propre langue, leur religion, leurs règles sociales. On les appelle les Tamouls de Jaffna installés au nord, à l’est et le long du littoral par rapport aux Tamouls des Hautes Terres ; immigrés de castes inférieures, intouchables utilisés comme main d’œuvre dans les plantations de thé, installés au centre, au sud, de l’île, importés par les colons britanniques.

        Ce sont les Tamouls du littoral qui ont suscité notre intérêt. Nous sommes entrés en relations avec une famille de pêcheurs qui nous a permis de découvrir leur univers. Nous les avons rencontrés à deux reprises avant de tourner le moindre mètre de pellicule.

        Leur village, Negombo, se situe à quarante kilomètres de la capitale. Une lagune, la mer, d’immenses plages entourées de cocotiers; des catamarans locaux et de petits bateaux de pêche, taches sombres naviguant au gré des vents sur une mer étincelante argentée, dont les reflets éblouissent la vision.

        Arvalan, le chef de famille (dont le prénom signifie‘‘ homme d’amour et d’affection‘‘) et son fils aîné Arivâli (‘‘Intelligent ‘‘) nous accueillent dans leur demeure , sorte de grande maison communautaire.

        Arvalan n’a pas d’âge déterminé. Son visage sec, émacié est souriant; une légère barbe grisonnante, le cou décharné, le menton volontaire et les yeux vifs complètent une stature moyenne composée de muscles à fleur de peau et de mains noueuses marquées par le sel marin et les travaux quotidiens.

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vendredi, 15 août 2014

Feuilleton :La Feuille du Temps par Oncle Bob 1/1

       Difficile de retrouver la réalité après la nuit inoubliable passée en compagnie de Nérupama (l’incomparable). En état d’apesanteur tout en étant épanoui je pensais à ce polythéisme hindou en me demandant si j’avais rencontré une déesse femme.

      Était-ce Shakti, la puissance féminine créative partagée entre le Kâma (le désir) et le Dharma (le devoir)? Mon envie de me balader dans un endroit calme et serein pour préserver cet état second, guide mes pas vers un sanctuaire bouddhiste.

          À Ceylan l’opposition entre hindouistes et bouddhistes date de l’occupation anglaise. Comme tous les peuples colonisateurs les Anglais n’ont pas dérogé à la règle du ‘‘diviser pour régner ‘‘. Les bouddhistes sont majoritaires suivis des hindouistes et d’une minorité de musulmans et de chrétiens. En 1972, Ceylan change d’appellation pour devenir le Sri Lanka.

        Mes pensées me conduisent dans une vaste étendue verte en légère déclivité. Je me dirige lentement vers un arbre qui se dresse solitaire, à côté du sanctuaire.

        J’aime les arbres symboles de la vie mais aussi de la force, de la flexibilité, de la connaissance, de la droiture. Dans tous les pays, sur tous les continents, les arbres m’ont fasciné : les baobabs africains et malgaches, les pins parasols et les platanes méditerranéens, les chênes et les saules pleureurs du Nord.

        Je contemple le figuier des pagodes dont la cime se dresse à trente mètres du sol. Mon regard descend le long du tronc et accroche la silhouette d’un moine qui se dirige vers moi.

‘‘Vous aimez les arbres? Je lui réponds affirmativement.

        Ce figuier porte sur ses branches des feuilles en forme de cœur. Il est toujours planté près d’un temple et nous lui accordons un grand respect. Il est sacré et avec ses feuilles aux pointes effilées il frémit aux caresses du vent.

        Permettez-moi de vous offrir l’une de ses feuilles. Elle porte en elle l’éveil et la mesure du temps. En vieillissant vous serez au-delà de l’attachement, de l’aversion et des illusions.

        Continuez à donner, à recevoir, à écouter, à chercher. Vos actes de bonté et d’amour envers les autres; votre détachement vous mèneront à l’éveil.

        Gardez précieusement cette feuille; conservez-la, à l’abri de la lumière. De temps à autre, regardez-la; elle se modifiera comme vous, au fil du temps.

        Elle se détruira progressivement et vous constaterez qu’en fait, vous êtes en parfaite symbiose dans sa durée de vie et à l’approche de sa décomposition votre temps sera compté. Bonne route voyageur.

       Cette rencontre et la précédente : deux métaphysiques qui interrogent mes certitudes…

 

 

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mercredi, 13 août 2014

Feuilleton : Colombo, du marché à la nuit la plus longue par Oncle Bob 3/3

        Nirupama prend une douche et apparaît dans une totale nudité. Un corps majestueux; des seins bien proportionnés et son sexe épilé m’éblouissent. Une vraie déesse dans un corps de femme. Elle m’indique qu’il n’y aura pas de positions spécifiques mais que le blanc que je suis jouera au missionnaire et qu’elle s’occupera de tout.

        Intrigué, je la pénètre avec douceur et ressens un massage délicat d’une série de muscles mis en mouvements. Prisonnier d’une gangue chaude et humide mon sexe est véritablement emprisonné et tous les efforts pour me dégager restent vains.

        Le téléphone sonne. Mon ami Eduardo a été informé par la réception que je me trouve en compagnie d’une femme. Il souhaite regagner notre chambre mais je lui demande d’attendre un quart d’heure et de boire un verre sur mon compte. Il marque son accord tout en maugréant.

        Prisonnier du sexe de Nirupama, toutes mes tentatives d‘extractions sont impossibles. Bienheureux dans ce conduit irradié par d’incomparables et délicats mouvements des muscles, mon sexe accepte la béatitude de ce moment privilégié. Je l’avoue sans honte je suis vaincu par cette puissance féminine hors normes et je ne peux qu’accepter cette situation inédite.

        Le téléphone retentit pour la deuxième fois et je ne décroche pas. Au troisième appel, mon ami Eduardo furieux m’informe qu’il regagne notre chambre.

        Nirupama prend conscience des difficultés qui surgissent et décide de me libérer de son cocon protecteur. Elle prend une douche et se sèche dans les essuies de mon ami Eduardo qui arrive en tirant la tête. Nirupama, étincelante a revêtu son sari, a remis ses bijoux.
Elle m’adresse un sourire d’amazone vainqueur des pauvres hommes que nous sommes. Elle me dit : Merci à toi d’avoir voulu vivre ce moment...Tu n’oublieras jamais cette nuit même si les traits de mon visage et ma silhouette s’effaceront progressivement de ta mémoire.

        Interloqué, je reste muet et me mure dans un silence pesant alors qu’Eduardo manifeste sa colère en insistant sur mon égoïsme. Cette journée qui avait mal débuté se termine par une nuit inoubliable grâce à la volonté d’une femme inconnue et mystérieuse dont j’ignorerai toujours les motivations. Nirupama a laissé une trace unique et profonde, incomparable que je ne retrouverai jamais et que je rechercherai vainement dans toutes mes rencontres ultérieures.

 

 

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mardi, 12 août 2014

Feuilleton : Colombo, du marché à la nuit la plus longue par Oncle Bob 2/3

        Même si j’avais du mal à l’admettre, l’incident du marché m’avait choqué et je percevais un début de déprime. Dans ces cas-là je préfère me réfugier dans la solitude pour réfléchir sur le bien-fondé de notre présence et des implications de notre tournage. Bogdan avait bien compris mon désarroi et le besoin de me retrouver avec moi-même. Il avait décidé de passer la soirée en ville avec Patrice et Eduardo et de s’y restaurer.

        Quant à moi, je me retrouve au bar de l’hôtel confortablement installé dans un fauteuil en cuir de l’époque victorienne. Sur une table en acajou, un serveur stylé a déposé un cocktail local que je m’apprête à déguster lorsqu’une créature de rêve vient s’installer en face de moi, arborant un large sourire. Cette femme d’une quarantaine d’années est revêtue d’un magnifique sari. Elle porte un collier et des bijoux en or.

        Son visage régulier et épanoui inspire le respect. Un front large, des lèvres équilibrées rehaussées par un rouge carmin, des yeux noirs, vifs et perçants, une marque symbolique sur le front attestent qu’elle appartient à la caste des commerçants. Je pense immédiatement à ces sculptures de déesses hindoues et à cet érotisme raffiné.

        Elle se présente dans un anglais oxfordien: - My name is Nirupama. It means : l’incomparable in your language. Elle poursuit dans un français hésitant: Je vois en vous un voyageur dont la curiosité est toujours en éveil. Vous avez l’air triste et j’ai envie de vous rendre joyeux. J’imagine que vous avez lu le Kamasoutra et que vous vous en êtes parfois inspiré. Ce que vous vivrez avec moi cette nuit, si vous le désirez, sera une nuit inoubliable. Votre sexe sera marqué à jamais par le contact de mes muqueuses et malgré une quête interminable vous ne retrouverez jamais ce moment unique que moi, Nirupama, ait décidé de vous accorder.

        Ces paroles, ce visage, cette espèce de don de soi sans contrepartie m’interpelle. Je l’informe que je partage ma chambre avec mon collègue Eduardo et que j’ignore l’heure à laquelle il va me rejoindre. Pour Nirupama, cela n’a aucune importance ; il pourra se débrouiller. Je lui suggère de dîner ensemble pour mieux la connaître mais elle refuse et m’incite à rejoindre ma chambre au plus vite.

                   ( à suivre )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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lundi, 11 août 2014

Feuilleton : Colombo, du marché à la nuit la plus longue par l'oncle Bob 1/3

 

 

        Mon ami Bogdan m’avait proposé de réaliser un court-métrage consacré à l’île de Ceylan - devenue depuis l’État du Sri Lanka -, axé sur la capitale, Colombo,la fête de la Perahera à Kandy ainsi qu‘une rencontre avec des pêcheurs Tamouls établis sur l’île depuis des millénaires. J’avais accepté car ce serait un avant-goût de l’Inde que je parcourerai plus tard sans caméra. Cette fois l’équipe se composait de quatre personnes dont un étudiant,  Patrice, de la section ‘‘Image‘‘ de l’Insas et un professionnel chilien polyvalent, Eduardo, qui s’occuperait du son.

        Je n’ai pas caché à Bogdan que j’aurais préféré filmer moi-même sans l’intermédiaire d’un caméraman car notre duo performant avait reçu un label de qualité pour notre court-métrage MABUHAY aux Philippines.

        Mon attrait pour la découverte étant plus fort que mes réticences, notre quatuor débarque à Ceylan et s‘installe dans le plus bel hôtel de la capitale, Colombo. Bogdan Leszniak avait l’art de choisir les hôtels les plus raffinés. Ces goûts de luxe relevaient de sa généalogie princière. Le Mount Lavinia hôtel, cet édifice remarquable date de la colonisation anglaise. Situé en front de mer, il a gardé les boiseries et les parquets de l’époque coloniale. On a la sensation de se plonger dans l’histoire de l’Empire Britanique et du tout-puissant gouverneur général aux ordres de Sa Majesté

        J’ai décidé de partir en repérages avec Bogdan et de laisser nos deux équipiers récupérer des fatigues du voyage.

        Nous suivons des arcades pour pénétrer dans le quartier commerçant et au marché de Pettah. De nombreux portefaix attendent les clients. Une foule dense et bigarrée circule en tous sens. J’achète une montre dans une boutique, me l’attache au poignet et insère le billet de cinq roupies remis par le commerçant dans la poche avant de ma chemise. Sortis du magasin, nous déambulons dans la foule. Un personnage revêtu d’une sorte de djellaba blanche tente à plusieurs reprises de prendre mon poignet gauche pour y passer un chiffon destiné à nettoyer la montre; sans doute pour la voler. Je le repousse légèrement et, en revenant vers moi, il saisit le billet de cinq roupies qui se trouvait dans la poche de la chemise. Je parviens à lui coincer le bras en lui disant de remettre ce qu’il vient de prendre. Il commence alors à m’invectiver et à appelle les portefaix à l’aide. Nous sommes rapidement entourés d’une foule menaçante qui se presse et nous incite à libérer le voleur. Je décide de lui lâcher le poignet et il disparaît dans la foule qui peu à peu reprend ses activités.

        Cette première prise de contact avec les réalités cinghalaises est désagréable mais une telle situation pourrait se dérouler dans n’importe quel pays et nous nous réconfortons au bar de l’hôtel avec un thé de Ceylan.

        Nous décidons de ne pas parler de cette mésaventure à nos équipiers tout en les incitants à la prudence s’ils envisageaient une sortie nocturne.

ceylan.jpg

(à suivre)

 

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jeudi, 07 août 2014

Feuilleton : ATTENTAT À MINDANAO par Oncle Bob 3/3

       L’angoisse nous saisit. Le dessert ne passe pas. Le serveur a été s’informer. Il nous informe qu’un attentat a eu lieu sur le ponton du bord de mer, détruit en grande partie. D’après les autorités militaires, il s’agirait d’un attentat de rebelles qui n’ont pas apprécié la visite de journalistes européens, coupables d’avoir filmé un cimetière musulman. La barque d’un badjao a été retrouvée incendiée.

       Ikaw et ses enfants sont-ils toujours en vie? Qui sont les responsables de cet attentat? Les rebelles ou les militaires? Une question qui restera sans réponse. Nous décidons de quitter Zamboanga et Mindanao dès le lendemain.

       Enrique Santos nous accueille à Manille et s’empresse de dire:‘‘-Aux Philippines, les nouvelles traversent l’archipel à la vitesse d’un éclair. Vous ne m’avez pas écouté, avez été imprudents …  Je connais votre parcours“

       Enrique nous surprend agréablement en nous offrant une série de photos du périple à Manille et chez les Ifugaos. La qualité artistique et technique des agrandissements est remarquable. Nous félicitons notre photographe et le remercions. Je ne peux m’empêcher de lui dire;-‘‘ Enrique, tu as été un guide parfait et un excellent photographe. Ce sont tes meilleurs rôles. Tu en possèdes d’autres, plus secrets. Préserve et développe ton sens artistique; ce sont les meilleures armes que puisse posséder un homme“.

FIN DU RÉCIT "ATTENTAT À MINDANAO" - © Auteur ; ROBERT LOMBAERTS

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mercredi, 06 août 2014

Feuilleton : ATTENTAT À MINDANAO par Oncle Bob 2/3

        Si la traversée s’effectue sans problèmes, notre arrivée au ponton s’avère plus délicate. Une dizaine d’hommes armés de mitraillettes nous attendent. Un projecteur nous aveugle. Nous récupérons notre sac de matériels qui sont fouillés puis confisqués.

       Un gradé se présente, le commandant Diaz, cassant mais poli, parlant parfaitement l’anglais et l’espagnol. Il est grand, les traits métissés et fait singulier, possède des yeux bleus. Il nous demande de patienter, puis se dirige vers notre compagnon de voyage, Ikaw.

       La discussion engagée est assez violente et je distingue nettement que notre badjaodonne une liasse de billets verts au Commandant qui le laisse repartir. En regardant Bogdan, je lui demande s’il possède encore des dollars sur lui. Bodgan , homme minutieux , prudent, sait parfaitement gérer les sommes mises à sa disposition. Il m’indique qu’il a conservé des photocopies de nos autorisations, les pièces d’identité et des dollars dans une pochette imperméabilisée qu’il conserve sous la chemise. Un peu plus rassuré nous montons dans l’une des jeeps du commandant Diaz qui nous emmène à la caserne où stationnent les forces armées qui combattent les rebelles.

        L’interrogatoire est correct mais Diaz ne comprend pas notre démarche : filmer un cimetière musulman sur un ilot n’a aucun sens pour lui. Il vitupère cette communauté. Sa généralisation concernant la violence des musulmans nous pèse. L’envie me taraude de lui rappeler l’inquisition en Europe et la violence espagnole dans son propre pays mais la sagesse m’incite au silence. Bogdan en présentant toutes nos autorisations et une lettre personnelle du Ministre de l’Intérieur modifie les réactions de notre interlocuteur dont le ton devient aimable.

       Nous aurions dû le consulter avant notre traversée car les badjaos sont souvent les agents de renseignements des rebelles et nous aurions pu être pris en otage. Il va nous reconduire personnellement à notre hôtel tout en souhaitant une prudence accrue. Le commandant Diaz détient du pouvoir et à l’art de s’en servir. Il a déjà subtilisé des dollars au pauvre piroguier et a l’audace de demander à Bogdan de lui donner un peu d’argent pour mettre de l’essence dans son véhicule.

       Nous ne sommes pas dupes. La corruption existe sous toutes les latitudes et tous les continents. Bogdan a le courage de refuser sous le regard courroucé de l’homme dont les yeux bleus ont viré au gris sombre. Sans nous saluer, le commandant Diaz démarre en trombe pour rejoindre sa caserne. Bon débarras.

       Après ce retour chaotique nous nous relaxons sur la terrasse du restaurant de l’hôtel en dégustant des turo turo sortes de tapas en entrée. Le plat national, l’adobo confectionné avec du poulet du porc et des calamars accompagnés de légumes vinaigrés ravit mes papilles. Bogdan apprécie le lapu lapu, spécialité de poisson grillé servi avec une sauce soja et de l’ail.

       La fin du repas s’achève au moment où éclate une violente explosion suivie de flammes et de fumées qui viennent du bord de mer.

             ( à suivre )

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mardi, 05 août 2014

Feuilleton : ATTENTAT À MINDANAO par Oncle Bob 1/3

carte plus minda.jpg      

L'Archipel des Philippines compte plus de sept mille îles et de nombreux ilots. Nos trois semaines de tournages nous obligeaient à limiter nos visites aux sites les plus importants, recommandés par Enrique, notre délégué de l’office du tourisme. Après Luzon (capitale Manille), puis Cebu et Palawan, nous avons terminé notre parcours dans le sud de l’archipel, d’abord à Davao et enfin à Zamboanga. Cette ville, dont le nom signifie ‘‘la cité des fleurs‘‘, se situe au sud-ouest de l’île. Carrefour économique vers d’autres pays asiatique; l’île a intégré un flux de migrants malaisiens et indonésiens. Dès le 15ème siècle des prédicateurs musulmans issus de ces pays et aussi originaires d’Inde répandent la parole coranique.

        C’est ainsi que la communauté musulmane finit par former une forte minorité d’habitants. Les relations sont difficiles tant avec les autres religions qu’avec le pouvoir politique. Le gouvernement central du Président Marcos décrètera la loi martiale qui durera neuf ans, suite aux massacres de Jadbah et Manili. Cette loi vise non seulement les musulmans mais aussi les communistes. Entre les Moro (musulmans), les Settlers (catholiques) et les Lumad (indigènes) les conflits intercommunautaires sont violents et l’armée philippine est omniprésente. Le mouvement indépendantiste des Moro, même muselé, parvient encore à commettre des attentats. Enrique, nous avait mis en garde contre les rebelles qui se fondaient dans la population.

       Notre envie de filmer des activités ont guidé nos pas vers un vaste ponton qui s’enfonce dans la mer. Sur ce lieu, qui sert aussi d’embarcadère pour les pêcheurs et les piroguiers en quête de touristes, les enfants s’amusent à plonger pour récupérer des pièces de monnaie. Eclats de rire, clapotis des vagues, départ de piroguiers pour la pêche; autant de petites touches impressionnistes qui donnent de la vie aux images. Tout ici respire le bonheur de vivre et les habitants logés sur des maisons sur pilotis nous adressent de joyeux : hello kano ..!!!!

       Un homme s’approche et nous interpelle dans un anglais approximatif. La communication s’établit et il m’apprend qu’il fait partie d’une communauté nomade, les badjao. Il s’appelle Ikaw badjao et, dans son ethnie, le nom de famille est unique: badjao. Ikaw, nomade sédentarisé, vit de pêche, de vente de coquillage et du tourisme. Suite aux multiples incidents intercommunautaires et à une guérilla toujours présente les touristes sont rares et il est heureux de nous aider pour quelques dollars à découvrir un lieu qu’il n’a jamais montré à des étrangers.

       Cet homme ouvert, sympathique, nous suggère de passer la fin de la journée sur un îlot désert où il n’y qu’un cimetière musulman. Il nous propose de filmer cet endroit unique ; puis de profiter des joies d’un barbecue impromptu et d’un repos bien mérité. Confiant, Bogdan lui donne de l‘argent pour nous ramener du marché des aliments et des boissons. En attendant son retour, nous replions notre matériel, prêts à embarquer pour l’ilot que nous appellerons l’ilot Moro. Ikaw accompagné de deux de ses enfants rapporte des langoustes toujours vivantes, du poisson fraîchement pêché, des bouteilles de san miguel et des boissons sucrées.

       Nous prenons place sur son bateau pour gagner cet ilot paradisiaque à un quart d’heure de navigation de l’embarcadère. Une plage de sable de corail rose s’offre à nous dans un lagon à l’eau transparente.

    Sur une gigantesque dune de sable reposent des centaines de tombes marquées par des piquets en bois sur lesquels se trouvent parfois des panneaux où des noms usés par le temps sont devenus illisibles. Les corps revêtus d’un linceul reposent en paix, tournés vers La Mecque, dans ce lieu tranquille, marqué seulement par l’humide chaleur tropicale.

Les prises de vues terminées, un délicieux repas nous attend. Ikaw et les siens ont préparé les langoustes et les poissons grillés accompagnés d’une sauce vinaigrée, aillée et épicées. Un pur délice.mindanao paix.jpg La chaleur est tellement insupportable que le lagon reste le seul endroit tempéré où se réfugier. L’eau y atteint presque la température corporelle. Bogdan et moi, plutôt terriens, passons plus de quatre heures dans ce bain chaud en observant la faune et la flore marine tout en dégustant des bières fraîches. Ikaw nous incite à retourner à notre point d’embarquement car la nuit tombe vite et il ne pourrait pas assurer notre sécurité.

               ( à suivre )

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lundi, 04 août 2014

Feuilleton : CEBU : MAGELLAN, LAO TSEU ET CHUANG MU par Oncle Bob 3/3

       Je propose à Chuang Mu une invitation à dîner pour la remercier de nous avoir pris en charge. Elle accepte tout en précisant qu’elle doit rentrer dans le cocon familial avant minuit. Après un agréable repas, je lui suggère de terminer la soirée avec un thé vert sur la terrasse de ma chambre. C’est l’occasion pour moi d’être à l’écoute de sa vie d’étudiante sur l’un des quatre campus de l’Université San Carlos, un établissement créé par les jésuites espagnols. Après la deuxième guerre mondiale, cette Université s’inspire des modèles américains et offre donc des diplômes valables en Asie et dans tous les pays anglo-saxons. Chuang Mu souhaite étudier la langue française lorsqu’elle terminera ses études universitaires car elle a toujours éprouvé une fascination pour la France et surtout Paris cette ville mythique.

       Le contact corporel reste toujours mystérieux. Est-ce un aboutissement ou un commencement ? Le plaisir de deux corps qui s’enchevêtrent, s’enlacent, se caressent, s’apprivoisent, mène à une plénitude éphémère. En caressant les seins, petites pommes à la fois dures et tendres de Chuang Mu, je découvre une petite boule dure qui m’inquiète.

       Le passé retrouve le petit garçon de dix ans avec sa mère atteinte d’une tumeur au sein gauche. L’inquiétude est totale et mon père tente de me rassurer en expliquant la différence entre tumeur maligne et bénigne. Ma mère a échappé au pire car la tumeur n’était pas cancéreuse. Ce moment douloureux de l’enfance, je le revis à dix mille kilomètre de distance avec une jeune femme pleine de vie.

       Je me permets de l’interroger sur cette tumeur. Elle n’ignore pas cette petite proéminence. Elle se méfie de cette excroissance mais indique qu’elle n’a pas les moyens de se faire opérer. Cette situation n’est pas tolérable. Je prends ses coordonnées et lui promet d’envoyer la somme nécessaire à l’opération dès mon retour en Europe. Un faible sourire éclaire son visage. Elle me signifie qu’il est temps de me quitter pour rejoindre son domicile.

       Me retrouvant seul le vague à l’âme m’envahit. Je suis trop triste pour en parler à mon ami Bogdan mais décidé à agir. Lors de mon retour en Europe, une lettre m’attend avec la somme à envoyer pour l’opération. J’opère un transfert bancaire. Six mois après cet envoi, je reçois une enveloppe de Cebu. Sur une carte postale du Temple taoïste, ma déesse chinoise des plaisirs a écrit en français : ‘‘ Tout est OK, Merci, Thanks,谢谢

FIN DU RÉCIT "CEBU : MAGELLAN, LAO TSEU ET CHUANG MU" - © Auteur ; ROBERT LOMBAERTS

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dimanche, 03 août 2014

Feuilleton : CEBU : MAGELLAN, LAO TSEU ET CHUANG MU par Oncle Bob 2/3

       Le matériel installé, je peux filmer cette ville portuaire qui a été longtemps la première capitale de l’archipel philippin. Bogdan me touche légèrement l’épaule et m’incite à me retourner. Une jeune fille souriante regarde notre tournage avec intérêt. Elle s’approche lentement et demande si nous souhaitons visiter le temple de Lao Tseu.

       Nous apprenons qu’elle est étudiante en philosophie et qu’elle peut pallier notre ignorance en matière de taoïsme. Je me réjouis de cette rencontre car mon premier diagnostic est positif. Voilà une fille intelligente qui va nous apprendre les rudiments d’une pensée ancienne toujours vivante. Notre guide s’appelle Mademoiselle Chuang Mu. Toujours curieux de la signification des noms, je lui demande le sens de son nom. Elle nous avoue, un peu gênée, que Chuang Mu, signifie: la déesse chinoise des plaisirs. Bogdan et moi échangeons des regards complices. Sous le charme duquel d’entre nous mademoiselle Chuang Mu tombera-t-elle?  Nous évacuons très vite nos fantasmes et nous gravissons les marches qui mènent au temple. Chuang Mu nous explique qu’une partie de la population de l’île est d’origine chinoise et que certains Chinois suivent encore la voie de Lao Tseu.

       Lao.jpgPersonnage réel ou mythique, il aurait influencé Confucius. Les représentations iconographiques le montrent sur un trône où sur le dos d’un buffle. Une longue barbe blanche, une large robe richement ornementée, colorée; un éventail dans les mains. Notre guide nous raconte que les anciens sont persuadés qu’une comète à ensemencé la mère du vieux sage alors qu’elle était assise sous un prunier. Il est né vieux et sage .Elle nous explique que son enseignement relève d’une culture de lettré. En montant les marches qui nous mènent au temple, Chuang Mu explique qu’à chaque marche correspond un chapitre des écritures taoïstes. Lao Tseu a marqué les esprits par ses paradoxes. Pour notre plus grand plaisir, Chuang Mu nous en livre quelques-uns: ‘‘ La faiblesse et plus forte que la force ‘‘, Savoir se contenter de ce que l’on a, c’est déjà être riche“ et enfin ‚‘‘ On façonne l’argile pour en faire des vases mais c’est du vide interne qu’en dépendent les usages ‘‘.

       Le livre de la Voie met en valeur le Yin et le Yang. La numérologie est aussi intégrée dans la pensée. Le nombre cinq marque les énergies, les éléments, les couleurs et les directions. L’enseignement de Lao Tseu manifeste la volonté d’atteindre l’harmonie. Il n’y a ni dieu, ni maître. Chacun doit trouver sa voie et suivre son chemin. Les règles sont librement consenties. Ici pas de tyrannie de la foi, ni de prosélytisme. J’ai l’impression que les taoïstes pratiquent une éthique libertaire. Cela me rappelle la citation d’Elisée Reclus, géographe et anarchiste, fondateur de l’Université libre de Bruxelles affirmait : ‘‘l’anarchie est la plus haute expression de l’ordre‘‘. Se gérer soi-même en parfaite harmonie avec les autres constitue le fondement même de la pensée libertaire qui rejoint ainsi la pensée taoïste.

       Après de multiples prises de vues, notamment le gigantesque dragon polychrome situé devant le temple et la réplique miniature de la muraille de Chine qui le protège, je filme la vue imprenable des îles Mactan et Bohol. Nous partageons nos bouteilles d’eau avec notre guide. L’heure est au silence et à la méditation car le soleil rougeoyant descend rapidement à l’horizon. Les brouhahas de la ville nous parviennent faiblement tandis que le son d’un gong transperce l’air pour rejoindre les ancêtres avant de se fondre dans la nature.

               ( à suivre )

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mardi, 29 juillet 2014

Feuilleton : CEBU : MAGELLAN, LAO TSEU ET CHUANG MU par Oncle Bob 1/3

        C’est en équipe réduite que nous nous sommes rendus dans l’île de Cebu, située à près de six cents kilomètres de Manille. Enrique, notre mentor était resté dans la capitale pour accueillir d’autres équipes de tournages.

       Il nous avait conseillé de filmer quelques lieux historiques et si cela nous intéressait de prendre quelques images du temple taoïste de Cebu. Il nous a recommandé la prudence lorsque nous quitterions Cebu pour l’île de Mindanao, notamment Zamboanga, où sévissaient des terroristes musulmans. L’île de Cebu a été conquise par Ferdinand Magellan, ce navigateur portugais, porteur du virus colonial espagnol et du catholicisme. Il scelle une alliance provisoire avec le roi Humabon. Ce dernier fera volte-face après la mort de Magellan suite à une bataille dans l’île de Mactan, en face de Cebu. Le navigateur y perd la vie et sa flotte est décimée.

       Santo Cebu.jpgLa croix de Magellan et l’image de Santo Nino restent des reliques de cette période tourmentée. Cette statue de l’enfant saint, datant du 16ème  siècle, a été sculptée par des artistes flamands. Lors d’une révolte des habitants contre l’occupant, les Espagnols ont incendié une grande partie de la ville. Dans les décombres, la statue de l’enfant jésus est indemne. Miracle pour les colons mais aussi pour les populations indigènes. C’est la raison principale pour laquelle cette île est devenue un lieu privilégié des catholiques philippins. Une réplique de la statue se trouve dans la basilique Santo Nino.

       Magellan, cet explorateur qui donnera son nom au détroit, mercenaire de l’époque, recherche non seulement de l’or mais aussi des épices pour les puissants du 16ème  siècle. L’Espagne et le Portugal se partagent alors le monde du commerce et des finances. Aujourd’hui, il ne leur reste que le ballon rond pour tenter d‘ affirmer une suprématie toute relative.

       Bogdan et moi étions insatisfaits des images conventionnelles, d’autant plus que notre arrivée ne correspondait pas aux fêtes locales, colorées, animées par des danses rituelles et des chants, le sinulog, marqué par un mouvement de va et vient au son des percussions. C’est alors que nous avons décidé d’aller filmer le temple taoïste incrusté dans la colline surplombant la ville.

       Une chaleur humide nous accable pendant la montée vers le temple. Nous nous sommes partagés le pied de caméra, la caméra et tous les accessoires ainsi que deux sacs à dos remplis de bouteille d’eau. Lorsque nous arrivons à proximité du temple, le point de vue sur la ville s’avère être un beau plan général pour marquer le début de la visite de l’île.

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jeudi, 24 juillet 2014

Feuilleton : SUR LES TRACES D'APOCALYPSE NOW par Oncle Bob 3/3

        Grâce à notre écoute attentive, le piroguier, finit par accepter notre demande d‘un prix correct. Bogdan l’a convaincu qu’un premier client porte toujours chance, que nous étions originaires d’un petit pays sans grandes ressources financières et que le film servait à la promotion du tourisme local.

        La lumière matinale est propice au tournage. La pirogue progresse lentement dans un paysage parsemé de roches volcaniques, à la flore variée. Tout respire le calme et les sens en éveil restent apaisés. Nous n’avons pas la sensation d‘être au cœur des ténèbres, ni dans une quelconque apocalypse mais dans une nature accueillante, dénuée de toute violence apparente.

        Entre la réalité vécue et les images du film ou les pages du livre ce sont les mots de Joseph Conrad qui traduisent le mieux notre perception.

-‘‘Remonter le fleuve, c’était revenir aux premiers jours de la création,quand la végétation s’épanouissait sur la terre et quand les grands arbres étaient des rois.

Une rivière déserte, un profond silence, une forêt impénétrable. L’air était chaud, épais, lourd, visqueux. Il n’y avait nulle joie dans l’éclat du soleil.‘‘

        Quel bonheur de se retrouver dans la peau d’un pisteur à la recherche de traces visibles d’images virtuelles! Surtout lorsque qu’on arrive à une vaste étendue d’eau, sorte de piscine naturelle où l’on revit la première rencontre des soldats américains et du colonel Kurtz. Là, soudain le virtuel devient réel et les images du film s’imposent.

        Pagsa.jpgNotre piroguier propose de nous emmener sur un radeau pour traverser les chutes et atteindre la grotte du diable située derrière les écrans d’eau. Bogdan est sceptique et craintif. Toujours intrépide, à la recherche de nouvelles sensations mais aussi de plans originaux, je parviens à le convaincre de joindre la grotte. A ce moment, il n’imagine pas que je prendrai la caméra et traverserai stoïquement les rideaux d’eau. Ce qui fut fait au grand désespoir de mon ami, Bogdan, persuadé que j’avais endommagé sa caméra. Il n’en n’était heureusement rien et nous avons pu prendre le chemin du retour.

        Au bout de quelques minutes nous entendons des clameurs qui montent vers nous. Des dizaines de bateaux, ornés d’un drapeau japonais; des touristes pressés les uns contre les autres remontent la rivière. Nous avons échappé au tourisme de masse, pour replonger dans nos souvenirs littéraires et cinématographiques. Comme le disait Adriano :-‘‘ Vous avez vécu un moment privilégié : la naissance de la lumière dans l’équilibre de la nature. Vous étiez à la recherche de vous-mêmes en dehors des flux tumultueux de touristes pressés qui regardent mais ne voient rien ; entendent sans écouter…“

 FIN DU RÉCIT "SUR LES TRACES D'APOCALYPSE NOW" - © Auteur ; ROBERT LOMBAERTS

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mercredi, 23 juillet 2014

Feuilleton : SUR LES TRACES D'APOCALYPSE NOW par Oncle Bob 2/3

        La comparaison s’arrête là. Le roman est dense, complexe avec différents niveaux de lecture. Le film est une œuvre baroque aux images puissantes; à la bande sonore somptueuse. Un opéra dantesque, nauséabond, hallucinant.

        La différence entre la production littéraire et cinématographique se situe dans l’écriture subtile et raffinée d’un romancier de talent et le spectacle grandiose, effrayant parfaitement fabriqué suivant les normes hollywoodiennes par un réalisateur tourmenté, à l’égo démesuré encore plus mégalomane que son cinéma.

        Notre guide Enrique nous a confié au chauffeur et nous sommes partis à la fin de la nuit pour pouvoir embarquer aux premières lueurs de l’aube. Arrivés à l’embarcadère après plus d’une heure de route, Bogdan fait montre de tous ses talents de négociateur pour obtenir un prix correct pour le voyage en pirogue. Francis Ford Coppola est passé par là. Le dollar domine et le batelier, Adriano, s’imagine que nous avons des moyens financiers illimités. Normal car j’ai dans les mains une caméra professionnelle dont l’aspect ne lui est pas inconnu. En discutant nous apprenons qu’Adriano a fait de la figuration dans la séquence tournée à Pagsanjan.

        Il nous raconte que les Américains avaient de curieux comportements. Ils ne lésinaient ni sur l’alcool, ni sur la drogue; de nombreux techniciens étaient malades, atteints par la fièvre ou la dépression. L’atmosphère était sinistre.

        Il se souvient que le comédien principal qui jouait le rôle de Kurtz (Marlon Brando), la boule à zéro, une vraie tête de bagnard, s’identifiait à son personnage au point de dormir dans une barge et de fréquenter davantage les figurantes philippines que l’équipe de réalisation.

              ( à suivre )

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mardi, 22 juillet 2014

Feuilleton : SUR LES TRACES D'APOCALYPSE NOW par Oncle Bob 1/3

        Pagsanjan se situe à une centaine de kilomètres de Manille. Vouloir découvrir et filmer ce lieu était dû à un double souvenir. D’une part, la lecture du roman de Joseph Conrad ‘‘Au coeur des ténébres‘‘ ; d’autre part, le film de Francis Ford Coppola ‘‘Apocalyspse now‘‘, consacré à la guerre du Vietnam dont certains éléments ont été empruntés au roman de Joseph Conrad.

Conrad.gif

        Le roman se situe en Afrique. Cette œuvre à la fois réaliste et symbolique est une lente incursion dans l’horreur, la fascination du pouvoir , les exactions des colonisateurs sur les populations locales, la folie d’un homme Kurtz et la remontée du fleuve, un saut dans un monde mystérieux. Ce personnage paranoïaque et tellement humain nous transporte au cœur des ténèbres lorsque le narrateur, Marlow, écrit : -...‘‘ je comprends mieux la signification de son regard fixe, incapable de voir la flamme de la bougie mais assez vaste pour embrasser tout l’univers, assez pénétrant pour sonder tous les cœurs qui battent dans les ténèbres. Il avait tout récapitulé et tout jugé: ‘‘l‘ horreur!“

apocalypse.gif

       Quant au film, réalisé aux Philippines, cette adaptation très libre du roman, se déroule en Asie pendant la guerre du Vietnam. Le roman et le film ont en commun la folie d’un homme qui a créé son propre royaume ; exercé sa domination sur la population au prix de dizaines d’assassinats ainsi que la remontée du fleuve semée d‘embûches.

         ( à suivre )

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vendredi, 18 juillet 2014

Feuilleton : LES IFUAGOS ET L'ANVERSOISE par Oncle Bob 4/4

       Ces explications effrayantes ne lui suffisent pas. Elle met un doigt devant la bouche en nous demandant de rester silencieux. Elle s’est arrangée pour que nous restions seuls avec elle. Enrique nous attend à l’extérieur avec le chauffeur. Sœur Basile arrive avec une boite dont elle ouvre le couvercle. Elle en sort deux têtes réduites. Elle nous explique qu’il s’agit de soldats japonais, qui, pendant l’occupation du territoire, ont massacré pas mal d’Ifugaos. C’est là que le personnage devient atypique en nous disant : “Ils n’ont que ce qu’ils ont mérité ‘‘ avec un large sourire et un clin d’œil complice.

       Abasourdis nous avons quelques difficultés à retrouver une certaine contenance en dégustant un excellent café qui passe difficilement. Sœur Basile, n’oublie pas son pays d’origine, cette terre de Flandre qui l’a vu naître. Elle nous interroge sur la Belgique et sur Anvers cette métropole qu’elle affectionne.Elle manifeste son soutien à sa langue et à sa culture d’origine; ce que je peux parfaitement comprendre ayant moi-même des origines‘‘ flamandos-italiennes ‘‘et Bogdan, ayant vécu toute sa jeunesse à Gand. Sœur Basile nous montre son trésor : des œuvres d’Henrik Conscience, cet écrivain né à Besançon, établi à Anvers qui a décidé d’écrire dans une langue méprisée par les francophones.

       Elle exhibe avec fierté ‚‘‘de Minnezanger‘‘, ‘‘Siska Van Roosemael ‘‘et‘‘ de Leuw van Vlaandereren‘‘. Protégés dans des sacs plastiques, emballés dans du papier journal qui a laissé des traces sur les couvertures: ces livres constituent pour elle un lien avec ses racines. Elle tente en vain de nous faire parler des querelles linguistiques et l’on perçoit les liens très forts qui l’attachent toujours à sa région. Nous n’avions pas envie de polémiquer sur l’attitude actuelle de nos compatriotes flamands et sur les menaces de division du pays. Ce n’était ni le lieu, ni le moment.

       Nous donc avons dévié la conversation sur la vie à Bontoc et avons accepté avec joie de répondre favorablement à sa requête: -‘‘Beste vrienden is het mogelijk voor uw éen keer per maand ‚‘‘ De Standaard ‘‘ te zenden „? Chers amis est-il possible de m’envoyer une fois par mois un exemplaire du journal ‘‘De Standaard“? Cela fut fait pendant quelques mois mais nous n’avons jamais su si le journal était arrivé dans les montagnes du Nord.

 FIN DU RÉCIT "LES IFUAGOS ET L'ANVERSOISE" - © Auteur ; ROBERT LOMBAERTS

 

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jeudi, 17 juillet 2014

Feuilleton : LES IFUAGOS ET L'ANVERSOISE par Oncle Bob 3/4

       Ce moment très émouvant nous le retrouverons à Bontoc avec la surprise réservée par Enrique, la rencontre avec sœur Basile. Pour Bogdan comme pour moi-même, si les religions, comme le disait Marx, sont l’opium des peuples, nous avons gardé un très grand respect pour tous les vrais croyants qu’ils soient animistes, chrétiens , musulmans, juifs… Notre éducation laïque nous a permis de conserver le sens du sacré. Nous le constaterons par ailleurs, certains catholiques, eux, notamment sœur Basile, s’éloignent de la pure orthodoxie pour s’inscrire dans des comportements atypiques.

                                        

       Cette sœur missionnaire belge d’origine flamande est membre de la congrégation des sœurs de l’immaculée conception. C’est en 1925, après avoir effectué des études d’infirmière à Anvers qu’elle s’établit à Bontoc avec une coreligionnaire. Sa première mission consiste à se faire accepter par la population. Par des actions concrètes de soins, d’éducation et l’écoute des autres elle parvient à s’intégrer progressivement. Cette femme possède une volonté de fer, un sens de la tolérance qui lui permet d’accepter l’animisme ambiant et d’insérer Jésus parmi les divinités locales sans s’exposer à des rejets. Petite, les traits marqués sous les petites lunettes rondes, l’œil vif et coquin, elle trottine en se réjouissant de nous parler dans la langue de Vondel. Bogdan et moi la tenons par le bras et déambulons dans son musée en partie à ciel ouvert.

       Sœur Basile nous apparaît avant tout comme une ethnologue, une anthropologue beaucoup plus qualifiée que certains experts. Dans la partie couverte du musée elle a rassemblé des costumes, des outils, des instruments de musique, des armes blanches et des sculptures en bois; notamment ‘‘les bulols ‘‘ces pièces censées protéger les cultures rizicoles.

       L’envie me titille d‘ évoquer les coupeurs de têtes mais c’est elle-même qui en parle. Elle indique que cette coutume donnait du prestige aux hommes et était acceptée par la société. Elle a connu l’époque où certains hommes portaient accrochés à la ceinture les têtes réduites de leurs adversaires. Elle nous explique qu’après réduction de la tête, la mâchoire était transpercée pour y glisser un lacet de cuir. La tête était alors attachée à la ceinture du vainqueur.

                           ( à suivre )

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mercredi, 16 juillet 2014

Feuilleton : LES IFUAGOS ET L'ANVERSOISE par Oncle Bob 2/4

       Au détour d’un virage notre chauffeur ralentit. Six hommes armés de lances nous barrent la route. Ils sont habillés de costumes traditionnels et de chapeaux à plumes où le rouge domine. Des Ifugaos, des coupeurs de tête. Les pensées se bousculent dans l’imaginaire et les films consacrés aux tribus amazoniennes se mélangent à cette réalité de guerriers devenus paisibles qui préservent leurs traditions. Après les salutations d’usage et les remerciements protocolaires, nous échangeons des objets courants mais utiles : torches électriques, kits d’écriture. Le chef de la tribu m’offre son propre poignard, un cadeau inestimable.

       Il nous fait visiter son habitat traditionnel de grandes maisons en bois sur pilotis dont je retrouverai le type d‘architecture dans d’autres voyages, notamment chez les Thais blancs à May Tchau au Vietnam. Ces vastes espaces qui peuvent atteindre près de deux cents mètres carrés offrent un refuge pour les animaux domestiques sous les pilotis. L’étage composé d’une pièce unique sert de salon, de cuisine, de chambre à coucher, d’atelier de couture. Sous les toits se situe le grenier, garde-manger  familial.

       Cette visite est suivie d’une cérémonie de chants et de danses en notre honneur ‘‘le Hudhud‘‘. Cette cérémonie évoque les croyances et les exploits des guerriers. La symbolique de leur saga indique que si les hommes se combattent, ils apprennent à se connaître, à se respecter, finissent par baisser les armes et sceller des alliances. Par l’intermédiaire d’Enrique, le chef de tribu a compris la nécessité de réduire la durée des chants et des danses accompagnées de percussions en bois; d’autant plus que je souhaitais réaliser deux prises de vues, l’une en plan général, l’autre avec une caméra proche des protagonistes. Ils devaient donc exécuter deux fois les mêmes mouvements. Leur rigueur et le bonheur de se donner en spectacle allaient nous offrir la meilleure séquence du film.

                    ( à suivre )

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mardi, 15 juillet 2014

Feuilleton : LES IFUAGOS ET L'ANVERSOISE par Oncle Bob 1/4

       Enrique Santos avait parfaitement compris l‘intérêt de trouver des sujets originaux pour faire découvrir des images différentes des cartes postales habituelles. Il nous avait préparé un itinéraire qui nous conduirait de Manille à Bontoc, terres ancestrales des Ifugaos, paysans mais aussi redoutables guerriers; anciens coupeurs de têtes, évangélisés dès le début du dix-neuvième siècle par des missionnaires belges et américains.

       Dès l’aube, Enrique et son chauffeur viennent nous prendre à l’hôtel pour effectuer un voyage d’une dizaine d’heures dans les montagnes de la cordillère centrale. Notre guide a prévu des boissons et de la nourriture en suffisance. Il nous a demandé de prendre quelques objets pour les troquer avec le chef de tribu que nous allions rencontrer sur la route de Bontoc.

       Après avoir subi les embouteillages de la ville, nous éprouvons un vif plaisir à retrouver une nature foisonnante. La route de montagne étroite et difficile se trouve dans un état relativement correct. Les paysages sont splendides et les rizières en terrasse construites depuis plus de deux mille ans ont des dénivelés de plusieurs centaines de mètres. À mille deux cents mètres d’altitude, la fraîcheur nous surprend et les points de vue sur les vallées offrent une vision inoubliable. Paradoxalement, dans ces moments-là, l’œil se substitue à la caméra et mémorise ces moments uniques. Il faut donc s’efforcer de mettre cette réalité en conserve pour tenter de la restituer au spectateur.

Terrasses.jpg

Pendant le voyage, Enrique nous informe des rites et coutumes de ces tribus indépendantes à toute forme de soumission. Animistes, leurs croyances s’appuient sur cinq éléments cosmologiques : notre monde (connu), le monde souterrain, le ciel, un territoire virtuel en amont et un autre en aval. Tous ces lieux sont parcourus par les esprits. Aussi invoquent-ils dans leurs rites, les ancêtres, les esprits et les dieux pour lesquels ils sacrifient des animaux et offrent des boissons. Les Ifugaos, excellents sculpteurs d’objets en bois sont aussi spécialisés dans la confection des armes; notamment les lances et des poignards à la lame tranchante.

       Notre première étape est atteinte après six heures de route. Nous rejoignons la ville de Baguio créée au début du siècle par les Américains qui souhaitaient établir un espace habitable pour échapper à la chaleur étouffante de Manille. Dans cette ville aérée, située à mille cinq cents mètres d’altitude, nous découvrons la cathédrale, une forêt de pins et le parc Benham du nom de son créateur, un architecte urbaniste, Daniel Hudson Burnham, né à Chicago. Cet homme a conçu l’exposition Universelle de sa ville en 1893 et a été l‘initiateur du mouvement, ‘‘city beautiful‘‘.

       Ce groupement s’appuyait sur des formes néo classiques en mettant en évidence les notions d’ordre et d’harmonie.  Baguio, cette capitale d’été et son parc n’étaient pas notre but mais cette étape s’imposait avant d’autres émotions. Dès l’aube nous reprenons la route pour Bontoc. Les paysages splendides font oublier une route chaotique, étroite et dangereuse. Enrique nous explique que nous ferons une halte dans une tribu traditionnelle avant de nous rendre dans la petite cité où une surprise nous attendrait.

                         ( à suivre )

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samedi, 12 juillet 2014

Feuilleton : LA TIGRESSE DE MANILLE par Oncle Bob 6/6

J’avais dû promettre à la jeune femme de la retrouver après mon périple dans le Nord et dans d’autres îles comme Cebu, Palawan et Mindanao.

Lors de notre retour à Manille nous devions y passer deux jours avant de repartir vers l’Europe. La veille de notre départ, je m’étais rendu dans la boutique où j’avais déjà acheté la salopette bleue pour Flordeliza. J’avais remarqué qu’elle aimait aussi un chemisier blanc mais à ce moment-là, elle n’avait rien demandé. J’ai donc décidé de l‘acheter et de le lui offrir avant mon départ. Bogdan m’avait déconseillé de retourner à la gargote car il pressentait des problèmes.

Une pluie tropicale s’abat ce jour-là sur la capitale. Un taxi me conduit à destination alors que des trombes d’eau envahissent les rues. Lorsque j’atteins le quartier chinois, mon taxi roule dans cinquante centimètres d’une eau sale, boueuse, charriant divers détritus. Je demande au chauffeur de m’attendre quelques minutes, le temps de saluer une amie.

En pénétrant dans le snack, je vois Flordeliza avec un visage congestionné, un regard agressif. Elle me dit en anglais qu’elle ne me laissera pas rentrer en Europe. Je lui appartiens. L’épisode du G.I américain l’a traumatisé et, en dépit des précautions prises lors de notre première rencontre, elle a imaginé qu’elle pourrait me forcer à rester à Manille.

J’ai toujours son cadeau dans les mains et veut le lui remettre. A ce moment elle saisit une bouilloire d’eau bouillante qu’elle me jette au visage. Je parviens à éviter l’obstacle. Flordeliza devient hystérique et veut me frapper. Je bats en retraite pour rentrer dans le taxi. Elle me suit et y pénètre à son tour. Pendant que je demande au chauffeur de me reconduire à l’hôtel, Flordeliza s’empare du paquet qui lui était destiné, ouvre la fenêtre et le jette dans le torrent d’eau qui ne cesse de croître. Avec la chaleur et l’humidité je commence à me sentir mal, d’autant plus que je suis forcé de me protéger des coups qu’elle me porte. Le chauffeur propose de l’emmener à la police qui la mettra en prison. Ce n’est évidemment pas mon souhait devinant le sort qui pourrait lui être réservé.

Une douleur brutale au bras gauche est le résultat d’une morsure qui a traversé à la fois ma veste et ma chemise. Je réfléchis rapidement car je vois le temps qui passe et le risque de rater l’avion devient de plus en plus probable. Flordeliza hurle qu’elle a des frères dans la police et l’armée ; qu’ils vont nous arrêter ou nous  flinguer  dès notre arrivée à l’aéroport.

La chance me sourit car un taxi proche du mien débarque un passager. Je glisse dix dollars à mon chauffeur, lui indiquant de retourner vers le quartier chinois et d’y déposer la demoiselle. Je saute dans un flot d’eau pour me transporter dans la voiture qui m’emmène à l’hôtel. Bogdan ne me voyant pas arriver, en homme avisé, a ramassé ma valise et m’attend devant le porche de l’hôtel.

Je lui explique mon histoire et il s’inquiète des menaces proférées. C’est en courant que nous nous précipitons vers le guichet d’enregistrement. Le vol vient d’être clôturé. Nous nous démenons tant et si bien que le chef d’escale nous enregistre. Nous montons sur la passerelle alors que la porte de l’appareil allait être fermée et nous gagnons nos places sous le regard mécontent des passagers dont nous avons retardé le départ.

Nous reprenons notre calme et respirons enfin quand l’avion a pris sa vitesse de croisière et que la souriante hôtesse nous offre des serviettes chaudes et parfumées. Lorsque j’enlève ma veste et que je remonte les manches de ma chemise, Bogdan voit la morsure et distingue parfaitement l’incrustation des dents dans la chair. Il conclut: La prochaine fois, tu te méfieras des tigresses de Manille !

FIN DU RÉCIT "LA TIGRESSE DE MANILLE" - © Auteur ; ROBERT LOMBAERTS

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vendredi, 11 juillet 2014

Feuilleton : LA TIGRESSE DE MANILLE par Oncle Bob 5/6

     Ma mère, ma première épouse Matylda et une gamme variée de personnes séduisantes pour leur personnalité ou leur beauté m’ont permis d’entrevoir toutes les richesses de nos différences. Si le sexe était l’un des éléments conducteurs de mes démarches, de nombreux paramètres comme la sensibilité, l’intelligence, la joie de vivre constituaient la base fondamentale de toute relation, courte, à durée déterminée ou indéterminée.

     Ce qui me valait les railleries de Bogdan qui allait à ce qu’il appelait …l’essentiel. Mon côté romantique l’a toujours intrigué. Il me disait avec raison que cette attitude ne pouvait provoquer que des ennuis.

     Flordeliza pratiquait l’espagnol et l’anglais. Elle avait connu et vécu avec un militaire américain basé à Subic Bay, rentré dans son pays après lui avoir promis monts et merveilles. Sentant de l’amertume dans ses propos, je l’ai tout de suite informée que notre relation serait éphémère et durerait le temps de notre séjour à Manille car j’étais marié et père de deux charmantes filles. Elle m’affirmait comprendre la situation et vouloir simplement connaître, partager et échanger avec un Européen.

     Au cours de nos conversations, Flordeliza m’a appris quelques mots et quelques phrases en tagalog car j’adore pouvoir communiquer dans la langue d’un pays, même si mon vocabulaire reste toujours modeste.

     Elle m’expliquait qu’une minorité de Philippins possédait toutes les richesses et que la pauvreté était extrême dans certains quartiers. Elle avait décidé, si je marquais mon accord de me montrer le lendemain le quartier de Tondo. Elle établissait un programme comme si nous étions un couple confirmé.

       Cette deuxième soirée se déroulerait au cinéma et je verrais un film philippin en tagalog. Bogdan avait compris que j’allais vivre intensément durant notre repos forcé et il avait choisi de se reposer à la piscine de l’hôtel. Être réveillé au son d’une langue inconnue fait partie du charme des rencontres. Magadang araw ! Kumusta ba Kayao ? Bonjour ! Comment allez-vous ? Le soleil traverse les tentures; le sourire et la douceur des caresses me transportent. Flordeliza va me faire basculer du rêve à la réalité la plus éprouvante: Tondo. À l’époque cet espace est occupé par des montagnes de déchets à ciel ouvert.

      Un bidonville surpeuplé dont une partie s’étale le long de la mer. Chaque jour des camions déversent des tonnes de déchets et la chaleur mélangée à l’azote provoque une fumée irrespirable. Dans cette smokey mountain (montagne enfumée),toute une population s’active pour retrouver des objets recyclables: bouteilles de verre, plastiques de toutes espèces, ferrailles, aluminium. Flordeliza m’explique qu’ici survivent des milliers de familles dont la seule occupation est la récupération de déchets. Ces matières sont triées, pesées, souvent nettoyées et parfois transformées. Si la récolte est bonne la revente d’un ou deux dollars aux ferrailleurs ou aux brocanteurs permet de manger. Les conditions d’hygiène sont effroyables ; les eaux sont polluées. La malnutrition, les maladies font des ravages dans la population enfantine. Cette vision dantesque m’interpelle mais je sais que dans notre production actuelle, il m’est impossible de témoigner en images.

     Pourtant ces plus pauvres parmi les pauvres restent souriants et m’interpellent sans méchanceté:  Hey Joe !! ou Kano!….Kumasta Ba Kayo ? Flordeliza m’explique que les Philippins ne font aucune différence entre les Américains et les Européens. Kano est un diminutif d‘Americano. La jeune femme a saisi mon émotion et me propose de visiter d’autres quartiers.

      En flânant dans une rue commerçante je vois son regard fasciné par une petite salopette bleue. Je ne résiste pas au plaisir de la lui acheter et elle la porte avec fierté. Je ne me suis pas rendu compte que pour elle ce cadeau créait un lien durable. Elle rayonnait de joie et ce bonheur était contagieux.

     Après un repas de poisson cru mariné pour moi et un balut pour elle (un œuf de canard fécondé cuit à la vapeur), nous sommes allés voir un film philippin en tagalog. Mes souvenirs sont vagues. S’agissait-il d’un film d’Eddie Romero ou Lino Brocka, deux cinéastes productifs?  Les images du film et son contenu ont disparu mais je me souviens des gestes tendres et protecteurs de Flordeliza dans cette salle populaire où j’étais le seul Kano.

     À l’aube, Bogdan, Enrique et notre chauffeur, nous prenons la route pour les montagnes du Nord, à la découverte des coupeurs de têtes, la tribu des Ifugaos.

               ( à suivre )

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jeudi, 10 juillet 2014

Feuilleton : LA TIGRESSE DE MANILLE par Oncle Bob 4/6

       Flordeliza m’inspirait beaucoup de sympathie. J’avais envie de la connaître davantage, et par cette relation, découvrir la réalité sans fards de cette ville, de ses habitants. Flordeliza n’était pas une beauté mais une jeune femme ordinaire presque banale mais la franchise de son regard, son sourire me séduisait.

       Ma curiosité naturelle me conduirait dans une aventure qui aurait pu se terminer tragiquement. Le bicol express, les saucisses d’aso et le sinigang de Bogdan sont servis rapidement.

       Si le bicol ravit mes papilles, je trouve la saucisse fade avec un goût saumâtre. Flordeliza m’observe et éclate de rire.- Tu n’aimes pas l’aso? Cela ne m’étonne pas; ce sont des saucisses de chien... La nourriture me remonte dans la gorge et je suis obligé de me précipiter dans les toilettes pour vomir la nourriture absorbée.

       Mon ami Bogdan est hilare. Flordeliza se détourne en riant car elle voit bien que je n’apprécie pas la situation dans laquelle je me suis mis. Je lui explique que je croyais qu’Aso était une dénomination, un label comme la saucisse de Morteau.

       La nuit était déjà tombée. J’avais envie de profiter de cette complicité et j’ai demandé à Flordeliza si elle était d’accord de poursuivre la soirée en notre compagnie.

       La jeune femme accepte et je constate qu’elle cumule les fonctions de cuisinière, de serveuse mais aussi de patronne de la gargote .Le snack fermé nous montons dans une jeep Ney qui nous conduit à Malate, le quartier des restaurants et des bars.

       Nous ne nous y attardons pas .Après avoir bu une San Miguel, la bière locale, je propose à Flordeliza de nous accompagner à l’hôtel. Les femmes ont toujours été mes premiers guides dans la découverte du monde.

                       ( à suivre )

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mercredi, 09 juillet 2014

Feuilleton : LA TIGRESSE DE MANILLE par Oncle Bob 3/6

       Enrique nous a fait découvrir le Parc Rizal, la cathédrale de Manille, le palais présidentiel, la basilique Saint-Sébastien construite en acier et enfin le fort de Santiago, citadelle datant de l’époque des conquistadors. Nous avons eu droit comme n’importe quel touriste au coucher de soleil sur la baie de Manille.

       J’ai fait comprendre à notre interlocuteur philippin que nous souhaitions montrer des aspects inédits ou insolites de l’île et que nous ne voulions pas nous attarder à filmer des lieux toujours revisités. Cet homme avait parfaitement intégré notre démarche et nous a demandé un délai de trois jours pour proposer un parcours original. Nous avions gagné sa confiance mais il devait certainement en référer à ses supérieurs.

       Ces trois jours de repos forcé m’ont permis de découvrir Manille autrement, grâce à ma rencontre avec Flordeliza, le soir même de mon arrivée, dans un snack-bar du quartier Binondo, une ville dans la ville, créée au 16ème  siècle par les Chinois.

Jeepney.jpg

La jeep Ney, taxi collectif nous a déposés au cimetière chinois puis nous avons déambulé dans le quartier. Bogdan souhaitait s’arrêter et manger un hamburger au MacDonald local mais il connaissait ma répulsion pour le fast-food et savait que j’adorais découvrir les spécialités locales. Nous aurions pu acheter du maïs grillé aux vendeurs de rue mais je souhaitais déguster des plats philippins. Une gargote, sorte de snack-bar, avait attiré mon attention et Bogdan m’a suivi tout en maugréant son mécontentement.

       Une aimable jeune femme à la fois cuisinière et serveuse nous accueille et propose un bicol express (un plat composé d’aubergines, d’okras, de haricots verts et de concombres locaux). Carnivore, je souhaitais un peu de viande car j’avais vu des saucisses qui ne demandaient qu’à sauter à la poêle. La serveuse qui s’appelait Flordeliza paraissait étonnée de mes choix.

       Elle me dit: des saucisses d’Aso ??? Je lui réponds: oui. Pourquoi pas ? Bogdan, quant à lui, se limite à choisir, le Sinigang, une soupe composée d’un bouillon, de nouilles et de viande de porc, semblable au phở vietnamien qu’il connaissait. Bogdan ne s’aventure jamais dans des terrains inconnus en matière de nourriture.

                 ( à suivre )

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