samedi, 05 août 2017

De 1928 à 1985, inventaire des archives de la Radiodiffusion Télévision Belge (RTB).

     

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      Depuis le 1er août 2017, 420 mètres linéaires d’archives papiers de la RTB inventoriés par Flore Plisnier se trouvent aux Archives générales du Royaume (1). L’essentiel couvre la période de 1950 à 1980 englobant également l’Institut national de Radiodiffusion (INR) et l’Institut des services communs (ISC). Le document le plus ancien remonte à 1928, deux ans avant la création de l’INR par la loi du 18 juin 1930 – première émission le 1er février 1931 diffusée depuis la rue de Stassart.

      Tout en conservant l’essentiel des archives de la RTB, les Archives générales du Royaume n’en ont pas l’exclusivité. Ainsi l’Institut d’histoire ouvrière économique et sociale (IHOES) conserve des archives de Jacqueline Saroléa, féministe, syndicaliste et collaboratrice au centre de production de Liège.

      Que trouve-t-on dans les 9623 dossiers répertoriés dans l’inventaire ? De tout, de la chemise consacrée à la correspondance avec la Reine Élisabeth (1953-1956) à la SA COBRIMO (1964) - il s’agit d’un dossier relatif à un litige en matière de publicité sur antenne – en passant par l’affaire François Perin (1961-1965) - il s’agit d’un recours au Conseil d’État de François Perin, chargé de cours à l’ULG, contre une décision de la RTB relative à l’émission « 9 millions »  ou encore les quatre pièces relatives aux émissions interdites sur antenne (1960-1972).

      Outre les rapports mensuels d’activités (1961-1978) du centre de production de Liège on trouve trace de diverses émissions telles Liège-Matin (1969), Du sel sur la queue (1980-1984), Magazine F (1969-1975), Vivre sa ville (1970-1971), Contraste (1966-1978) avec en prime une chemise comprenant un dossier relatif aux protestations à l’encontre de l’émission « Contrastes » (1969-1972). Notons encore en 1963 le dossier relatif à l’inauguration des nouvelles installations de la RTB à Liège (Palais des Congrès), ou  ceux relatifs aux émissions sur les travailleurs étrangers et immigrés (1964-1972) ou à la grève du centre de production de Liège en janvier 1971 (1970-1971)  sans oublier l’enquête administrative au studio de Liège (1961). Pour cette enquête, remarque : non consultable jusqu’en 2050.

      En principe, les archives de plus de 30 ans versées aux Archives de l’État sont publiques et librement consultables. Toutefois, la législation sur la protection de la vie privée n’autorise la communication de l’identité des individus ou de toute information permettant d’identifier une personne que si ( …) les intéressés sont décédés, ou s’ils ont donné leur accord préalable à la publication de leur nom. D’où cette prudence à l’égard de certains dossiers.

      Les relations entre le service public de radiodiffusion et la notions d’archives n’ont pas toujours été parfaites à en juger cette note, datant de juillet 1953, de la direction administrative au comité de direction : À l’heure actuelle, nos archives n’ont d’archives que le nom. Alors que les documents devraient y être classés comme les livres dans une bibliothèque, ils sont pour la plupart entassés dans divers espaces dont l’affectation aux archives est un véritable non-sens. Cela finit par s’améliorer petit à petit.

      Néanmoins, de l’avis de Flore Plisnier, il faut attendre les années 1990 pour que la RTBF se rende compte que ses archives audiovisuelles peuvent avoir une valeur autre qu’utilitaire. Cependant, cette prise de conscience vise avant tout à une rentabilité économique de ces archives (…) Les autorités publiques prendront tardivement conscience de la nécessité de sauvegarder ces archives. Même si l’impératif de conservation apparaît déjà (ou seulement) dans les contrats de gestion depuis 2001, il faut attendre la déclaration de politique communautaire 2004-2009 pour que cette action soit officiellement reconnue. En 2009, afin de mettre en œuvre un plan de sauvegarde, la SA Sonuma est instituée à laquelle la RTBF cède la propriété de la totalité de ses archives audiovisuelles.

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(1) Archives générales du Royaume (AGR) – 2 rue de Ruysbroeck 1000 Bruxelles – Flore Plisnier Inventaire des archives de la radiodiffusion télévision belge (RTB) 1928-1985 – Publication n° 5742 – Version papier 20 € (plus frais d’envoi) – Téléchargement gratuit - http://arch.arch.be

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lundi, 26 juin 2017

Bulletion du Vieux-Liège : Juliette Noël à l'assaut d'une légende relative à Marie Walewska !

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       Moins de trois ans avant la Révolution française, en Pologne, chez les Laczynski, une famille noble, naît Marie. Elle a pour précepteur un Français, Nicolas Chopin, futur papa de Frédéric avant d’être envoyée parfaire son éducation au couvent Notre-Dame de l’Assomption à Varsovie. Marie est intelligente et studieuse, avec une douceur de caractère qui l'a fait aimer par tous ici. De plus, elle est d’une grande beauté.

        Les propositions de mariage ne manquent pas. Parmi ceux qui lui font la cour, il y a un jeune homme beau, riche et charmant qui lui a plu tout de suite. Il a pourtant un gros défaut : il est russe et, de plus, appartient à la famille du terrible feld-maréchal Souvorov, ennemi juré de la Pologne que ses puissants voisins, la Russie, la Prusse et l’Autriche, s’étaient partagée. La famille de Marie s’oppose et lui impose le mariage, fin 1804, avec le comte Anastazy Colonna Walewski, ancien chambellan du dernier Roi de Pologne. Point beau, riche de propriétés obérées et vieux - 72 ans, elle 18 -, on comprend qu’avant les noces, elle avait pleuré longtemps et a continué à sangloter pendant la cérémonie.  

        En ayant terminé avec la campagne de Prusse, Napoléon entame la campagne de Pologne. Il arrive à Varsovie, le 18 décembre 1806, en libérateur. Des milliers de Polonais, les Légions polonaises de Dombrowski sont engagées depuis une dizaine d’années dans les armées françaises. Fin décembre 1806, dans un climat de Napoléonmania, l’empereur remarque, dans la foule, la jeune comtesse Walewska, lui parle. Le 1er janvier 1807, il lui écrit Marie, ma douce Marie, ma première pensée est pour toi, mon premier désir est de te revoir. Tu reviendras, n’est-ce pas ? Tu me l’as promis. Sinon l’aigle volerait vers toi. (…) Daigne donc accepter ce bouquet : qu’il devienne un lien mystérieux qui établisse entre nous un rapport secret au milieu de la foule qui nous environne. Exposés aux regards de la multitude, nous pourrons nous entendre. Quand ma main pressera mon cœur, tu sauras qu’il est tout occupé de toi et, pour répondre, tu presseras le bouquet ! Aime-moi, ma gentille Marie, et que ta main ne quitte jamais ton bouquet.

       Le 7 janvier 1807, elle participe au bal de carnaval dont La Gazette de Varsovie rend compte : Sa majesté l'Empereur a assisté à un bal chez le ministre des relations extérieures, le Prince de Bénévent, au cours duquel il a invité à une contredanse la femme du chambellan Anastase Walewski. Des patriotes polonais avec l’assentiment du mari imaginent que Marie est la personne la mieux placée pour convaincre Napoléon de ressusciter le Royaume de Pologne. C’est la période épouse polonaise qui voit l’Empereur et Marie filer le parfait amour au Château royal de Varsovie, au château de Finckenstein, à Paris dans le IXème arrondissement, au Palais impérial de Schönbrunn. Napoléon ne ressuscite pas le Royaume mais par l’accord de Tilsitt, en juillet 1807, crée le Duché de Varsovie où est en vigueur le Code Napoléon.

     Enceinte de Napoléon à Schönbrunn, Marie accouche chez son mari, le vendredi 4 mai 1810 d’Alexandre. L’Empereur est averti de l’heureux événement à Anvers. Soucieux de l’avenir de son fils, il comble la mère de rentes et propriétés diverses. Les générosités de l’Empereur se font moins sur sa cassette personnelle que sur les biens de l’Empire. Marie est devenue riche, surtout grâce aux donations que Napoléon a faites au petit Alexandre. Mais elle risque de ne plus l’être si son mari endetté se met à rembourser. Aussi Marie demande le divorce le 12 juillet 1812 et l’obtient … le 24 août, une rapidité digne de Reno (Nevada USA) !

       Catholique, Marie doit attendre la mort de son ex – le 20 janvier 1815 - avant de convoler en justes noces avec le bel Philippe-Auguste, comte d’Ornano qu’elle a connu à Varsovie en 1807. Jeune, beau, très chic, d’une famille corse liée à la famille Bonaparte, protégé de Laetitia, la mère de Napoléon, ce lieutenant-général participe aux Cent-Jours de Napoléon. Ce qui lui vaut d’être banni de France par la Seconde Restauration. Il se réfugie dans le Royaume des Pays-Bas et épouse, le 7 septembre 1816, Marie  en la collégiale Sainte-Gudule de Bruxelles. En compagnie des enfants de Marie, Antoine et Alexandre, les époux viennent s’établir à Liège d’abord rue Sœurs-de-Hasque puis rue de Fragnée, n° 876, quartier du Sud.

       Dans la dernière livraison du Bulletin de la Société royale LE VIEUX-LIÈGE (1), Juliette Noël relate les endroits où a vécu à Liège  Marie Walewska. C’est de la légende de son habitation rue Mandeville à la réalité. S’appuyant essentiellement sur des documents des Archives de l’État et de Ville de Liège, Juliette Noël retrace notamment l’endroit où est situé le 876, rue Fragnée. Il faut savoir que la numérotation, à l’époque, est continue. Il n’était pas question de donner des numéros pairs ou impairs selon le côté où on se trouvait. Il appert d’un document passé en l’étude du notaire royal Philippe Parmentier que le propriétaire Nicolas Bernimolin donne en location pour une durée d’un an, expirant le quinze mars 1818, l’immeuble et les terrains l’entourant. C’est alors un véritable domaine. Il se dénomme « Sans souci ». Situé à hauteur du numéro 20 de l’actuelle rue du Vieux-Mayeur qui, en ce temps-là, s’appelle ruelle du Vieux-Mayeur, l’immeuble loué a une longueur d’environ 22 mètres avoisinant des jardins de plus d’un hectare.

        Dans la partie finale de son article consacré à l’immeuble occupé par Marie Walewska à Liège, Juliette Noël s’attaque à une légende qui situe cette habitation rue Mandeville. Tâche ardue car l’auteur de la légende n’est autre que Théodore Gobert. Celui-ci a publié des notices sur  les rues de Liége en sa période de journaliste à La Gazette de Liège, notices rassemblées en 1891  en quatre volumes éponymes. Il n’est pas question dans cette première édition de Marie Walewska. Vient la seconde édition, en 1926, où Gobert écrit : Située au pied de la colline, cette demeure caractéristique étendait au loin ses superbes jardins plantés d’arbres touffus, qui en faisait l’une des plus agréables résidences rurales. Ici vint s’installer, après la chute de Napoléon 1er, une dame qui, à cette époque, a beaucoup fait parler d’elle. Il s’agit de la comtesse Walewska. Gobert l’a fait mourir le 15 décembre au lieu du 11. 

        Juliette Noël n’a pas d’explication sur cette affirmation erronée de Gobert ; J’opine à croire qu’il a fait un amalgame avec d’autres biens (…) Quoi qu’il en soit, Gobert sera suivi par les écrivains liégeois postérieurs (…) Les écrivains non-liégeois reprendront l’information. Pour eux, naturellement, la localisation correspondait à un endroit qui leur était inconnu.  Juliette Noël, une orfèvre de la précision !

      Dans ses Mémoires, le comte Alexandre évoque la période liégeoise après le mariage de sa maman : Mon frère aîné, qui avait 4 ans de plus que moi, Monsieur Carité, un vieux valet de chambre nommé André et moi nous partîmes de Paris en diligence pour aller retrouver ma mère aux Eaux de Chaudfontaine près de Liège. (…) Quelques mois après, nous étions établis dans une charmante maison de campagne à la porte de Liège où ma mère mit au jour au mois de juin 1817 un gros garçon qui fut baptisé sous le nom de Rodolphe. (…) j'accompagnais aussi quelquefois mon beau-père chez un libraire de Liège nommé Desoret (NDLR lire Desoer). Là, j'entendais parler politique sans y rien comprendre, cependant j'ai retenu quelques mots de ces conversations dont plus tard j'ai compris le sens. (…) La campagne que nous habitions était à une demi-lieue de la ville. (…) Le Général Ornano ayant obtenu son rappel, ma mère partit pour Paris au mois d'octobre 1817 avec le nouveau-né qu'elle nourrissait malgré les avertissements de son accoucheur de Varsovie le célèbre Czekieski, qui lui avait prédit que si jamais elle se décidait à nourrir elle le paierait de sa vie. Peu de jours après son départ, le Général Ornano, mon frère et moi, nous nous mîmes en route pour aller la rejoindre. Nous voyagions en poste dans une bonne berline lorsqu'au milieu de la nuit près de Namur, nous versâmes dans un fossé (…) Nous arrivâmes le lendemain à Paris à trois heures du matin nous rendant dans la chambre de ma mère. Elle se réveille pour nous embrasser. Quel doux réveil dit-elle mon mari et mes enfants, ce sont là les dernières paroles. Le lendemain, son état s’aggrave au point que ses enfants ne peuvent plus la voir. Elle expire le 11 décembre à six heures du soir d’un abcès au sein dont on n'avait reconnu l'existence que trop tard pour risquer une opération et de calculs rénaux.

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(1) Le Vieux-Liège fondé le 20 février 1894 – Devise Rien aymez s’il n’est cognu - levieux-liege.be – Cotisations et abonnements aux publications trimestrielles, membres adhérents 25 €, membres de moins de 25 ans 15€ à verser au compte BE42 0000 3248 4054

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vendredi, 12 mai 2017

Un prof' comme en rêvent étudiantes et étudiants; le recteur Philippe Lesbroussart !

PhilippeLesbroussart.jpgportrait gravé par Joseph Delboëte, 1855

      Si, en 2017, les Universités de Liège et de Gand célèbrent le deux-centième anniversaire de leur fondation par Guillaume 1er, Roi des Pays-Bas, cela ne signifie pas qu’elles ont deux-cents ans d’activités. Ainsi, en 1830, les cours ont été suspendus d’octobre à décembre. Le lendemain de la révolution, on se trouva en présence de difficultés de toute sorte : on demandait à cor et à cri la réouverture des universités, dont les cours n'avaient pu recommencer, comme d'habitude, vers la fin de septembre (…) une interruption plus longue pourrait devenir préjudiciable aux intérêts de la jeunesse; on se contentait donc de pourvoir au plus pressé comme il est écrit dans une notice de la Biographie nationale (1). Notice consacrée à Philippe Lesbroussart qui remplit les fonctions d'administrateur général de l'instruction publique jusqu'en 1835, date de sa nomination à l'université de Liège dont il a été recteur en 1840-1841.

       Né dans la décennie de la Révolution française, il publie dans les journaux, à 13 ans, en 1794, une pièce en vers sur la mort de Marie-Antoinette, veuve de Louis XVI.  En 1810,  son  Poème des Belges est consacré telle une réussite. Lesbroussart possédait la langue française comme l'un des Quarante; familier avec les grands maîtres du style, il avait surpris tous leurs secrets; son oreille délicate ne pouvait souffrir la moindre discordance; la tournure la plus heureuse, la plus harmonieuse se présentait à lui naturellement, et cette élégance innée, ce purisme sans effort n'enlevaient à sa phrase ni la fermeté ni la dignité. Il se raconte même qu'à l'occasion d'une cérémonie publique, il se chargea de faire, à lui seul, tous les discours qui devaient être prononcés: excellent moyen d'éviter les redites ajoute Adolphe Quetelet (2), un de ses biographes.

    Sous le régime hollandais, Philippe Lesbroussart connait la prison durant un mois. Rédacteur au Courrier des Pays-Bas, il a commis un crime; corriger un article déplaisant au pouvoir. La liberté de presse a encore du chemin à faire en ce temps-là. À la Révolution belge, il prend la tête d’une garde urbaine en charge d’assurer un minimum d’ordre. Lesbroussart s'était rallié de tout cœur au nouvel ordre des choses. Sa naïveté généreuse l'entraîna même plus d'une fois à exposer inutilement sa personne. C'est ainsi que, pendant les journées de septembre, il parcourut, armé, les rues de Bruxelles, oubliant la faiblesse de sa vue, au risque de se trouver en présence d'adversaires qu'il ne distinguait pas; il faillit un jour être tué à l'entrée de la rue Notre-Dame-aux-Neiges. Révolutionnaire, il entend en avoir l’air. Ce dont Adolphe Quetelet se moque gentiment : cet excellent homme, qui n'a jamais fait le moindre mal à personne, qui n'en a pas même eu la pensée, avait parfois, comme tant d'autres, la manie de paraître terrible. Ainsi, pendant les premiers jours de la révolution, il avait laissé croître sa barbe et traînait un grand sabre.  

      Désigné par le gouvernement provisoire aux fonctions d'administrateur général de l'instruction publique, on disait de lui qu'il administrait l'instruction publique comme on administre un malade; on se plaignait surtout de la décadence des études et des rigueurs officielles. Quoique étranger aux mesures décidées, il en assure l’exécution. Le 13 juin 1831, le gouvernement du Régent Érasme-Louis Surlet de Chokier le charge de rédiger un projet de loi organique de l’enseignement supérieur. Une commission examine le projet. Lesbroussart demandait une université unique, dont les facultés seraient disséminées dans le pays : la faculté des lettres à Louvain, celle des sciences à Liège, celle de droit à Gand et celle de médecine à Bruxelles. Le gouvernement tergiverse. Ayant reçu le projet en mars 1832, il le met en discussion, en 1834,  à la législature suivante  - après un nouveau passage par une deuxième commission – pour aboutir enfin au vote de la loi organique de l’enseignement supérieur du 27 septembre 1835.

   Faisant fi d’une sérieuse réduction de ses émoluments, Philippe Lesbroussart accepte la chaire de littérature française à l’Université de Liège. Ce fut une bonne fortune pour la jeunesse. Il joignit à son cours principal un cours d'histoire littéraire comparée qui a laissé des souvenirs. Il était aussi versé dans la connaissance de la plupart des langues modernes de l'Europe que dans celle des langues anciennes; il puisait partout à son gré, sans dépendre des traductions imprimées, ce qui donnait à son enseignement l'attrait piquant de la nouveauté, bien qu'il eût soin de proportionner ses leçons de manière à mettre surtout en relief les chefs-d'œuvre les plus connus. Son cours de littérature était remarquable par la finesse des analyses et par le choix heureux des rapprochements; en outre, le charme de sa diction suspendait les auditeurs à ses lèvres. En outre, à l’heure des examens, le professeur Lesbroussart est très embarrassé d’avoir posé une question se révélant ardue pour l’étudiant. Dans ce cas, sa bienveillance éclate, il oubliait à tout instant son rôle d'examinateur et, soufflant officieusement les réponses, il faisait sourire l'auditoire et compromettait parfois la gravité du jury.

      En 1848, il sollicite l’éméritat. On le lui accorde otium cum dignitate et fort de ce repos dans l’honneur, il se retire dans sa famille à Ixelles où il décède, frappé de cécité, le 4 mars 1855. Ixelles l’a honoré et l’honore encore en lui dédiant une rue joignant la prestigieuse avenue Louise.

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 (1) Biographie nationale – Tome XII – notice rédigée par Âlphonse Le Roy, délégué de la classe des lettres de l’Académie royale de Belgique.

(2) Annuaire de la Société des Douze – notice rédigée par Adolphe Quetelet.

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jeudi, 16 mars 2017

Capitale de la Résistance, Liège a attendu 70 ans "LE SILENCE DE LA MER' de Vercors !

 

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     Chacun connait (ou devrait connaître) le thème du Silence de la mer. L’action se déroule en France occupée. Des Français, un oncle et sa nièce, doivent accueillir un officier allemand, Werner von Ebrennac. Ils se posent la question comment le supporter. La réponse est simple et claire  comme si cet officier n'existait pas. Comme s'il était muet et transparent. Tu verras, personne ne peut supporter longtemps d'être ignoré aussi longtemps. Tout au long de son séjour, Werner von Ebrennac soliloque : Il sortira de cette guerre de grandes choses pour l'Allemagne et pour la France. Je pense avec mon père que le soleil va briller sur l'Europe. Retour de permission, il réalise combien ses supérieurs l’ont berné d’où sa demande à être affecté au front. L’oncle lui cite Anatole France : Il est grand pour un soldat de désobéir à des ordres criminels. Werner s’en va au front. C’est une manière élégante de se suicider dans l’honneur pour un von Ebrennac.

     Chacun connaît (ou devrait connaître) la Compagnie Royale Théâtre Arlequin. Septante ans après la création parisienne, dans une mise en scène de Jean Mercure, de la pièce inspirée de la nouvelle Le Silence de la mer, Liège a, enfin, connu, des représentations (1), dans une mise en scène d’Alexandre Tirelier, de ce spectacle. Liège en a été privé pour deux raisons : les Galas Karsenty ne l’ont jamais programmé et feu le Gymnase a fait de même, en dépit de ses 36 pièces montés annuellement !

     Le rôle de Werner von Ebrennac est incarné par Fabian Nicolaï, un artiste qui vient de rejoindre talentueusement la troupe de l’Arlequin. José Brouwers et Camille Fernandez assument les rôles d’oncle et de nièce. Leur lecture et leur silence confèrent l’esprit de résistance qui rend muet l’amour de la musique que partagent au moins Werner et la jeune Française. Un spectacle remarquable à l’émotion intense.

     Mais qui est ce Vercors auquel le porte-parole du général De Gaulle, Maurice Schumann, en 1942, à la BBC s’adresse vous, Vercors, encore inconnu et déjà célèbre … ? Pour en savoir davantage, nous avons consulté le Maitron (2). Nathalie Gilbert, auteure de la notice de Jean Bruller dit Vercors précise qu’il effectue sa scolarité à l’Ecole alsacienne qui prolongeait les principes éducatifs des parents : soucieuse de donner à ses élèves une solide culture des sciences et des humanités, privilégiant les méthodes éducatives douces, cette école, de tradition protestante, entendait également former des hommes et des citoyens guidés par une morale intérieure rigoureuse. Cette conscience personnelle, qui doit au besoin se réformer par elle-même, incarne particulièrement l’homme que fut Jean Bruller.

     Diplôme d’ingénieur, service militaire à Tunis,  A son retour en 1926, il entreprit officiellement sa carrière de dessinateur. (…) il publia son premier album alliant texte et dessins, 21 Recettes de mort violente à l’usage des personnes découragées ou dégoûtées de la vie pour des raisons qui, en somme, ne nous regardent pas. Parallèlement, il continua à fournir des dessins pour divers journaux (Le Rire, Fantasio), il devint l’un des illustrateurs des Editions Nathan : la trilogie Pif et Paf.

     Dans les années trente le dessinateur fut donc en contact avec notamment André Gide, Romain Rolland, Roger Martin du Gard, Georges Duhamel, Jean Guéhenno, Charles Vildrac. Ce milieu de gauche, famille intellectuelle de Jean Bruller par héritage paternel, lui dessilla les yeux sur les méfaits du colonialisme (…) A partir de 1932, Jean Bruller entama son œuvre de la maturité préfacée par Jules Romains, La Danse des vivants. Cet album à la philosophie intemporelle inspirée des moralistes du Grand Siècle (…) La philosophie pessimiste du moraliste sur la nature humaine, dégagée des contingences du réel, fut ébranlée par l’Histoire. Elle proposa alors (…) les prémisses de l’évolution d’une pensée intégrant des éléments marxistes, toutefois dominée jusqu’à la fin de sa carrière par l’idéalisme.

     À l’armistice, décidé à ne rien publier sous le joug ennemi, il réside, au 31bis de la rue du Touarte, à Villiers-sur-Morin, petit village en Brie (600 habitants à l’époque) et travaille chez le menuisier. En 1941, il intégra le réseau de l’Intelligence Service, bientôt démantelé. Il entra alors en Résistance intellectuelle (…) Lescure et Bruller créèrent donc leur propre maison d’édition clandestine, Les Editions de Minuit, entreprise viable grâce au réseau des imprimeurs avec lequel le dessinateur avait travaillé dans l’entre-deux-guerres. Celui-ci publia son célèbre récit Le Silence de la mer le 20 février 1942 sous le pseudonyme de Vercors, du nom de cette montagne qui l’avait impressionné en 1939. Si la plume remplaça le crayon, il serait erroné de croire que l’écrivain ne serait pas né sans les contingences historiques. Jean Bruller aimait en effet à compléter ses albums de textes.

     Au lendemain de la guerre, symbole de la Résistance intellectuelle, auréolé d’une soudaine notoriété, Vercors fut nommé à la commission d’épuration de l’édition qu’il quitta dès janvier 1945, jugeant inacceptable les complaisances accordées aux éditeurs. Membre actif du Comité National des Ecrivains (CNE) chargé d’établir la « liste noire » des écrivains compromis, il se montra le plus intransigeant sur le sujet.

     Compagnon de route du Parti communiste, il rendit compte de ses rapports conflictuels avec le PCF dans Pour Prendre congé (PPC, 1957). Désormais, il se montra plus ou moins proche du Parti en fonction des événements et n’hésita plus à se rapprocher des gauches dissidentes pour certains combats comme la guerre d’Algérie. La torture pratiquée par la France dans ce conflit, lui fait refuser la Légion d’honneur en 1960. 

     Inventeur des callichromies, un dérivé de la sérigraphie, reproduction de tableaux à l’huile, il conserve son nom Jean Bruller pour ses œuvres d’artiste et adopte le nom de Vercors en tant qu’écrivain. Vercors s’impliqua pour certaines avancées sociétales. Ainsi il se prononça contre la peine de mort. Il soutint la loi d’autorisation de l’IVG dans Ce que je crois (1975). Dans ses lettres privées, il défendit le droit à mourir dans la dignité.

    Né le 26 avril 1902, jour anniversaire du centenaire de la naissance de Victor Hugo, il décède à 89 ans, à son domicile Quai des Orfèvres à Paris.

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(1)Compagnie Royale Théâtre Arlequin – vendredi 17, 31 mars et samedi 18, 25 mars, 1 avril à 20h 30 – rue Rutxhiel 3 Liège – tél. 04/222.15.43  info@theatrearlequin.be - réservation : billetterie du Forum & du Théâtre Arlequin, rue du Pont d’ Avroy 12 , tél. 04/223.18.18 et par internet www.theatrearlequin.be

(2) http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article178469, notice VERCORS [BRULLER Jean, dit] par Nathalie Gibert, version mise en ligne le 8 février 2016, dernière modification le 8 février 2016. Le printemps du Maitron - 22 mars 2017 - une journée consacrée au Maitron se déroulera dans le Grand Amphithéâtre de la Sorbonne, de 14h à 22h, en présence de nombreux intervenants - pour assister à cette journée, merci de vous inscrire en envoyant vos Nom et Prénom par mail à l’adresse info@maitron.org

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samedi, 27 août 2016

Ce qui est bon à prendre est bon à garder ...

         Ce qui est bon à prendre est bon à garder dit un proverbe anglais dont les Français ont fait une règle en proclamant le principe d’inaliénabilité du domaine public qui s’applique en particulier aux collections des musées publics. Les biens constituant les collections des musées de France appartenant à une personne publique font partie de leur domaine public et sont, à ce titre, inaliénables. Par rapport à d’autres pays européens, la France est celui où le principe d’inaliénabilité est le plus strict (1).

        L’idée du surintendant des bâtiments de France, le comte de La Billarderie d'Angiviller  est reprise, en mai 1791, par un élu de la sénéchaussée de Bigorre, Bertrand Barère. Celui-ci  souhaite que la galerie du Louvre… devienne un Muséum célèbre et précise même  qu'on y déploie les nombreux tableaux de Rubens et d'autres peintres illustres. Dans les années à venir, ce projet culturel se réalise tandis que la Révolution poursuit son cours.

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La Descente de croix - PP Rubens - photo IRPA-KIK

        En 1792, après la bataille de Jemappes, les troupes de Dumouriez se contentent de prélever le nécessaire  à leurs besoins dans les pays conquis – la Principauté de Liège et les Pays-Bas autrichiens. Mieux, en Principauté de Liège, les patriotes votent au suffrage universel masculin le rattachement à la France (2).

        En revanche, en 1794, après la bataille de Fleurus, les troupes de Jourdan  vivent sur le dos des pays conquis – les Pays-Bas autrichiens et la Principauté de Liège. Mieux, le Comité de Salut public a désigné des agents extracteurs d’œuvres d’arts. Ceux-ci font notamment le plein de Rubens et autres chefs d’œuvre de la peinture flamande destinés au Muséum central des Arts. En Principauté, les Français ne trouvent guère d’œuvres à leur goût, à peine une dizaine, mais les patriotes locaux dont le peintre Léonard Defrance, estiment que leurs grands peintres doivent figurer dans les collections du Muséum central des Arts, ancêtre du Louvre.

        Ces tableaux connaissent des sorts multiples. Par le décret Chaptal de 1801, les uns sont attribués aux quinze musées départementaux au rang desquels figure celui de la Dyle. Autrement dit, celui de Bruxelles, ancêtre des Musées royaux, dont le conservateur est Guillaume Bosschaert qui, sous l’Ancien Régime, a été choisi en qualité d’expert par le comte de La Billarderie d'Angiviller. Certains autres ont été récupérés au lendemain de Waterloo par les troupes des coalisés qui occupent la France jusqu’en 1818.

        Par après, il n’est plus guère question de restitution ou récupération des œuvres acquises par les Conquêtes artistiques françaises. Mais comme l’écrit Pierre-Yves Kairis dans un rapport  remis en octobre dernier à la secrétaire d’État à la Politique scientifique, Elke Sleurs : la question est revenue dans l’actualité car, depuis la décolonisation et les nombreuses recommandations de l’UNESCO soutenant le retour vers les pays sources du patrimoine culturel spolié, les demandes de restitutions de toutes sortes se sont multipliées. Elke Sleurs envisage, à l’IRPA (3), un colloque international début 2018 sur base du rapport Kairis publié par La Tribune de l’Art (http://www.latribunedelart.com/note-sur-les-tableaux-enle...).

        Dans ce rapport, il est fait mention de deux candidats PS aux communales de Liège tentant, en 1988, d’obtenir de Mitterand ce que la Commission des Hospices civils de Liège a réclamé, en 1864, à Napoléon III à savoir un tableau attribué à Rubens qui se trouve encore au Musée de Marseille alors qu’auparavant,  sa place initiale a été la chapelle de l’Hospice des Incurables et des filles repenties de Liège.

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Autoportrait de Bertholet Flémal - Ville de Liège

        Autre aspect liégeois du rapport Kairis, les aventures de la Conversion de Saint-Paul, une toile de Bertholet Flémal, peintre-chanoine de la collégiale Saint-Paul. À l’initiative du dernier consul-général de France à Liège, Zaïr Kedadouche, le Musée des Augustins de Toulouse prête, en 2011, pour six mois la Conversion à l’église à laquelle son auteur l’a destinée. Le ministre Jean-Claude Marcourt qui a eu le Patrimoine dans ses compétences s’efforce de prolonger la durée du prêt tout comme le conservateur du Trésor de la cathédrale, Philippe Georges qui  propose en échange plusieurs toiles de Frans Francken le jeune. Tout cela en vain. En 2014, le jour où jamais tant de chefs d’État et de gouvernements ne sont venus à Liège, obstinées les autorités ont remis une lettre au Président de la République, François Hollande. Toujours, en vain.

        Le salut réside peut-être dans le ciel. En conclusion, le rapport Kairis mentionne : le précédent des manuscrits coréens permet de considérer que c’est par le biais de pressions économiques que des démarches diplomatiques pourraient aboutir à quelques restitutions ponctuelles, conformément à une nouvelle doctrine hexagonale qui ne dit pas son nom. En clair, l’achat habilement négocié par la Belgique de quelques avions Rafales français permettrait peut-être le retour de quelques-uns des tableaux saisis en 1794…  

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Conversion de Saint-Paul Photo Daniel Martin

  • (1) Cfr Documents de travail du Sénat français – Série Législation comparée – L’aliénation des collections publiques – Décembre 2008 – LC 191.
  • (2) Cfr Liège 28 du 30/7/2015.
  • (3) IRPA Institut royal du Patrimoine artistique.

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vendredi, 22 juillet 2016

La France décerne la médaille nationale de reconnaissance aux victimes d'actes terroristes.

        À l’instar de Napoléon 1er et du général de Gaulle qui ont créé respectivement l’ordre national de la Légion d’honneur et celui du Mérite, le Président François Hollande vient de créer la médaille nationale de reconnaissance aux victimes du terrorisme destinée à manifester l’hommage de la Nation aux victimes d’actes terroristes commis sur le territoire national ou à l’étranger. Distinction accordée par décret du Président de la République. L’administration en est confiée à la grande chancellerie de la Légion d’honneur.

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        Sous un ruban blanc de 4 cm de large, les insignes de la nouvelle médaille représentent à l’avers, une fleur à cinq pétales chargée de cinq épis de feuilles d’olivier pour symboliser la valeur de la paix au sein de la République tandis qu’au cœur, la statue de la place de la République à Paris. La mention RÉPUBLIQUE  FRANÇAISE est au centre de la médaille couleur argent bordée de bleu. Le revers est identique à l’exception du cœur, deux drapeaux français croisés, et du centre, la devise «LIBERTÉ – ÉGALITÉ – FRATERNITÉ».  

        Le décret du Président Hollande rétroagit ; la médaille est décernée, à compter du 1er janvier 2006. Il est vrai que les actes de terrorisme ne date pas du jour où tout un chacun s’est affirmé Je suis Charlie. Déjà en 1937, la Société des Nations a adopté – sans qu’il y ait, toutefois, ratification – la Convention de Genève sur la prévention et la répression du terrorisme. À l’époque, le terrorisme est défini comme les faits criminels dirigés contre un Etat et dont le but ou la nature est de provoquer la terreur chez des personnalités déterminées, ou des groupes de personnes ou dans le public. La médaille nationale de reconnaissance est accordée tant aux Français qu’aux étrangers tués, blessés ou séquestrés lors d’actes terroristes. Pour les Français, peu importe que les actes terroristes se déroulent en France ou à l’étranger. En revanche, les étrangers victimes d’actes terroristes à l’étranger ne sont admissibles à la médaille nationale de reconnaissance que si ceux-ci  sont dirigés contre les intérêts de la République française. Pour paraphraser Michel Rocard, la France ne peut reconnaitre tous les actes terroristes du monde.  

        Si la presse française a relevé la coïncidence entre le décret du 12 juillet, sa publication au Journal officiel du 13 juillet et l’attentat de Nice le 14 juillet, aucun organe n’a commis la faute de goût en titrant  Nice, plus de trois cents candidats à la MNR ! Un sondage express du quotidien régional L’Union montre que près de soixante pour cent des gens du Grand Est sont adversaires de la création de cette médaille à l’inverse de quelques vingt pour cent favorables.

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mercredi, 29 juin 2016

Débarquant à Liege-Airport, personne n'ignore qu'elle est à Liège mais sait-elle que le pays de Liège est la terre natale de Zénobe Gramme, père de la seconde révolution industrielle?

        Toutes ces différentes personnalités ont un point commun - et la liste ne se limite point à ces seuls noms - Gengis Kahn, Roland Garros, Léonard de Vinci, Krim Belkacem, Pierre-Eliott Trudeau, Saint-Exupéry,  Murtala-Muhammed, Atatürk, Franz-Joseph Strauss, Mohammed V, John-Fitzgerald Kennedy, Aimé Césaire, Habib Bourguiba. Chacun figure au fronton d’aéroports. Rares sont les noms de femmes auxquelles cet honneur est dévolu. Nous en citerons quatre : Reine Béatrix à l’aéroport d’Oranjestad, Princess Juliana à Saint-Martin, Maria Montez à Santa Cruz de Barahona, Sabiha Gökçen à Istambul. Deux sont de sang royal, l’une est actrice, l’autre, fille adoptive d’Atatürk, a été première femme pilote de chasse au monde.

        En débarquant de l’avion, voyant le nom d’une personne au fronton de l’aéroport, chacun(e) découvre de nouveaux éléments d’une histoire locale que le lieu n’évoque en rien. Mieux, lorsque plus tard, ce nom apparait à nouveau, il fait se profiler le souvenir de la ville. Ainsi Monastir a dénommé son aéroport Habib Bourguiba, enfant de cette cité. La stature de cet homme d’État tunisien rejaillit sur sa ville natale et plus tard, au nom de Bourguiba se profilera Monastir.

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        Ces quelques exemples pris d’aéroports magnifiant des hommes et des femmes de talent né(e)s chez eux doivent nous inspirer. Le pays de Liège a compté des talents, des génies. Il en compte encore qui assurent le redéploiement économique et culturel de notre région. Nous pouvons, nous devons en être fiers !

        Lorsque la première révolution industrielle naît en Grande-Bretagne, la Wallonie et plus particulièrement le pays de Liège lui emboîte le pas sur le continent européen. C’est un enfant du pays, Zénobe Gramme, qui donne naissance à la seconde révolution industrielle en brevetant et commercialisant la dynamo. Évoquant Zénobe Gramme, l’historien Paul Delforge de l’Institut Jules Destrée voit en lui le modèle du Wallon inventif et entreprenant. Un certain mythe entoure celui qui aurait répondu un jour à un physicien qui avait mis la dynamo en équations : « s'il m'avait fallu savoir tout cela, je ne l'aurais jamais inventée ». En est-on si sûr ?  

        Quelques années après sa mort, Liège a rendu hommage à Zénobe Gramme en édifiant, par souscription publique, un monument au confluent de la Meuse et de l’Ourthe. Il a été inauguré par sa fille Zoé, le 7 octobre 1905, dans le cadre de l’Exposition  Universelle. À cet hommage du XXème siècle peut s’ajouter celui du XXIème qui consiste à ajouter à la dénomination de Liège-Airport celle de Aéroport Zénobe Gramme.   

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10:00 Écrit par Pierre André dans Actualité, Economie, Histoire, Liège | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

mercredi, 22 juin 2016

En 2017, "HAMILTON" qui triomphe à Broadway sera joué à Londres.

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        Nos confrères du journal liégeois Mathieu Laensberg - Charles Rogier, Joseph Lebeau, Paul Devaux – Pères fondateurs du Royaume envient peut-être la gloire qu’un autre Père fondateur d’une République, Alexander Hamilton, obtient actuellement à Broadway. La comédie musicale de Lin-Manuel Miranda, Hamilton, à l’affiche depuis juillet dernier, retrace des tranches de vie de personnalités historiques ou politiques. En costumes d’époque mais avec des airs urbains où se mêlent hip-hop et rap, Hamilton est une fresque historique tour à tour irrévérencieuse, patriotique, fleur bleue et traitant de thèmes tels l’immigration et l’ouverture aux étrangers.

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         D’origine portoricaine, Lin-Manuel Miranda a perçu tout le potentiel de la biographie d’Alexander Hamilton. Orphelin à dix ans, tué dans un duel par un vice-président des États-Unis, Aaron Burr, Hamilton a, d’abord, connu l’emploi dans une maison de comptes, entame des études au King’s Collège – future Université Columbia – de New-York, participe à la guerre d’indépendance américaine en qualité de secrétaire de Général Washington, combat aux cotés de La Fayette à Yorktown, épouse une jeune fille d’une famille influente et riche, premier Secrétaire du Trésor, fondateur de la Banque Fédérale, etc, etc.

       Hamilton côtoie tout qui compte aux États, à Londres, à Paris. Visionnaire, brillant constitutionnaliste, séduisant, il est aussi un être paradoxal ainsi le créateur de la Banque Fédérale a tant de dettes que ses amis se cotisent afin de les rembourser à sa mort. Mieux, adversaire de la Révolution française, il est déclaré en même temps que Georges Washington citoyen français par un décret du dimanche 26 août 1792 de l’Assemblée nationale considérant que les hommes qui, par leurs écrits et par leur courage, ont servi la cause de la liberté et préparé l’affranchissement des peuples, ne peuvent être regardés comme étrangers par une nation que ses lumières et son courage ont rendue libre.

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        Les 1319 sièges du Richard Rodgers Theatre sur la 46ème rue sont occupés à chaque représentation. Chaque semaine, c’est 600.000 $ de bénéfices engrangés. Il est prévu une tournée mondiale de Hamilton. Qualifiée par Michèle Obama de la plus grande œuvre artistique que j’ai jamais vue dans ma vie, les Liégeois(e)s découvriront Hamilton à moins de cinq cents kilomètre de la Cité ardente, à Londres, dans le courant de 2017.

 

 

 

 

08:45 Écrit par Pierre André dans Actualité, Histoire, Musique, Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

jeudi, 01 octobre 2015

Création de "L'Auberge rouge" de Michel Udiany au Théâtre de l'Étuve par la Cie Zeron Tropa

        Le professeur d’histoire, le Liégeois Michel Udiany est également un auteur dramatique qui aime créer ses pièces au théâtre de l’Étuve. Dernière-née, L’Auberge rouge sera à l’affiche dans une mise en scène de l’auteur, dès ce samedi (1).

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        L’intrigue s’appuie sur des faits qui se sont déroulés en Ardèche, à l’auberge de Peyrebeille,  au début du XIXe siècle.  Les tenanciers, les Martin et leur valet Jean Rochette ont été accusé d’avoir détroussé et assassiné une cinquantaine de leurs clients. Le procès a passionné la France. Bien que les faits, le procès et l’exécution se soient déroulés avant l’apparition de la presse populaire innovée par Émile de Girardin, la presse de l’époque surnomme l’auberge de Pierre Martin, l’ossuaire, l’auberge rouge, coupe-gorge, auberge sanglante. Au XXIe, l’affaire continue d’intéresser le public puisque chaque année, cinq mille personnes déboursent quatre € pour visiter de mai à fin septembre, un musée établi dans l’auberge fatale. En réalité, le verdict – trois condamnations à mort, un acquittement - rendu en juin 1833 par la Cour d’assises de Privas n’a porté que sur le meurtre d’un maquignon, car la cinquantaine de meurtres imputés aux quatre accusés leur ont valu l’acquittement.

        À  la même époque, dans nos Ardennes, les bandits Géna et Magonette sévissent. Notre confrère Frédéric Kiesel raconte comment Magonette faillit tuer un maquignon à Wibrin. Sa maison, située à l'écart, était signalée par une enseigne rouillée qui grinçait au vent: celle d'une ancienne auberge. Un soir, un marchand de vaches, revenant de la foire de Saint-Hubert avec son grand chien y demande l'hospitalité. - J'héberge les hommes, pas les bêtes, lui répond, bourru, le patron moustachu. Je payerai pour les deux. J'ai de quoi. J'ai fait de bonnes affaires à Saint-Hubert. Ceci change tout. L'étrange patron sourit. Mais, la nuit, entendant des bruits suspects, voyant des gens en armes, le maquignon se laisse glisser sur le toit de chaume jusqu’au sol, en utilisant son revolver. Il n'ose pas porter plainte... Wibrin n’a pas connu son Auberge rouge mais est entré dans la légende des Rouches!

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(1)  L’Auberge rouge – samedis 3, 10, 17 octobre ; vendredis 9, 16 octobre à 20h15. dimanches 4, 18 octobre à 15h30 – PAF 15 €, réduction 12 € - Réservation : SMS au 0492/56 29 10 ou reservationetuve@gmail.com

22:25 Écrit par Pierre André dans Actualité, Histoire, Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

vendredi, 11 septembre 2015

"D'UN MONDE À L'AUTRE", une biographie patrimoniale

        Incontestablement, la Wallonie est passée d’un monde à l’autre entre le XVIIIe siècle et 1830. Les traces de ce changement sont le thème des Journées du Patrimoine (1). Outre les visites (2), cette année, l’Institut du Patrimoine wallon publie un ouvrage collectif dont la consigne est de faire primer la lisibilité sur la technicité. Consigne respectée et le lecteur de se divertir. Le titre de l’ouvrage D’un monde l’autre (3) évoque le patrimoine architectural wallon hérité de cette longue période (1713-1830) dans le cadre de récits biographiques consacrés à quarante personnalités, wallonnes ou non, toutes liées d’une manière ou l’autre à ce patrimoine. Mutatis mutandis, c’est une Biographie patrimoniale comme il existe une Biographie nationale voulue au début du Royaume en composant un livre où tous les Belges remarquables, n’importe à quel titre, reçussent l’hospitalité.

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        L’homme le plus riche de Verviers au XVIIIe, Francois Franquinet est en couverture D’un monde à l’autre sans figurer parmi les Belges remarquables. Le papa de Charles-Joseph de Ligne le marie à Françoise-Marie-Xavière de Liechtenstein (…) mariage de convenance lié au titre de la jeune épouse. Autre anecdote relative au bâtisseur d’Aigremont, Mathias Clercx. Lors de la construction,  il note scrupuleusement toutes les dépenses (…) et même le coût du carnet où il fait ses notes. À propos de François-Charles de Velbrück, prince-évêque éclairé, il est dit ; sa condition de dignitaire ecclésiastique ne l’empêche pas d’entretenir une relation de longue durée avec Marie-Christine Josèphe Bouget au point d’avoir ensemble deux enfants. Quant à Marie-Anne Biolley, épouse d’un mari impotent, elle accueille William Cockerill en 1799qui va révolutionner l’industrie textile de Verviers. Un William qui achète en 1819, à Spa, une concession pour accueillir un caveau familial. Du mausolée construit par William, deux siècles plus tard ne subsiste qu’une dalle.

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Les avatars conjugaux de Pierre-Henri Dethier (1736-1817) sont dignes d’un magazine pipole du XXIème siècle. Avec Michel-Laurent de Selys-Longchamps, on entre dans la vie municipale de Liège, ville française dont il est le premier maire républicain.

        Mais ces personnalités riches qui ont investis dans ce patrimoine n’ont pu le faire que grâce à des artisans, des artistes, des architectes dont le talent séduit encore. Ainsi, venus du Tessin, les Moretti sont une famille experte dans l’art du stuc qui s’est d’abord manifestée à Liège pour rayonner dans la future Belgique. Autre Tessinois, l’architecte Gaetano Pisoni qui a reconstruit à Liège la collégiale Saint-Jean l’Évangéliste après avoir tracé les plans du palais de Charles de Lorraine à Bruxelles. Artiste natif de Spa , Remacle  Leloup,  illustre les Délices du Païs de Liège de Pierre-Lambert de Saumery. Sur site, Remacle prend le temps de repérer les lieux ; il choisit consciencieusement plusieurs points de vue afin d’appréhender l’objet sous toutes les coutures

         Citons encore des architectes ou maîtres-maçons tels Jean-Gilles Jacob et le château de Warfusée, Barthélemy Digneffe édifiant pour Léonard de Hayme, récemment anobli, la gentilhommière de Sterpigny appelé maison Caprasse avant de devenir son architecte attitré, Jacques-Barthélemy Renoz qui est à la fois architecte – il est l’auteur de l’Hôtel de Ville de Verviers (4) – et homme d’affaires avisé dans les jeux, les charbonnages, les transports en diligence Liège-Paris à grande vitesse, les chaussées entretenues permettent de faire grimper la vitesse horaire à … 3,4km/h.     

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(1)    27ème édition Samedi 12 et dimanche 13 septembre 2015

(2)    Notamment, la visite-spectacle du Musée d’Ansembourg à 10, 14 et 16h, les 2 jours. En outre, toujours au départ du Musée d'Ansembourg, à l'initiative du Vieux Liège et de SOS Mémoire de Liège, spectacle itinérant vers la Violette sur le thème l'heureuse révolution du 18 août 1789, le 12/9 à 15h, le 13/9 à 10h30 et 15h.

(3)    D’un monde à l’autre – Édition IPW – Collectif d’auteur(e)s sous direction Freddy Joris – 296 p – 15 €

(4)    Le n° 130 des Carnets du Patrimoine de l’IPW est consacré à l’hôtel de ville de Verviers – Architecture, histoire, restauration – 56 p – 5€

11:41 Écrit par Pierre André dans Actualité, Culture, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

mardi, 18 août 2015

... quand la mi-août est Fête nationale, c'est plus romantique

       

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        Le concordat du 23 Messidor an IX régissant la vie religieuse en France signé par Bonaparte 1er Consul et  le Pape Pie VII stipule en son article XLI, aucune fête, à l'exception du dimanche, ne pourra être établie sans la permission du Gouvernement. Cet article 41 du concordat du 10 septembre 1801 a permis, sans que personne ne perde la face, de supprimer nombre de fêtes religieuses qui ont égayé l’Ancien Régime.

        Afin de sauver la date de l’Assomption, les signataires du Concordat sont allés jusqu’à modifier la date de la fête célébrée jusqu’alors le 2 mai de ce saint martyr officier romain Napoléon, prénom largement répandu en Corse et en Italie. La mi-août devient  le jour où arrive sur terre en 1769 le 1er Consul et où arrive au ciel la mère du Christ. Ce jour miraculeux convient à merveille pour en faire un jour de Fête nationale dans les divers départements de France dont celui de l’Ourthe, capitale Liège. Liège a conservé la tradition en faisant du 15 août la Fête nationale des Marie.

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        Il est un autre pays, le Liechtenstein qui célèbre sa Fête nationale le 15 août. Au 18ème siècle, après avoir acquis la seigneurie de Schellenberg et le comté de Vaduz, Johann Adam Andreas obtient que ces territoires soient élevés au rang de Principauté d’Empire à laquelle il donne son nom, Liechtenstein. Une première dans l'histoire qui sera imitée en 1932, lorsque le Bédouin Ibn Seoud appelle son Royaume Arabie Saoudite.

        La Principauté de Liechtenstein acquiert sa souveraineté en entrant en 1806 dans l’éphémère Confédération du  Rhin regroupant 28 Etats. Le Congrès de Vienne  fait de la Principauté un des 39 membres initiaux de la Confédération germanique dont le but  est le maintien de la sûreté extérieure et intérieure de l'Allemagne, de l'indépendance et de l'inviolabilité des États confédérés. En 1862, le Prince Johan II  instaure la monarchie constitutionnelle.

        Ce n’est qu’en 1938, année de l’Anschluss, que la famille princière réside au Liechtenstein. Auparavant, elle a vécu à Vienne. En 1940, la Principauté décide de se doter d’une Fête nationale. La date ? La veille de l’anniversaire du Prince Franz-Joseph II soit le 15 août.

        2015 marque les 75 ans de la Fête nationale. Le matin, partie officielle à laquelle les 37000 sujets sont conviés : deux discours dans la prairie, fanfares, pas de défilé militaire - l'armée est supprimée depuis 1868 -, nombreux diplomates,  population venue des onze communes de la Principauté  et des étrangers parmi lesquels les Amis du Liechtenstein de la Fédération Wallonie-Bruxelles et son président Charly Dodet. Ensuite, réception à la bière dans les jardins du Château.

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        L'après-midi et le soir, partie populaire avec notamment les multiples musées dont l'immaculé tout en blanc de la Fondation Art HILTI inauguré le 23 mai 2015 fait contraste avec le cube noir du Kunstmuseum dédié à l'art contemporain dont est friande la famille Liechtenstein depuis le 16ème siècle! Une friandise qui a mis cette famille en tête des collections d'art privées au monde...

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jeudi, 30 juillet 2015

... enfin, le 1er octobre 1795, Liège est devenue Française !

 

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        La Révolution liégeoise éclate le 18 août 1789. L’agitation patriote est à son comble. La veille, outre qu’un des bourgmestres a voulu interdire le port des cocardes jaune et rouge (Liège) ou verte et blanche (Franchimont), Nicolas Bassenge a adressé une Note aux citoyens qui demande l’abrogation du règlement de 1684 du Prince-Evêque Maximilien-Henri de Bavière. Celui-ci en modifiant le système électoral, a confisqué le pouvoir au bénéfice du Prince-Evêque, des chanoines de la Cathédrale Saint-Lambert et de l’aristocratie. 

        Dans la matinée du mardi 18 août, les patriotes se rendent à la Violette, déposent les deux bourgmestres – Philippe-François de Ghaye et Léopold-Albert de Villenfagne de Sorinne  – élus pour l’année. Le peuple crie les noms de leurs successeurs : Chestret et Fabry. Sitôt dit, sitôt fait. Un cortège se rend à Seraing, résidence d’été des Princes-Evêques, afin de ramener Constantin-François  de Hoensbroeck en son Palais de Liège. Il doit reconnaitre les nouveaux édiles Jacques-Joseph Fabry et Jean-Remy de Chestret et abolir  le règlement de 1684. Bon prince (!), le prélat fait ce que les patriotes lui demandent. Il porte même la cocarde. Sans sang versé mais en sueur – il fait chaud le 18 août -, les Liégeois(e)s ont réussi leur Binamêye revolucion.

        Dès qu’elle prend connaissance des faits, la Chambre de Wetzlar chargée de régler en dernier recours les différends entre les États et leurs sujets, se ravise. Elle qui, excédée par l’intransigeance de Hoensbreck, semble, depuis quelque temps, pencher en faveur des patriotes de la Principauté, rend le jeudi 27 août 1789 une sentence enjoignant  aux princes directeurs du Cercle de Westphalie de prêter aide et assistance à l'évêque, de rétablir les choses telles qu'elles étaient avant le 18, enfin de poursuivre criminellement les auteurs de la sédition ! Coïncidence, ce jeudi matin se présente à l’abbaye Saint-Maximin à Trèves, un exilé politique, de Hoensbreck qui s’est enfui la veille, de nuit, de la Principauté.

        Parmi les princes directeurs du Cercle de Westphalie figure en sa qualité de duc de Clèves, le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume. Il prend tout son temps avant d’envoyer des troupes à Liège. Au Pré Cornesse, à Polleur, sur proposition de Laurent-François Dethier, est adoptée, le mercredi 16 septembre 1789, une Déclaration des droits et du citoyen, davantage progressiste que celle adoptée à Paris, le 26 août. Les troupes prussiennes arrivent à Liège le 30 novembre pour une mission de médiation. Elles s’en retournent le 16 avril 1790 alors que des exactions se font jour depuis une semaine.

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        Les Prussiens partis, dès le lendemain, le samedi 17 avril, les patriotes proclament la déchéance de Hoensbroeck comme prince de Liége, suspendent le conseil privé et confisquent la mense épiscopale et par la suite, prennent d’autres mesures dont celle de détruire la cathédrale. Le lundi 26 avril, première exécution du Valeureux Liégeois. À la demande d’un des bourgmestres Lambert-Joseph de Donceel, sur un air populaire vieux de plus d’un demi-siècle, sur la marche nationale, le curé de Glons, Joseph Ramoux a écrit le refrain et deux strophes. L’une rend hommage à Jean-Remy de Chestret : Que peut craindre notre ardeur? / Sous Chestret nous portons les armes: / À côté de ce vainqueur / Le péril a des charmes. Les Liégeois(e)s ont leur hymne national.

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        Le mercredi 12 janvier 1791, les troupes autrichiennes s’emparent de Liège, les patriotes prennent la route de l’exil, de préférence vers le sud. Sous protection des baïonnettes autrichiennes, Hoensbroeck retrouve son Palais. L’Édit fondamental du 10 août lui donne libre interprétation de la constitution. Il ferme, le 25 février 1792, la Société libre d’Émulation. Le tyran de Seraing décède le 4 juin 1792. Son successeur François-Antoine de Méan, est choisi le 16 août.

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        Engagées dans la lutte contre le roi de Bohème et de Hongrie, les troupes françaises du général Dumouriez remportent la bataille de Jemappes. Elles poursuivent leur chemin vers Liège d’où le Prince-Évêque Méan s’enfuit la veille de leur arrivée, le mercredi 28 novembre 1792. Les patriotes sont de retour. Ils organisent, au suffrage universel masculin, des votes prônant la réunion à la France de la Principauté de Liège. Une majorité écrasante des électeurs se prononce en faveur du rattachement. Nicolas  Bassenge présente un mémoire à la Convention nationale. Celle-ci proclame la réunion du Pays de Liège à la République française, le vendredi 3 mai 1793. Belle proclamation vaine car entretemps, le 18 mars 1793 à Neerwinden, le prince de Saxe-Cobourg a vaincu Dumouriez et celui-ci a trahi son pays. 

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        Les Liégeois(e)s sont de nouveau sous joug autrichien et sous l’Ancien Régime. Les troupes autrichiennes plient bagage devant l’armée Sambre-et-Meuse dirigée par Jourdan. Celle-ci, après avoir remporté la bataille de Fleurus, fin juin 1794, force les Autrichiens, démolisseurs du quartier d’Amercoeur, à quitter Liège. Les Français remportent la bataille de Sprimont, à la mi-septembre 1794. Une victoire écrasante dont Gillet, représentant du Comité de Salut Public , écrit, après avoir évoqué le nombre de canons, de drapeaux ou de prisonniers capturés sans compter ceux qu’on ramasse tous les jours dans les bois (…) plus cinq drapeaux au lieu de trois. Vous voyez que nous sommes bien éloignés d’exagérer nos succès. Salut et fraternité.

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        Les Liégeois(e)s s’imaginent être, aussitôt, réuni(e)s à la France, en application de la décision du 3 mai 1793 de la Convention nationale. Ils connaissent en fait un régime d’occupation. Ainsi dans le Recueil des actes du comité de salut public, à la date du 1er Vendémiaire An III (22/9/1794) : Le Comité de salut public voulant encourager la fabrication d’armes de toutes espèces à Liège, et la faire tourner entièrement  au profit de la République -1) il sera établi à Liège (…) une Agence de vérification, réception et paiement des fusils, autres armes et parties d’armes -2) tous les fabricants d’armes seront tenus de porter le produit de leur fabrication à cette Agence. L’industrie armurière liégeoise est pratiquement nationalisée. Autre fait marquant de ce régime d’occupation. Parmi les patriotes revenus à Liège, le peintre Léonard Defrance qui, par ses courriers aux délégués du Comité de salut public de Paris, entreprend de faire l’inventaire des œuvres d’art se trouvant dans les églises et établissements religieux. De belles  proies offertes à l’occupant. La Biographie Nationale, publiée, en 1883, par l’Académie royale de Belgique n’est pas tendre pour Defrance : c’est par millions que peuvent se chiffrer les pertes résultant des spoliations effectuées, alors, par nos ennemis.

        Ce régime d’occupation a eu une fin, le 1er octobre 1795 lorsque la France décide l’annexion de la future Belgique. L’ancienne Principauté de Liège est divisée en 3 départements. Liège est le chef-lieu du département de l’Ourthe. Liège est française … ! Un moment de notre histoire à découvrir (1).

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(1) Exposition Liège au temps de la France (1795-1814) – ARCHÉOFORUM Place Saint-Lambert Liège – jusqu’au 3 octobre 2015 - du mardi au samedi de 10h à 17h - 6€ (adultes), 5€ (seniors, étudiants), entrée de l'Archéoforum comprise – Renseignements et réservations : 04/250.93.70 infoarcheo@idpw.be

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lundi, 20 juillet 2015

Trente-cinq ans déjà ! trois regards sur une métamorphose ... BLEGNY-MINE

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        En octobre 1976, lors de la séance de rentrée du Conseil Provincial, le Gouverneur de la Province de Liège Gilbert Mottard exhorte les Liégeois(e)s à conserver un témoin majeur de l’activité charbonnière. Une industrie qui a pris racine –si on ose ce mot – chez nous dans tous les sens du terme dès le 11ème -12ème siècle. Lors de la découverte du charbon de terre, celui-ci est appelé houille, un mot qui vient du wallon hoye. Jean d’Outremeuse attribue la découverte de charbon de terre au forgeron de Plainevaux, Hullos. Les maîtres charbonniers et leurs ouvriers sont connus. La dynastie des Planchar a régné des siècles à Montegnée. Il y a eu l’Édit d’Ernest de Bavière sur les areines. Il y a eu la loi Mirabeau. Le bassin minier de Liège tout comme sa prestigieuse École des Mines est réputé à l’international. La bataille du charbon est gagnée chez nous. Puis à partir des années 60, au 20ème siècle le déclin de nos charbonnages commence.

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        L’appel du gouverneur Mottard est entendu. Deux projets sont en lice : Cheratte et Trembleur à Blegny. Il appartient au Ministre de la Culture, Jean-Maurice Dehousse, de trancher. Dehousse descend dans le fond de chaque charbonnage et décide de retenir le projet de Trembleur. Ce choix a été opéré fin 1978, seize mois avant la fermeture du site, ce qui a permis d’intégrer son réaménagement dans les travaux liés à la fermeture et d’éviter la vandalisation des infrastructures a rappelé le Président de Blegny-Mine, Abel Desmit, lors de l’inauguration de l’exposition de photos Trente-cinq ans déjà ! trois regards sur une métamorphose  (1).

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        La mine de Trembleur a été la dernière mine de la province de Liège à être fermée, le lundi 31 mars 1980. En juillet de la même année, le dimanche 6, dans le cadre des 150 ans de l’indépendance de la Belgique, le Roi Baudouin a inauguré le site de Blegny-Mine. Un des pionniers d’une discipline encore naissante, l’archéologie industrielle, et être le premier charbonnage du continent européen à s’ouvrir à la visite touristique via le puits d’origine.

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        En juillet 2012, Blegny-Mine a été inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Ce titre prestigieux a également été attribué aux sites miniers majeurs de Wallonie , Le Bois du Cazier, Bois-du-Luc et Grand-Hornu.

        L’exposition Trente-cinq ans déjà ! trois regards sur une métamorphose  est en quelque sorte une ode à la mine et aux hommes, femmes et enfants qui, durant huit siècles, ont consacré leur vie à l’exploitation des entrailles de la terre liégeoise. Des photos d’art, d’amour, de tendresse réalisées par trois photographes qui ont des attaches avec la mine. Alfred Janssen-Reul est un ancien mineur qui a arraché la houille au charbonnage du Trembleur. Paul Donnay est un des fondateurs de la Confrèrie des Maîsses Houyeûs dè Payis d’Lîdje et Théo Bellefroid, passionné de mines dès son enfance à Saint-Nicolas a légué à Blégny-Mine, sa très belle et riche collection de photos. Fait exceptionnel de cette exposition, pratiquement chaque visage de mineur porte un nom. En effet, le Gouverneur honoraire de Liège, Paul Bolland a mis son œil de lynx pour identifier des têtes qu’il a jadis bien connues !

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(1)   Trente-cinq ans déjà ! trois regards sur une métamorphose  - salles d’exposition de Blegny-Mine – Rue Lambert Marlet  23 Blegny – jusqu’au 31 août 2015 – 13h à 18h – Infos :  32 (0)4 387 43 33 www.blegnymine.be

16:31 Écrit par Pierre André dans Actualité, Economie, Histoire, Liège, Social | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

vendredi, 10 juillet 2015

Thomas Georgiopoulos, un nom à retenir, il est lauréat du Prix du Corps Consulaire.

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        À la fin du 20ème siècle, à l’initiative du docteur Robert–Ferdinand Dondelinger, professeur de l’Université de Liège, consul honoraire du Grand-Duché de Luxembourg a été fondé le Prix du Corps consulaire de la Province de Liège. L’objectif de ce Prix – richement doté, 3000 € - est de susciter et d'encourager, chez de jeunes étudiants diplômés, des vocations pour la vie diplomatique ou des carrières de recherches qui touchent à ce domaine. Réservé à des étudiant(e)s de l’ULg, ce Prix récompense un travail original concernant des questions internationales, bilatérales ou multinationales.

 

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        En 2001, Laurence Jamotte reçoit, la première fois, le Prix. Neuf autres filles le recevront alors que six garçons seulement l’obtiendront. Seize récipiendaires alors qu’il n’y a que quinze Prix décernés ? Étrange, absolument pas car, en 2009, le Jury – 6 membres dont 3 du Corps consulaire, 3 de l’ULg – a classé ex-aequo Stéphane Sacco, auteure de La Russie et le dossier nucléaire iranien Moscou joue-t-il avec le feu nucléaire ?  et Olivier Viola qui s’est intéressé à un conflit qui a passionné l’Europe, au 19ème siècle, La guerre du Pacifique opposant la Bolivie, alliée au Pérou, et le Chili. En consultant la liste des récipiendaires et le cours de leur carrière professionnelle ultérieure, on est estomaqué du flair du Jury et des potentialités développées par les lauréat(e)s. 

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Professeur Michel Hermans, président du Jury - le Consul d'Espagne, Fernand Goffioul, doyen du Corps Consulaire et le lauréat du 15ème Prix.

        Selon la tradition, le 15ème Prix du Corps Consulaire de la Province de Liège a été remis par Fernand Goffioul, doyen de ce Corps. Le lauréat est Thomas Georgiopoulos, auteur de La Chine à la recherche d’une image : quelles implications pour son soft power. Appuyant son étude sur les relations diplomatiques établies en juin 2007 entre la République populaire de Chine et la République du Costa Rica présidée à l’époque par Óscar Arias Sánchez – Prix Nobel de la Paix 1987 -, Thomas Georgiopoulos montre que cette alliance  va parfaitement dans le sens de l’image que la Chine souhaite projeter ; celle d’une ascension  pacifique.

        De retour de la visite d'État effectué par les Souverains belges en Chine, le Recteur de l'ULg, Albert Corhay a fait part de quelques réflexions sur l'accroissement prodigieux de ce pays dans les domaines économiques.

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        En couronnement de l’année 2014 marquant le centenaire de la création du Corps consulaire de la Province de Liège, Paul Delforge auteur de l’Histoire des consulats établis à Liège de 1845 à 2015 a reçu le Prix du Centenaire. Dans son ouvrage, on apprend que pas moins de quatre-vingt-quatre pays ont choisi, durant ces cent septante ans, la Cité Ardente pour s’y faire représenter par cinq cents consuls. Le premier à le faire a été le Royaume des Pays-Bas, en désignant, en 1845, Charles de Rossius-Orban. Que Charles de Rossius soit devenu le premier consul des Pays-Bas à Liège, quinze ans après la violente séparation de 1830 et sept ans après la signature du Traité de Londres montre que l’économie prend rapidement l’ascendant sur les différends politiques. Cela ne doit pas nous étonner.  

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 R-F Dondelinger, Consul G-D de Luxembourg - Paul Delforge - D. Bronne, Consul Norvège - Albert Corhay, Recteur ULg.

 

20:05 Écrit par Pierre André dans Actualité, Histoire, Politique, Université | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

lundi, 01 juin 2015

Cordiale bienvenue à GALLINARO notre village petit, mais accueillant ...

 

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        Gallinaro est une commune italienne à mi-chemin entre Rome et Naples. D’une étendue de dix-sept km², à une altitude moyenne de 555 mètres,  elle compte près de 1300 habitants. On y trouve trois cafés, deux églises – Saint-Gérard et Santa Maria - et deux maisons y sont actuellement mises en vente dont une à 75000 €.  Il y a un vin du pays à base de cabernet auquel Gallinaro et ses ami(e)s font fête le 13 août avec la famille Visochi qui l’élève sur un sol volcanique.  Le code postal de Gallinaro est 03040 mais il ne suffit pas pour un courrier adressé rue Apruzzese. Il convient de distinguer rue Loreto Apruzzese et rue Domenico Apruzzese !

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        La proximité de l’abbaye de Montecassino fait que ce sont trois Français natifs de l’Auvergne, Gérardo, Stefano et son frère Pierre ont édifié la première église de Gallinaro en 1058. L’histoire millénaire de la commune est riche.  Elle a fait partie du Royaume de Naples. Sa devise fidélité inébranlable, elle l’a emprunté au roi Ladislas le Magnanime et à la reine Giovanna.

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        Le sindaco de Gallinaro, Mario Piselli, recevant le Corps consulaire de la Province de Liège (CCPLg) a tenu à évoquer quelques épisodes de cette histoire millénaire. Vous avez rendu un service utile à l’Italie  et aux Italiens qui, pour des raisons de travail, ont décidé, dans le temps passé,  de prendre le chemin de l’émigration et, parmi tant de nations, ont choisi la Belgique. La reconstruction de l’après-guerre, la reprise et le développement ont fait apparaître un besoin de charbon et d’acier, indispensables au progrès et au développement économique. Tant de nos pères, au  retour des divers fronts d’Europe et d’Afrique, ont  trouvé du travail et parfois la mort dans les mines à extraire  du charbon dans des conditions  précaires comme celles qu’ils  avaient connues durant le guerre et dans des ambiances pénibles  pour qui était habitué à vivre au soleil et à l’air libre. Vous, Consuls honoraires, vous avez représenté  et représentez ce qu’il y avait de mieux  à espérer à ces héros qui ont donné à la seconde  moitié des années  dix-neuf cent  la prospérité et la paix.

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         L’Administration communale que je représente en tant que Sindaco (Bourgmestre), et toute la population sont conscients que la rencontre d’aujourd’hui est un événement significatif à adjoindre  aux  annales de notre histoire ultra millénaire. Le 10 août 2001 nous avons souscrit un pacte de jumelage entre les Communes de Gallinaro et Waremme. Dans ce pacte, il est dit qu’en Belgique vit une notable quantité  de nos nationaux qui, grâce à leur capacité de travail leur créativité remarquable,  ont atteint des positions sociales éminentes. Dans cette mention il y avait la reconnaissance  de votre travail et de votre rôle insigne. Cela concerne non seulement Gallinaro avec Waremme mais aussi Frosinone avec Liège, en concordance de sentiments, d’efficience, de concorde et de paix entre les deux peuples.(…)

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         En France, cela est motif de fierté, après  1877 et ensuite dans les années qui précédèrent la première  guerre mondiale, nos modèles poseront  dans les ateliers des peintres et sculpteurs les plus en vue : Matisse, Cézanne, Rodin. Les modèles  Domenico Bevilacqua, Carolina Carlésino, Gerarda Apruzzese, Cesidio Pinatelli, n’en sont que quelques exemples.

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         Le maire Piselli et la population de Gallinaro ont été fiers d’accueillir le CCPLg dont est membre un de leur concitoyen il cavaliere Gerardo Apruzzese, console onorario. Le premier consul honoraire d’Italie à Liège en 2012 a été en effet le citoyen d’honneur de Liège, Gérard Apruzzese, né le 30 décembre 1942 à Gallinaro. Aux fêtes de Wallonie de 2011 dont l’Italie est l’hôte d’honneur, Gérard Apruzzese a pris la parole au nom des Wallons d’origine italienne. Son activité est débordante tant sur le plan économique, social au point qu’un chapitre lui est consacré dans le livre (1) du diplomate Ugo Colombo Sacco di Albiano qui célèbre cent-cinquante ans d’amitié italo-belge.

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(1)    Oltre 150 anni di amicizia italo-belga attraverso luoghi e protagonisti della diplomazia bilaterale -  Ugo Colombo Sacco di Albiano – Roma 2014 – Édition Carlo Colombo – 450 pages – 15 €   

Photos : panorama de Gallinaro  - rue de Gallinaro  - le sindaco de Gallinaro, Mario Piselli et le CCPLg (de g. à d. Georges Pire, vice-président du Conseil provincial de Liège, Fernand Goffioul Doyen du CCPLg, consul honoraire d'Espagne, Mario Piselle, sindaco,  le professeur Vacana, Gérard Apruzzese, premier consul honoraire d'Italie, Jean-Marie Roberti, SG adjoint du CCPLg, consul honoraire du Mexique)  - idem dans un ordre différent avec en plus Esther Rospella Camillo, secrétaire du dernier consul général d'Italie à Liège, Marco Riccardo Rusconi  - "Jeune Italienne à table" Paul Cézanne 1895-1900, The J. Paul Getty Museum, Los Angeles, USA - vue de Gallinaro  - Gérard Apruzzese et son épouse Carla Franchi.

00:05 Écrit par Pierre André dans Actualité, Histoire, Politique, Viticulture | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

lundi, 25 mai 2015

Le Corps consulaire de la Province de Liège à la rencontre de Lambert Darchis.

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        Le Corps consulaire de la Province de Liège (CCPLg) a célébré le centenaire de son existence en 2014 (cfr Liège 28 du 14/11/2014). Dès lors, il est permis de dire qu’il vient d’organiser, ce week-end d’Ascension, le premier voyage de son deuxième siècle. Destination Rome vu que sur les trente-cinq ambassadeurs choisis, depuis 1832, pour représenter la Belgique auprès du Saint-Siège, le poste, depuis novembre 2014, est dévolu à un Liégeois, Bruno Nève de Mévergnies. Pour la petite histoire, précisons que les relations diplomatiques entre les deux États ont été rompues par la Belgique de 1880 à 1885 à l’initiative du Chef de Cabinet et ministre des Affaires étrangères, le Liégeois Walthère Frère-Orban.

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         Outre des séances de travail au Ministère italien des Affaires étrangères, la Farnesina et à l’ambassade belge où le CCPLg a fait connaissance des consuls honoraires belges en Italie, le programme a inscrit la Fondation Lambert Darchis réservée  depuis 1696 aux artistes liégeois. C’est à ce collège que la ville de Liège doit presque tous les bons artistes, qu’elle a possédés et possède encore a estimé André-Modeste Grétry qui a été l’hôte en 1759 de la maison sise Via Monte d’Oro, acquise par les exécuteurs testamentaires de Lambert Darchis.

        Né à Milmort en 1625, Lambert Darchis se fixe très tôt à Rome où il amassa une fortune assez considérable en sa qualité d’agent de la cour selon la Biographie nationale. Celle-ci précise qu’il aimait les arts et appréciait ses compatriotes. Lambert Darchis, nature généreuse, par son testament du lundi 22 octobre 1696 crée un collège à Rome pour accueillir gratuitement, durant cinq ans  maximum, les jeunes liégeois, signalés pour leur aptitude pour les sciences et les beaux-arts.

       

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        Au 18ème siècle, les fonds ont permis d’héberger en permanence dix-huit personnes dont Jean-Noël Hamal, son neveu Henri Hamal, Léonard Defrance, André-Modeste Grétry, Joseph Dreppe. À la Révolution française, le collège est fermé mais des aides sont encore accordées. En 1823, le gouvernement des Pays-Bas reconnaît à la députation permanente du conseil provincial de Liège le droit de désigner les pensionnaires dont le nombre est de douze. En 1842, la députation permanente se plaint que les bourses Darchis soient administrées par des ecclésiastiques sous la surveillance de la cour romaine. Elle exige des administrateurs liégeois et refuse que des bourses soient accordées à des étudiants en droit ou en théologie. Rome fait le gros dos et conteste le droit de nomination à la députation permanente, lui concédant, tout au plus,  celui de faire des propositions. À la mi 19ème siècle,  un accord est trouvé, les administrateurs sont liégeois et les bourses partagées entre artistes et ecclésiastiques. Parmi les boursiers du 19ème, l’abbé Antoine Pottier, Louis Simonis, Adrien de Witte, Léon Mignon. Parmi ceux du 20ème, l’abbé Guillaume van Zuylen, l’abbé Éric de Beukelaer, Richard Heintz, Jean-Pierre Ransonnet, Maurice Musin.

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        Actuellement, au 21ème siècle, le siège de la Fondation Lambert Darchis est à Rome, 40 Via del Sudario, I - 00186 Roma, dans les bâtiments de la Fondation Saint-Julien des Flamands. Le conseil d’administration est présidé par un Liégeois, l’abbé Alphonse Borras, Vicaire général du diocèse de Liège. La Fondation Lambert Darchis est reconnue juridiquement par un acte authentique du 15 avril 2004. Cet acte précise l’objet social : la Fondation a pour fin d’offrir, selon ses facultés, par le moyen de bourses d’étude, la possibilité de bénéficier de tout ce que Rome représente en fait de richesse chrétienne et artistique, à de jeunes Liégeois désireux de compléter leur formation dans le domaine des sciences ecclésiastiques et des beaux-arts. Aucune bourse ne peut être octroyée cette année académique 2014-2015 par la Fondation, en raison des circonstances économiques actuelles et de travaux coûteux de rénovation de l’immeuble Via Monte d’Oro dont une façade arbore le perron liégeois.

 

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 Photos : ambassade belge auprès du Saint-Siège, testament de Lambert Darchis, fondation Saint-Julien des Flamands.

11:51 Écrit par Pierre André dans Actualité, Histoire, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

dimanche, 10 mai 2015

6 août et 20 août 1914, des dates qui comptent dans l'histoire de l'ULg.

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        Le mois d’août 1914 a influencé la toponymie - ou mieux dit l'odonymie - de l’Université de Liège Intra-muros, alors que le maintien de l'ordre dans la ville de Liège relève du major allemand Bayer  (cfr Liège 28 du 30/9/2014), le massacre de dix-sept civils dans nuit du jeudi 20 août perpétré par une soldatesque ivre place de l’Université a entrainé, au lendemain de la première guerre mondiale -  le lundi 30 décembre 1918 -, un changement d’appellation en place du XX Août . Une plaque commémorative rappelle aux passant(e)s, étudiant(e)s et professeur(e)s les faits. La corbeille en fer forgé destinée à accueillir les fleurs en hommage est en chômage technique depuis longtemps.

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        Sur le campus du Sart-Tilman, il y a souvenir d’août 1914 par l' Allée du 6 Août. Aucune notice n’évoque les terribles combats livrés, sous des pluies diluviennes, la nuit du 5 au 6 août par les lignards et le 1er régiment de chasseurs à pied contre les troupes allemandes qui veulent s’emparer du fort de Boncelles. La bataille du 6 août au Sart-Tilman est gagnée par les Belges sous le commandement du général Jacques - un Stavelotain mieux connu plus tard sous le nom du général Jacques de Dixmude. Le fort résiste jusqu’au 15 août à 7h30. Au matin du 6 août, l’aumônier du 1er régiment écrit : là, devant moi, gisent plus de 5 000 soldats des corps de Brandebourg, de Hanovre et de Poméranie. Le sol est couvert d’un manteau gris, parsemé çà et là de taches sombres d’uniformes de chasseurs. Pas de notice à l’Allée du 6 Août, à croire que les territoires de la mémoire se limitent à la Cité Miroiᴙ !  

       En revanche, à un mètre de la plaque Allée du 6 Août, il y a un poteau de signalisation triangle rouge renversé doublé d’une notice noire sur fond orange sur laquelle on peut lire ATTENTION CARREFOUR vous n’avez pas la priorité...

 

 

22:03 Écrit par Pierre André dans Actualité, Culture, Histoire, Liège, Université | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

dimanche, 09 novembre 2014

Jupille, une commune comme une autre en 14-18... mais une expo à voir !

        Douze siècles après avoir été cité dans un document sous le nom de Jopila, l’entité de Jupille a connu les affres de la première guerre mondiale. Aujourd’hui, une expo (1) relate le quotidien des Jupillois demeurés à Jupille ou exilés en Angleterre, en Hollande durant le conflit ainsi que le sort des prisonniers et des condamnés par l’occupant.

        En Angleterre, une amitié centenaire s’est établie entre la famille jupilloise et la famille Boyes, invitée d’honneur à l’inauguration. C’est également dans ce pays que s’est arrêté l’exode d’autres Jupillois, les Vandersmissen. Conviés par Henry Ford à séjourner aux USA le temps du conflit, ils n’ont pu franchir l’Atlantique. Henri Ford dégotte un job pour le chef de famille et le charge d’accueillir les autres Belges qui rejoignent la Grande-Bretagne.

        Bien d’autres anecdotes ont été recueillies  par la Commission d’Histoire locale de Jupille (C.H.L.J). Ainsi sont évoqués les Piedboeuf  lancés dans la chaudronnerie en 1812  et devenus un des leaders européens au 19ème siècle. Puis, en 1853, une branche de la famille opte pour la brasserie qui se crée un nom sur le marché régional. Les réquisitions de l’occupant la ramènent au niveau d’une petite brasserie locale.

        Ainsi, est exposé un exemplaire de La Meuse du mercredi 5 août – édition blanche du matin, le quotidien édite, en effet, uniquement avec d’autres articles une édition verte en fin d’après-midi. En première page, un texte signé GEO envoyé spécial à Visé relate dans le détail son voyage à vélo. Arrêté par les Uhlans qui l’obligent à abandonner son cycle, le journaliste poursuit sa route à pied encadré de deux Uhlans qui ne disent mot. Arrivé à Visé, le journaliste dépose, toujours sous la garde des Uhlans silencieux, le message au café. Le trio reprend, à pied, la route en direction de Liège. Arrivé au point de la rencontre initiale avec les Uhlans, ceux-ci lui permettent de récupérer sa bicyclette. Et GEO de pédaler à toute vitesse car il doit rédiger son article. Curieusement dans celui-ci, il ne pipe mot de ce qui s’est passé à Visé, le 4 août, où à 13h15, venant de Mouland à vélo, cinq gendarmes belges commandés par le maréchal des logis Auguste Bouko aperçoivent, à hauteur du collège Saint-Hadelin, les troupes teutonnes. Sans hésiter, les cinq gendarmes font feu sur elles. Combat inégal. Bouko meurt ainsi que Jean-Pierre Thill.

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(1)    Foyer culturel de Jupille-Wandre  - 2 rue Chafnay, 4020 Jupille - 6 et 13 novembre de 16 à 20h - 8, 9, 15 et 16 novembre de 14 à 17h.

20:08 Écrit par Pierre André dans Actualité, Culture, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

jeudi, 30 octobre 2014

Très bientôt, le 16 décembre, septantième anniversaire du début de l'Offensive von Rundstedt.

       L’année 2014 est riche en commémoration. Il y a eu le centenaire du début de la grande guerre. Jamais avant le 4 août 2014, Liège n’a vu tant de chefs d’États sur son sol. Il va y avoir, à partir du 16 décembre, commémoration du septantième anniversaire de l’offensive von Rundstedt qui est connue aussi sous le nom de bataille des Ardennes, Wacht am Rheinou encore Battle of the Bulge. Jamais avant le samedi 16 décembre 1944, les Ardennes n’ont vu tomber tant d’avions sur son sol. Ainsi, en voulant ravitailler Bastogne, rien qu’entre le 23 et le 27 décembre 1944, 18 C 47 se sont écrasés atteints par l’artillerie antiaérienne ou les avions de chasse allemands.

        En 2010, un groupe d’Ardennais originaires du village de Brisy ont décidé d’en savoir davantage à propos d’un avion qui s’est écrasé, le 27 novembre 1944, non loin de leurs fermes au lieu-dit Drogny. Via des recherches sur Internet notamment sur U.S. Army Air Forces of World War II, Missing Air Crew Report, ils ont découvert que l’avion – un Lockheed Hudson – effectuant, au départ de l’aéroport anglais de Tempsford, une mission de dépôt à l’arrière des lignes allemandes d'un agent secret Paul Penczock, a été abattu, au retour, dans des conditions qui demeurent mystérieuses. Poursuivant leurs recherches, opiniâtres comme seuls les Ardennais le sont, ils sont entrés en contact avec les familles de l’équipage. Avec le soutien de l’administration communale de Gouvy, ils ont érigé un monument à la mémoire des pilotes, le long de la route allant à Cetturu, 300 m à droite avant le pont sur l'Ourthe.

 

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       Ensuite, les Ardennais de Brisy se sont intéressés à un autre avion – un B 24 – qui s’est écrasé, à midi, le jour de Noël, dans le village voisin, Rettigny. Ce B 24 après avoir bombardé les nœuds routiers et ferroviaires de l’Eifel a été attaqué à hauteur de Saint-Vith avant de choir à Rettigny. Le devoir de mémoire s’est aussi traduit par un monument inauguré en 2012 en présence de membres des familles de l’équipage.

 

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        Enfin, les Ardennais de Brisy ont retrouvé trace d’avions abattus à Cornemont, Malempré, Dochamps, Rachamps, Rogery, Champlon, Habay-la-Neuve, Vielsalm, Habièmont, Les Tailles, Houffalize, Bastogne, etc. Ils sont, actuellement, à la recherche d’éléments complémentaires sur deux bombardiers Lancaster de la Royal Air Force qui se sont écrasés la nuit du 5 au 6 janvier 1945 sur le territoire d’Houffalize. Toutes les informations recueillies, très souvent illustrées, font l’objet d’articles sur le site http://ardennesavions45.blogspot.be/ répertorié dans la rubrique divina lectio de Liège 28 sous le titre 40-45, Avions abattus dans les Ardennes  

 

Légende des photos :

1- Steve Wilkinson et Valérie Feret, neveu et nièce de Reginald Wilkinson, pilote du Hudson.

2- En compagnie de Paul Remy, un des Ardennais de Brisy, Barbara Szabunka et son mari Stanley rencontrent Louis André, témoin du drame qui a couté la vie de son oncle le S/Sergent Peter Hardick, le jour de Noël 1944.

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mardi, 30 septembre 2014

1914 : Août et septembre au jour le jour à Liège.

        Le vendredi 7 août 1914, l’agence de presse berlinoise Wolff  lance une dépêche : la forteresse de Liége est prise (…) Ce matin, à 8 heures, la forteresse était au pouvoir de l’Allemagne. Elle signale également que Guillaume II, a accordé pour ce haut fait d’arme, l’Ordre Pour le Mérite au général d’infanterie Otto von Emmich. Si, effectivement, Liège est aux mains des Allemands, la PLF (Position fortifiée de Liège) résiste, les forts tiennent bon. Le Tzar Nicolas félicite le Roi Albert et le Président Raymond Poincaré octroie la Légion d’honneur à Liège.

        Le mercredi 19 août 1914, le Nieuwe Rotterdamsche Courant annonce qu’à l’usine Cockerill, les ouvriers refusent de fabriquer des munitions pour les Allemands. Le colonel Keppel propose, en vain, d’augmenter leur salaire de 50%. En vue de les séduire, ce colonel leur signale avoir été  Attaché du Gouvernement allemand à l’Exposition de Liége. Effectivement, en 1905, il a succédé en qualité de Commissaire général de la section allemande à M. Riese - directeur général des Deutsche Waffen und Munitionsfabriken - décédé. Mais la présence allemande à l’Expo a été exclusivement d’ordre privé car le gouvernement Impérial crut devoir s’abstenir d’une participation officielle qui eut entraîné le monde industriel dans une entreprise dont le succès ne semblait pas devoir payer les frais !

        Le jeudi 20août 1914, le massacre de la Place de l’Université a lieu. Le commandement de la place de Liège, le major Bayer, s’en explique : c’est moi qui ai fait régner l’ordre le 20 août à Liège. Il le fallait bien, on tirait sur nous. Des Russes ont tiré à bout portant sur nos hommes. Réplique du conseiller communal socialiste Clajot : Singulière façon de vous venger en faisant massacrer des Espagnols et des Liégeois.     

        Le vendredi 21 août 1914, le bourgmestre Gustave Kleyer fait apposer cet avis à la population : Les portes d’entrée  des maisons doivent rester ouvertes toute la nuit. Les fenêtres de la façade vers la rue doivent être éclairées ; les volets, les persiennes, resteront relevés. La circulation cessera à partir de 7 heures (heure allemande) (6 h. belge).  Les cafés seront fermés à la même heure. En revanche, à Herve, autre affiche signée l’échevin Cajot et le juge de Francquen : PAR ORDRE DE L’AUTORITÉ ALLEMANDE  À partir de 8 heures du soir (7 h. belge) il ne peut plus y avoir de lumière aux fenêtres des maisons de la ville de Herve. La patrouille a ordre de tirer dans toute fenêtre éclairée, donnant sur la rue. L’Allemagne pratique l’heure d’été et Belgique pas. D’où, ce double horaire.

        Le mercredi 2 septembre 1914, pour la troisième fois, les Liégeois propriétaires de chevaux doivent venir, avec harnachement et selle, les présenter place Saint-Lambert. Le général Kolewe prévient : Pour tout cheval utilisable qui sera soustrait à cette revue, la ville aura à payer une amende de 1000 francs.

        Le samedi 5 septembre 1914, le pont de bateaux établi sur la Meuse à proximité du Pont des Arches est démantelé de sorte que la navigation des péniches est rétablie.

liebknecht.jpg         Le lundi 7 septembre 1914, le fils de Wilhelm Liebknecht, co-fondateur en 1863 du parti social-démocrate, Karl Liebknecht, député au Reichstag descend au Grand Hôtel, Place Verte. Sans nouvelle de son beau-frère Beba, un étudiant russe à l’Institut Montefiore, il vient s’enquérir de la situation auprès des camarades socialistes dont les députés  Léon Troclet, Joseph Bologne et le conseiller communal Clajot.  En compagnie des deux derniers, il se rend, le mardi, à Namur en passant par Andenne, ville martyre. Karl Liebknecht demande un rapport sur ces atrocités. Il obtient du colonel Renner, la libération d’Andennois, prisonniers à la Chartreuse. Au retour de Namur, le mercredi, il loge au Grand Hôtel et prévoit le lendemain de se rendre à la Maison de Peuple à Bruxelles en s’arrêtant à Louvain.

         Le jeudi 10 septembre 1914, à hauteur de Tirlemont, la voiture se trouve devant des soldats allemands qui déplorent la mort de trois des leurs, victimes de francs-tireurs. Déjà, des fermiers flamands sont arrêtés. Un interrogatoire approfondi – la présence parlementaire  a du bon - les disculpe. Les auteurs de l’embuscade sont des soldats belges. D’autres soldats belges surgissent. C’est la débandade du peloton germain. La voiture de Karl Liebknecht et ses deux cicérones liégeois parvient, via Wavre, à rejoindre, à 16h, la Maison du  Peuple où les attendent le SG du POB, Laurent Vandersmissen et Kamiel Huysmans, Secrétaire du Bureau socialiste international.Horta.jpg

Aux élections de 1912, le SPD a récolté plus d’un tiers des suffrages (110 parlementaires sur les 397du Reichstag) et le parti catholique – Zentrum – avec moitié moins de voix parvient à obtenir 91 sièges. Les socialistes belges reprochent à leur interlocuteur le vote de crédits militaires par des élus SPD. Karl Kiebknecht explose : est-ce que l’on peut vraiment croire que moi, Liebknecht, fils de  Wilhelm Liebknecht, je pouvais voter les crédits de guerre ? Après avoir trouvé le gite chez Huysmans, il ramène ses cicérones à Liège et leur donne une recommandation : un conseil, beaucoup de calme, beaucoup de prudence.

        Le samedi 12 septembre 1914, l’usine à gaz de la rue des Bayards fonctionne à nouveau. C’est un mieux pour les Liégeoises et Liégeois.

        Le lundi 14 septembre 1914, la circulation est autorisée jusqu’à 20h. (h. allemande). Il n’est plus nécessaire de laisser les fenêtres éclairées et les portes d’entrée ouvertes.

        Depuis l’arrivée des Allemands à Liège, la langue wallonne est de plus en plus pratiquée à Liège. Nos concitoyen(ne)s se méfient d’être entendu(e)s par des oreilles malveillantes lorsqu'ils commentent des faits de guerre telle la victoire de Joffre sur la Marne, rapportés par la presse étrangère importée clandestinement.

        Le jeudi 17 septembre 1914, il est interdit de conduire une voiture, une moto, un vélo sans un permis. De même, il est interdit, sous peine d’une amende de 3000 marks et de saisie de l’appareil, de photographier sans autorisation, autorisation systématiquement refusée.

        Le mardi 15 septembre 1914, à la Maison-Blanche à Washington, le Président démocrate Wilson reçoit la délégation belge conduite par le Ministre de la Justice, Henry Carton de Wiart.  Dans Souvenirs politiques, celui-ci écrit : Le Président nous apparut  de type professoral, plutôt sec avec "la longue mâchoire à double détente" suivant une formule assez fréquente chez ses concitoyens. L'accueil qu'il nous fit fut très digne. Je donnai lecture du message solennel dont nous avions soigneusement mesuré les termes. Dans sa réponse, et à l'accent même qu'il y mit, nous sentîmes que cet homme droit comprenait tout ce que la cause de la Belgique représentait du point de vue de la justice immanente. Il marqua en effet une sympathie attentive pour l'exposé que nous lui fîmes, et au cours duquel nous lui demandâmes notamment d'intervenir pour le ravitaillement de notre malheureux pays, menacé par la famine.

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        Le gouvernement de Broqueville a décidé, début septembre, l’envoi aux États-Unis d’une mission de cinq personnes dont Vandervelde et Hymans afin de contrer la yellow press. Celle appellation d’une presse populaire et très influente vient de Yellow Kid, une série assez vulgaire lancée, en 1896, par le magnat de presse William Hearst.  La yellow press dont de nombreux lecteurs sont des descendants d’émigrants allemands arrivés aux USA à bord des navires de l’Hamburg América Line, se montre favorable aux thèses austro-allemandes. Elle a notamment publié le télégramme du Kaiser déclarant avoir le cœur brisé par les événements de Louvain provoqués par les francs-tireurs belges parmi lesquels se trouvent des infirmières et des prêtres ! La yellow press critique la venue à la Maison-Blanche de la mission belge car elle la juge en contradiction avec la déclaration américaine du 4 août de s’en tenir à une neutralité stricte dans le conflit européen.  

 

 

 

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lundi, 15 septembre 2014

Osons DISON et son Centre Culturel !

 

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        Commune limitrophe de Verviers, la troisième ville de la province de Liège, Dison, fusionnée avec Andrimont en 1976, a une longue histoire qui la voit accueillir, au début de la révolution industrielle, des entreprises tout en conservant des pâturages. Pas étonnant qu’aujourd’hui sur son site Internet, Dison se présente entre ville et campagne. Située dans le département de l’Ourte (numéroté 96), Dison est érigée en commune en 1797. La première administration s’installe au premier étage de la sacristie de la chapelle vouée à Saint-Fiacre.

        En 1830, des Disonnais participent à la Révolution de septembre. Ce qui vaut à Dison l’honneur de recevoir le drapeau 1830  aux nouvelles couleurs nationales. Ce drapeau est distribué avec parcimonie. Sur les 2739 communes que compte le Royaume à l’époque, 98 seulement reçoivent l’étendard rappelant leur courage et leur détermination à faire triompher la Révolution.

        En 1914, la palme du plus jeune volontaire de guerre semble devoir être attribué au matricule 156/7674 du 6e Régiment d’Artillerie, Joseph Meessen, né à Dison le 6 décembre 1900. À son retour de guerre, son papa, distillateur à Thimister, crée le Bitter de la Victoire.

        Dison est une commune où il fait bon vivre, dont la population  y croît. En 2004, 13.961 habitants dont 8%61de non-Belges, en 2013, 15.368 habitants dont  12%59 de non-Belges. Le Bourgmestre Yvan Ylieff, en charge du mayorat depuis la fusion en 1976 mais déjà bourgmestre d’Andrimont depuis 1972 est le fils cadet d’un Bulgare immigré. Yvan Iliev Brastinkoff, contraint à l’exil suite à l’insurrection du 23 septembre 1923 à Sofia, expulsé de France, entré tôt en résistance contre le fascisme et le nazisme,  époux d’une Liégeoise catholique de gauche qui lui donne cinq enfants dont Yvan, licencié en histoire de l'ULg, député et ministre.

        Dison a un centre culturel (1) aux activités variées tel un itinéraire 14-18, dans la région avec Georges Zeyen dimanche prochain ou en octobre, découverte de  Bruges sous un angle original : la vie des soldats de la Première guerre Mondiale.

        En collaboration  avec le CRVI et l’ADL, le Centre Culturel de Dison organise Des Hauts Débats (2). Le premier invité n’est autre que François Gemenne qui face à la presse verviétoise aborde le thème Immigration, problème ou solution? François Gemenne est chercheur en science politique à l'université de Liège (CEDEM) et à l'université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (CEARC). Il est expert associé au CERI (Centre d’études et de recherches internationales). Associé au CNRS depuis 1967, le CERI est devenu en 2002 une Unité mixte de recherche (UMR) sous la double tutelle de Sciences Po et du CNRS. François Gemenne a la réputation – depuis un certain passage a Salut les Terriens - de ne pas pratiquer la langue de bois. Dison, un régal, le 18 septembre !

 

(1)    Centre Culturel de Dison - 2 rue des Ecoles B-4820 Dison -  087 / 33 41 81

(2)    Jeudi 18 septembre 2014 - 19h - Salle Le Tremplin (rue du Moulin, 30a - 4820 Dison - à côté de l’Intermarché)  - P.A.F. : 2€ - Infos et réservations : 087/33 41 81 - info@ccdison.be

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lundi, 01 septembre 2014

De passage à Liège, le duc de Richelieu s'intéresse à la Binamêye revolucion.

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        Petit-neveu du Cardinal de Richelieu, Armand-Emmanuel du Plessis, duc du Richelieu sollicite en 1790, des autorités françaises issues de la Révolution un passeport pour remplir ses engagements. En effet, quoique Français, le duc s’est mis au service de la Russie. Potemkine a besoin  de ce jeune Français – né le jeudi 25 septembre 1766  - pour mener à bien la guerre contre l’Empire ottoman, conflit entamé en 1787 dans le but de permettre à la Russie d’accéder aux mers du Sud.

        Le passeport est octroyé. Le duc n’est pas considéré tel un émigré dont les biens sont saisis. En revanche, il promet de revenir  aussitôt la guerre finie et désire que les connaissances qu’il acquerra le mettent  à la portée de concourir un jour à la gloire de la patrie.

        Le duc se met en route. Le jeudi 2 septembre 1790, celle-ci l’amène à Liège une grande ville sur la Meuse : elle peut contenir trente mille habitants ; on ne peut pas dire qu’elle soit belle, mais elle est peuplée et vivante, ce qui fait qu’elle paraît assez agréable.

        Ce diplomate,  bon enfant des Lumières, tendance Fénélon et Montesqieu, est au courant de la Binamêye revolucion  du 18 août 1789. Cette révolution, qui, à juste titre, a attiré l’attention de l’Europe, est une des singularités de l’époque dans laquelle nous vivons.

        Le duc fait remonter les causes de cette Binamêye revolucion  à la position prise par le Prince-Évêque  Maximilien-Henri de Bavière. La source des différends des États et de l’Évêque est l’élection des magistrats. Jusqu’en 1684 le peuple a joui du droit de les élire. À cette époque un évêque qui était de la Maison de Bavière, et sûr par conséquent d’être soutenu dans ses entreprises, prétextant les troubles que ces élections occasionnaient, s’empara du droit de les nommer, et depuis ce moment les évêques ont toujours joui de cette prérogative.

        L’année dernière, la révolution de France ayant donné le branle à tous les esprits, la suite est connue.  La Chambre impériale de Wetzlaer s’en mêle et ordonne au roi de Prusse, en sa qualité de duc de Clèves, de faire marcher un corps de troupes contre les révolutionnaires principautaires. Mais surprise, ceux-ci reçoivent ses troupes en libérateurs. En effet, ils étaient à peine dans Liége que le Roi de Prusse fit faire à l’Évêque des propositions tendant à remettre les choses sur le pied où elles étaient avant 1684, ce qui était précisément le point de la contestation.

        Le Prince-Évêque Constantin-François de Hoensbroeck s’entête, dit non. La Chambre impériale de Wetzlaer s’obstine et envoie de nouvelles troupes. Telle est la situation au moment où le duc de Richelieu reprend  la route le samedi 4 septembre 1790.  De dessus cette hauteur, on a encore une très vue de la ville de Liége et de toute la vallée où elle est située. Le pays que l’on traverse est superbe et très peuplé, il est surtout fertile en pâturages et la quantité des bestiaux est énorme.

        Le duc de Richelieu arrive à temps en Russie pour participer  le mercredi 12 décembre 1790 à la bataille victorieuse d’Ismaël. La tzarine Catherine II lui remet une épée en or et le décore de l’ordre de Saint-Georges. En 1792, le traité de Iassy accorde la Crimée à la Russie.

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mardi, 29 juillet 2014

1914 viol d'une neutralité

        Depuis 1839 et une confirmation en 1870, le Royaume de Belgique a vécu sous un régime de neutralité garantie par les Puissances. Certes, au sein du gouvernement, il y a un ministère de la Guerre mais l’armée est composée de miliciens tirés au sort. Il est permis à qui a tiré un mauvais numéro de se faire remplacer moyennant finances – 1000 à 1600 francs, fin 19ème – par quelqu’un qui en a tiré un bon. Celui-ci connaît ainsi durant au moins 15 mois, la promiscuité et l’immoralité (le 19ème est prudissime) des casernes. Le mardi 14 décembre 1909, Léopold II signe la loi organisant le service militaire personnel. Cette loi a été votée le vendredi 12 novembre  1909 par une majorité circonstancielle groupant l’opposition libérale et socialiste et des députés catholiques. Le chef de file des conservateurs de droite, CharlesWoeste reproche au premier Ministre François Schollaert de passer à gauche avec armes et bagages.

        La neutralité a eu un coté quelque peu euphorisant. Pour preuve, cette déclaration du mardi 6 juin 1899, du Président de la Chambre, Auguste Beernaert, à la 1ère Conférence de la Paix à la Haye : Quant à la Belgique, vous le savez, sa situation est spéciale. Elle est neutre et cette neutralité est garantie par les grandes puissances et notamment par nos puissants voisins. Nous ne pouvons donc pas être envahis.

        D’autres parlementaires sont moins naïfs. Au lendemain de la deuxième Conférence de la Haye, un rapport parlementaire précise : Pour observer la neutralité, un État doit non seulement s'abstenir de prendre part directement aux conflits entre d'autres États, mais encore veiller au maintien de l'intégrité de son territoire et empêcher que les belligérants en usent dans un but hostile, soit pour y faire des incursions, soit pour le traverser. Le devoir imposé au neutre de défendre sa neutralité n'est donc ni moins formel ni moins impérieux que celui qui impose le respect de la neutralité au belligérant.

        Tirant les leçons de la guerre franco-allemande de 1870, le gouvernement belge décide d’accroître la défense du Réduit d’Anvers de nouveaux forts et de faire de Liège et de Namur des positions fortifiées. Le lieutenant-général Henri-Alexis Brialmont est chargé de l’exécution de cette tâche. Il dépasse le budget alloué et a l’audace de demander des crédits pour construire un treizième fort à Lixhe. Refus du Parlement. Réplique de Brialmont : Messieurs, vous en pleurerez des larmes de sang...De fait, le mardi 4 août 1914, la trouée de Visé a permis aux hussards de la mort de franchir la Meuse en aval de cette ville dès les premiers jours de guerre.

        Au moment de son accession au trône le jeudi 23 décembre 1909, le Roi Albert sait que la neutralité belge est menacée. Le lundi 11décembre 1911, son oncle, le Roi Carol 1er de Roumanie confie à son représentant le miracle de 1870 ne se renouvellera pas. La Belgique doit avoir à sa  disposition des troupes importantes si elle veut éviter le pire (…) Vous mériteriez une raclée pour vous apprendre à faire les sacrifices nécessaires. D’origine allemande, Carol 1er est peu ou prou au courant des plans de l’État-Major allemand établi sous la direction du comte von Moltke, plans prévoyant un droit de passage sur le territoire belge.

        Averti des confidences roumaines, Charles de Broqueville – Chef de Cabinet depuis le samedi 17 juin 1911 – porte toute son attention aux questions militaires. Le mardi 12 novembre 1912, il prend en charge le ministère de la Guerre. Les débats parlementaires de 1913 aboutissent au vote de la Loi de Broqueville instituant le service militaire personnel, généralisé, obligatoire. Une réorganisation du commandement des armées est en cours. En janvier 1914, l’ancien responsable de l’éducation militaire du Prince Albert, héritier présomptif du Trône depuis la mort de son frère Baudouin le mercredi 21 janvier 1891,   le lieutenant-général Gérard Leman est nommé commandant de la position fortifiée de Liège et de la 3e division d'armée.

        Ces bouleversements de la politique belge ne changent guère l’opinion de l’Attaché militaire près de la Légation de France, le colonel Eugène Génie qui le 12 novembre 1912 a écrit : le gouvernement catholique de Bruxelles ne manque aucune occasion de manifester sa partialité contre la France en faveur de l’Allemagne. Quelques mois plus tôt – le mercredi 21 février 1912 exactement – le général Joseph Joffre, partisan de l’offensive à outrance, a préconisé au Quai d’Orsay une entrée préventive de l’armée française en Belgique.

        Le mardi 4 novembre 1913, le comte de Rethy – c’est sous ce nom évoquant des terres campinoises dont son père Philippe a hérité de Léopold Ier que le Roi Albert voyage incognito – se rend à Lunebourg, en Basse-Saxe, où est cantonné le 2ème Régiment des dragons prussiens. Le Roi Albert est, en effet, le colonel en chef de ce Régiment tout comme l’a été son oncle Léopold II. Après avoir inspecté ses troupes, il gagne Postdam où l’Empereur Guillaume II de Hohenzollern le reçoit à dîner, un dîner familial, le 5 novembre. Le jeudi 6, promenades et de nouveau un dîner mais de gala cette fois en l’honneur du Souverain belge.

        À l’issue de ce repas,  conversation prolongée entre le général von Molkte, le visage dur, et Albert, l’air troublé. Le soir, de retour à Berlin, le Roi prie son ministre Eugène-Napoléon Beyens de passer le voir le lendemain matin. Le vendredi 7, dans le parc de Thiergarten, Albert raconte ses entretiens avec l’Empereur qui est convaincu que la guerre avec la France excitera en Allemagne un enthousiasme universel ! Soucis royaux, Beyens demande l’autorisation de rapporter, en toute discrétion, ces propos à son collègue français Jules Cambon. Prenant congé de son ministre, Albert précise ne manquez pas d’aller voir Monsieur Cambon ! Réaction de celui-ci : l’Empereur conseillait à la Belgique d’être sa complice si elle ne voulait pas être sa victime.

        Les archives de Liège 28 (cfr 2 août2009, 1 septembre 2009 et 12 septembre 2009) retracent ce qui s’est déroulé en juillet et août 1914 tant à Bruxelles qu’en région liégeoise.

        Notre article risque d’être incomplet s’il ne signale pas que mardi 4 août 1914 - date de l'enterrement de Jaurès - marque le début de la réalisation de la prophétie datant de 1778 de l’Impératrice Marie-Thérèse d’Autriche : La monarchie des Hohenzollern sera un jour la source de malheurs infinis non seulement pour l’Allemagne, mais aussi pour toute l’Europe ! 

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vendredi, 27 juin 2014

Charlemagne à l'école.

         Vive les vacances, plus de pénitences, les cahiers au feu le maître au milieu ! est une comptine en pleine actualité. Certes, nul enfant ne l'a chanté au temps de Charlemagne auquel France Gall a attribué, en 1964, la création de l’école. C’est une affabulation – ni la première, ni la dernière – dont Charlemagne est victime. Aussi, à l’occasion des commémorations du 1200ème anniversaire de la mort de l’Empereur d’Occident, l’Institut du Patrimoine wallon et l’Archéoforum ont fait œuvre saine en organisant l’exposition Charlemagne à l’école sous-titrée Les représentations iconographiques de l’empereur d’Occident dans les manuels scolaires belges francophones (1).

  

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        Les écolières et écoliers en vacances doivent se faire un plaisir d’emmener leurs grands-parents visiter cette exposition. D’une part, c’est une manière gentille de raviver les souvenirs de jeunesse de Mamy ou de Papy.

         D’autre part, c’est une manière élégante de montrer que l’école – quel que soit le réseau – peut être utilisée à d’autres fins qu’apprendre les joies de la lecture, de l’écriture, du calcul et d’autres plaisirs. Une de ses autres fins est notamment d’exalter telle ou telle passion.2.jpg         La formation en Belgique du mythe de Charlemagne -  personnage important de l’Histoire par ailleurs – est un bel exemple. Suite à la révolution de septembre 1830, le Royaume de Belgique accepté par les Puissances éprouve le besoin de se constituer un passé. Il s’invente toute une panoplie de gloires nationales parmi lesquelles les jeunes Belges retrouvent Charlemagne, empereur d’Occident,  Boduognat, chef de la tribu celte des Nerviens, Clovis roi des Francs. Le concepteur de l’exposition Charlemagne à l’école Michaël Antoine, agrégé en histoire met en relief ces errements qui ont pris fin dans la décennie cinquante. Il est vrai qu’à cette époque il devient malaisé de ranger dans la catégorie gloires nationales belges Charlemagne un nom donné par le régime nazi à la 33ème division des Waffen SS qui s’est notamment distinguée dans la défense du Bunker d’Hitler lors de la bataille de Berlin en 1945.

        Aujourd’hui, l’apprentissage de l’histoire se fait d’une autre manière. C’est heureux. Du moins en principe. En effet, quel n’a pas été l’étonnement d’une guide nurembergeoise présentant, à des étudiants français, quelques une des quarante statues ornant le Schöne Brunnen s’est entendu poser la question : c’est qui ça Charlemagne ?

 

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(1              (1) Charlemagne à l’école – Archéoforum – place Saint-Lambert Liège – en période non scolaire, du mardi au samedi de 10h à 17h – renseignements 04 250 93 70 infoarcheo@idpw.be

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mercredi, 14 mai 2014

Une TPE liégeoise - ANDRĀS - restaure lampadaires et lustres en vue du 4 août 2014.

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       Agée de 88 ans, la Reine Elizabeth II a confié à son petit-fils William – Prince du Royaume-Uni, duc de Cambridge – et à son épouse Kate, le soin de la représenter aux commémorations du centenaire de la Première Guerre  mondiale qui se dérouleront à Liège, le 4 août prochain. Des invitations ont été adressées par le Roi Philippe à 84 Chefs d’État pour assister à ce moment d’histoire qui va commencer au Mémorial Interallié de Cointe.

      La construction à Liège de ce Mémorial a été décidée, à Rome en 1925 lors d’un Congrès de la Fédération Interalliée des Anciens Combattants (FIDAC) présidée par le journaliste Charles Bertrand – député de la Seine de 1919 à 1928,  capitaine blessé à quatre reprises durant la Guerre.  Si certains Liégeois rêvent de l’édifier au confluent de la Meuse et de l’Ourthe, un concours international d’architecture est lancé. L’Anversois Josef  Smolderen l’emporte avec un projet d’élever une tour de 75 mètres de haut sur la colline de Cointe dont le sous-sol est truffé de galeries d’anciennes exploitations minières.

      Entamés en 1928, les travaux ne s’achèvent que 10 ans plus tard, financés par souscription publique des divers pays qui se sont alliés à la Belgique afin de vaincre l’envahisseur germanique. Moderniste, l’architecte Josef  Smolderen a doté Liège d’un monument Art Déco visible de loin sur lequel il a prévu d’installer un phare. En mai 1944, lors des bombardements préparatoires à la Libération, la tour a été atteinte à la base. Une première restauration a été suivie d’une deuxième inauguration royale en 1968.

     Une rénovation s’est imposée en vue de la commémoration de 14-18. Les travaux, financés pour  partie par la Loterie nationale, ont été confiés par la Régie des Bâtiments à une entreprise familiale de Tournai Monument Hainaut  spécialisée dans la restauration du patrimoine.

     Une TPE (Très Petite Entreprise) liégeoise – ANDRĀS – a pris en charge les 24 lampadaires Art déco imaginé par Smolderen. 24. C’est beaucoup dire car dix n’existaient plus et quant aux quatorze, ils se trouvent en piteux état. Comme le dit Andrās Heine – fils du fondateur de  la TPE en 1934, le Hongrois Sāndor (1) - : la restauration demande le talent d’un maître-artisan. En effet, restaurer n’est pas réparer. C’est remettre en état un objet d’art tel qu’il a été conçu tout en respectant les normes techniques actuelles. C’est recréer ce qui a été détruit ou créer ce qui aurait pu exister, tout en répondant aux normes sévères de sécurité. Dix lampadaires ont donc été reconstruits à l’identique, les autres remis à neuf. Outre les lampadaires du Mémorial Interallié, les invités officiels du 4 août tels William et Kate verront,au déjeuner offert au Palais provincial, des lustres restaurés par cette même TPE liégeoise.

      Andrās s’est spécialisé dans les pièces en  bronze et laiton coulé. Il propose des créations uniques et numérotées, classiques ou contemporaines. Joaillier de la lumière, il perpétue un métier artisanal et un savoir-faire vieux de plusieurs siècles.

      Dans les années 60 - il apprenait son métier de son père Sāndor -, avec un groupe de copains  (Joseph Ruelens,  Claude Rinné,  Henri Malinovski,  Guy Defawe,   André Baptiste)  Andrās  Heine a dirigé un groupe de rock  Les Chouchous. Ils se sont produits au Golf Drouot, temple parisien de ce type de musique, ont remporté le Prix du concours des orchestres amateurs.  Leur local de répétition ? Le Castel  situé à un jet de pierre du Mémorial Interallié de Cointe !

(1)  À l’occasion de son quatre-vingtième anniversaire, Andrās – seule lustrerie traditionnelle en Wallonie aujourd’hui alors qu’à Liège, il y en avait une trentaine en 1934 – organise les 17 et 18 mai, de 10 à 18h, des journées portes ouverte de son atelier, 77 rue Jacob-Makoy, Liège

www.andras.be

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dimanche, 11 mai 2014

La commune d'Ans décerne ce samedi 17, le Prix Hubert Goffin

      Le vendredi 28 février 1812,  Ans a connu une terrible catastrophe à la mine de houille du Beaujonc. À 170 mètres de profondeur, 127 mineurs sont  surpris par un coup d’eau. Si 35 parviennent à remonter à  la surface, 92 demeurent  emprisonnés. Au bout de  cinq jours, 70 mineurs emmenés par Hubert Goffin échappent à la mort. 22 de leurs camarades ont péri (cfr Liège 28 du 27/2/2012). 

      Dès le 12 mars 1812, l’Empereur Napoléon décrète Chevalier de la Légion d’Honneur, Hubert Goffin, premier ouvrier français à être promu dans cet ordre prestigieux. Deux ans et demi plus tard – peut-être sur les conseils de sa maîtresse Henriette d’Oultremont, issue d’une famille de haute noblesse liégeoise -, le souverain des Pays-Bas agrandis notamment de l’ex-Principauté de Liège lui accorde le titre de Chevalier du Lion dont la devise est virtus nobilitat (le courage ennoblit).

      La commune d’Ans décide, en 2013, sur proposition de l’Échevin Henri Huygen, d’appeler Prix Hubert Goffin, l'ancien Prix de la citoyenneté et de la solidarité. Ce 17 mai, à 11h dans les salons de l’Administration communale (1), le Prix Hubert Goffin va être remis,  pour leur implication au sein de notre commune, à quatre personnalités.

      Honneur aux dames si l’on peut dire. En effet, il n’y a qu’une femme – madame  Marcelle Peulen - parmi ces personnalités. On est loin de la parité femme/homme. Marcelle Peulen est une bénévole toujours prête à rendre service. Un autre lauréat  - Antonio Izzi – peut être classé dans la même catégorie que Marcelle Peulen. Son bénévolat s’est porté sur une personne handicapée de la commune pour  laquelle Antonio Izzi a toujours été disponible.

    Les deux autres lauréats du Prix Hubert Goffin – Claude Raucy et Joseph Deleuse - ont en commun d’avoir été enseignant et d’être écrivain. Le Gaumais Claude Raucy confesse : je déteste écrire. Être seul dans un bureau face à un ordinateur plutôt con, quelle horreur ! Alors, pourquoi continuer ? Pour le plaisir d’avoir des lecteurs. Et de les rencontrer ! Et des lecteurs, il en a à profusion tant il excelle en roman (dont  L’auberge de l’Antoinette - Prix Baron de Thysebaert 1990), poésie (dont Maraudes - Prix Nicole Houssa), théâtre (dont une Le doigt tendu a été jouée en Avignon en 2008),  essais, chansons, nouvelles, etc.  Claude Raucy a publié Hubert Goffin, le chevalier de la mine. Le secrétaire perpétuel de l’Académie Royale Luxembourgeoise a quitté l’enseignement  en 1997, certes pour écrire davantage mais surtout parce que  les femmes politiques en charge de la culture (?), particulièrement une certaine L.O., l’ont fait avec dégoût fuir un monde de médiocres et de démagogues.

      L’écriture, la marche sont les dadas du quatrième lauréat du Prix Hubert Goffin Joseph Deleuse qui a la bosse des mathématiques. Il l’a enseignée durant quarante ans au collège épiscopal Saint-Barthélemy de Liège à des mômes. Ceux-ci devenus adultes se révèlent, par exemple, ministres tels Thierry Detienne, Jean-Claude Marcourt, champion du monde de tennis de table tel Jean-Michel Saive, artistes tels Alain De Clerck, Pierre Theunis,  professeurs d’Université tels Marcel Crahay, Georges Hübner , Bernard Thiry, Robert Halleux ou encore auteur tel  René Swennen. Enseignant,  Joseph Deleuse est aussi conférencier attaché au Services des Affaires Culturelles de la Province de Liège. Sujets préférés, l’eau et  le vin. Retraité, il publie Le vallon de la Légia, L’Eau Roland et ses Fontaines, Le vin en Belgique, hier et aujourd’hui. Il y met en valeur les Coteaux de la Légia exploités par la Confrérie des Vignobles d’Ans et Environs (COVAE) www.covae.be

(1)   Esplanade de l'Hôtel communal, 1 - 4430 ANS

 Ci-dessous, signature de Hubert Goffin conservée au Musée national de la Légion d'honneur et des Ordres de Chevalerie - 2 rue de la Légion d'honneur Paris 7ème.

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mardi, 06 mai 2014

Charlemagne et Liège: il est grand temps d'aller voir cela au Grand Curtius !

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       S’il ne fait nul doute que Charlemagne soit mort, à Aix-la-Chapelle, le 28 janvier 814, d’une méchante pleurésie, le lieu de sa naissance reste indéterminé. Rien que dans la région liégeoise, Herstal et Jupille se disputent cet honneur. À l’inauguration de l’exposition Charlemagne et Liège (1), il s’est raconté que récemment, la ville d’Herstal a été très surprise d’entendre un participant à un colloque savant lui assurer que le concitoyen qu’elle revendique est né … aux abord de Paris ! Il vrai qu’en le présentant tel un homme d’État français, un autre biographe prétend qu’il est né au château de Saltzbourg dans la haute Bavière

      Retour à l’exposition Charlemagne et Liège organisée à l’initiative des Disciples de Charlemagne, une confrérie jupilloise philanthropique fondée à la Libération. Confrérie septuagénaire, sa devise : s’amuser pour faire plaisir aux autres. Michel Faway la préside.

     La présentation de la dynastie carolingienne ne fait pas mention qu’avant d’être sacré empereur d’Occident à Rome par le pape Léon III,  le jour de Noël 800, Charlemagne a été, en 768, sacré Roi de France, à Noyon. Évêché inauguré par Médard, un saint peu apprécié par les Disciples de Charlemagne vu ses rapports avec la pluie. Après Charlemagne, tous les Monarques de France (à l’exception de Napoléon 1er  et Louis XVIII) jusqu’à Charles X  ont choisi  Reims pour y être sacrés.  

      Autres pièces exposées : des carolus susceptibles d’intéresser les numismates et autres vestiges carolingiens.

      Signalons également la part généreuse faite à la statue équestre de Charlemagne.   Dans l’esprit du sculpteur Louis Jehotte, seule la place Saint-Lambert dégagée de tout débris de la Cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Lambert est digne d’accueillir son chef d’œuvre. Incontestablement, Liège conteste. Finalement, le chef d’œuvre est relégué à un endroit qui, à l’époque, se situe quasi à la campagne. Une citation latine accompagne les niches abritant les ancêtres de l’Empereur dont Pépin de Herstal : grand dans la guerre, plus grand encore dans la paix. Une paix qu’il n’a connu réellement qu’éternelle !  Charlemagne, un sacré gaillard qui aime les batailles, les femmes (cinq épouses, quatre concubines – aucune Liégeoise -, moult maîtresses), les arts, la vie quoi !

     Le jour de l’inauguration de la statue équestre, le chanteur de rue Joseph Mousset dit Hasserz, surnommé le Béranger liégeois y va d’une pasquèye célébrant l’Empereur qui tend la main, pour voir s’il pleut. Le personnage à la Daumier (2) du Béranger liégeois ajoute du comique à cet événement majeur du 19ème siècle. Rond come on tonê, frèzé come ine catche, avou ‘ne lêdenarène qui lî pindéve inte lès massales fî parèy qu’ine èssègne so l’ façåde d’ine gargote (rond comme un tonneau, grêlé comme un fruit au four, avec un laid nez qui lui pendait entre les joues tout juste à la manière d’une enseigne sur la façade d’une gargote).

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(1) Charlemagne et Liège - du 4 au 12/05 - salle polyvalente du Grand Curtius -10/18 h sauf le mardi accès gratuit

(2)   Extrait d’un texte de Daniel Droixhe (ULB et ULg) publié sur le site orbi.ulg.ac.be

21:48 Écrit par Pierre André dans Actualité, Art, Culture, Europe, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

lundi, 14 avril 2014

2014, l'année de toutes les commémorations.

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       Il y a bien sûr celles de la 1ère guerre mondiale où Liège joue un rôle primordial du début – la Ville de Liège obtient la Légion d’honneur dès le 7 août - à la fin. Première guerre mondiale connue aussi dans le monde anglophone sous l’appellation Flanders fields. Dénomination encore accrue dans les années à venir par la création, dans chacun des pays alliés, de jardins réalisés avec de la terre prélevées sur les lieux de bataille en Flandre occidentales.

      En 2014, commémoration de la mort de Charlemagne en 814. Un Charlemagne né à Herstal et non à Jupille. Frédéric Daerden, bourgmestre de Herstal et député européen jusqu’au 25 mai, veille à ce que chacun sache que sa ville a vu la naissance de ce véritable précurseur de l’Europe.

      En 2014, commémoration de la Bataille de Bouvines. Le 27 juillet 1214, le Roi de France Philippe-Auguste l’emporte sur l’empereur allemand Othon IV,  le Roi d’Angleterre Jean Sans Terre,  le comte de Flandres, Ferrand de Portugal et le comte de Boulogne Renaud de Damartin.

      En 2014, commémoration du septantième anniversaire de la libération du Royaume par les troupes alliées au sein desquelles se trouve la brigade Piron.

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      En 2014, commémoration de la Campagne de France menée par l’Empereur Napoléon contre les troupes des Coalisés. Au lendemain de la Bataille des Nations de Leipzig – le 13 octobre 1813 – les forces françaises sont exsangues. Bataille des Nations de Leipzig dont Martin Schulz, Président du Parlement européen, a dit : elle marque le tournant d'une époque tout en observant : on ne doit pas se faire des illusions quant à une chose. Les forces qui se soulèvent ici contre le parvenu, l'empereur     « auto-sacré », sont celles de l'ancien ordre (…)  Des monarques qui fondent encore en partie leur légitimité sur le droit divin.

     La Campagne de France oppose les 70.000 rescapés  de l’armée de Napoléon à plus de 300.000 soldats de Coalisés répartis en trois armées, celle de Bohème, celle de Silésie et celle du Nord.  Dans cette dernière, on trouve le 1er corps d’armée du général  von Büwol  qui s’empare de Liège – ville française depuis 1795 - le 20 janvier 1814. Mais qu’ont les von Bülow contre les Liégeoises et les Liégeois ? Cent ans après le général Frédéric-Guillaume von Büwol , un autre général Karl von Bülow menace, le 22 août 1914, de faire subir à Liège le sort d’Andenne, ville réduite en cendres avec  son autorisation. Déjà Liège a connu le massacre place de l’Université, le XX août.

      La Compagne de France se déroule davantage au sud-ouest de Liège, en Champagne-Brie où Napoléon en personne s’occupe de mener campagne. Ainsi, en 5 jours, il remporte 4 victoires : Champaubert, le 10 février, Montmirail-Marchais, le 11 février, Château-Thierry, le 12 février, Vauchamps, le 14 février. Autre victoire impériale, le 7 mars à Craonne. Mais ces victoires n’empêchent pas l'entrée des Coalisés à Paris le 31 mars 1814. Napoléon abdique le 6 avril. Il n’est plus Empereur. Il est le Roi de l’île d’Elbe. Il se raconte que les cosaques russes lors de l’occupation de Paris demandant à boire utilisent le terme russe bystro (= vite) d’où l’appellation bistrot. Le linguiste Alain Rey conteste cette origine : c’est une pure fantaisie en l’absence de toute attestation du mot à l’époque ou peu après. Alain Rey estime que bistrot provient peut-être de bistraud d’origine poitevine, désignant un petit domestique d’un marchand de vin !    

     De l’avis des experts en stratégie militaire, la Compagne de France est, avec la première campagne d’Italie, la meilleure des campagnes de Napoléon. Nombre de ces batailles sont reconstituées en 2014 - http://www.tourisme-champagne-ardenne.com – notamment à Montmirail-Marchais lors du congé de l’Ascension. Ces reconstitutions sont plus vraies que la réelle bataille. Nul ne peut prétendre jouer Napoléon sous peine d’être considéré usurpateur. Officiellement, il y a, dans le monde, trois personnes qui peuvent assumer le personnage de Napoléon dans les reconstitutions, un Français, un Américain, un Belge.  

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15:31 Écrit par Pierre André dans Actualité, Europe, Histoire, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

dimanche, 16 mars 2014

Vladimir Vladimirovitch Poutine piétine-t-il le Traité de Pereïaslav ?

переяславська угода 1654 року ...

        Après son soulèvement, au milieu du 17ème siècle, contre la République des Deux-Nations (Pologne-Lithuanie) marqué par de nombreux pogroms où ont péri près de 100.000 juifs, le cosaque zaporogue  Khmelnitski et le tsar Alexis 1er de Russie concluent, le 16 janvier 1654, à Pereïaslav – une petite ville ukrainienne au bord du Dniepr à moins de cent kilomètres au sud de Kiev – un Traité qui unit Russie et Ukraine.

        Il résulte de ce Traité dont  le texte a été perdu diverses conséquences immédiates. Tout d’abord, un conflit entre la Russie et le République des Deux-Nations, le choix des alliances laissé aux Cosaques d’Ukraine, le taux de l’impôt  fixé à Moscou et  au solstice d’été,  à Pereïaslav, la joie de célébrer  dorénavant  Yvan Kupala, fête populaire où les jeunes filles arborent des couronnes de fleurs dans leur chevelure.   

        De nos jours, une statue équestre de Khmelnitski au centre de Kiev et le monument commémorant le trois centième anniversaire du Traité. Anniversaire qui vaut à l’Ukraine de recevoir de l’Ukrainien Nikita Kroutchev, la Crimée où est basée, à Sébastopol, la flotte soviétique de la mer Noire. Mais comme l’a écrit récemment une professeure en relations internationales à la New School de New York, Nina Krushcheva : À la décharge de Khrouchtchev (mon arrière-grand-père), il importait peu que la Crimée appartienne à la Russie ou à l'Ukraine. Car tous ces territoires faisaient finalement partie de l'Empire soviétique.

       La décision de Nikita Krouchtchev  poursuit un but démographique. Inciter des Ukrainiens  à s’installer en Crimée, un petit paradis, tant aimé par les tsars, les stars, les commisars soviétiques. En effet, à la fin de la guerre, Staline a procédé à la déportation des Tatars suggéré par le NKVD dès mai 1944 compte tenu des actes de trahison des Tatars de Crimée contre le peuple soviétique, il n’est pas souhaitable que ceux-ci continuent à vivre dans une région frontalière de l’URSS. Tous les Tatars sont expulsés en Ouzbékistan. Jusqu’à la fin du 18ème siècle, la Crimée fait partie de l’empire ottoman. En 1783, Catherine II s’empare de la Crimée. Les Russes arrivent avec leur religion orthodoxe alors que les Tatars sont de confession musulmane sunnite.

       Près de quarante ans après le cadeau de Nikita, en 1991, isolant Gorbatchev dans sa villa  non loin de Yalta, en bord de la mer Noire, les camarades procèdent à la dissolution de l’URSS. Les Républiques  formant l’ancien empire soviétique sont indépendantes. Dès ce moment, des négociations s’engagent  entre l’Ukraine et la Russie qui n’entend pas renoncer à  sa base marine de la mer Noire. Des accords ont été trouvés suivis de désaccords. L’Ukraine a déjà perdu six millions de personnes depuis  son accès à l’indépendance. Elle risque d’en perdre encore deux.   

18:56 Écrit par Pierre André dans Actualité, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

lundi, 03 mars 2014

L'Archéoforum est paré comme une Châsse ...

 

 

       Il est temps de se rendre à l’exposition Châsses du Moyen Âge à nos jours, sur le site de l’Archéoforum. Cette exposition remarquable  commémore le dixième anniversaire de ce musée souterrain. L’exposition se termine le dimanche 16 mars.

       La plus ancienne pièce présentée – un reliquaire portatif - remonte au VIIIème siècle. Ce reliquaire provient de l’abbaye  d’Aldeneik  fondée en 728, rassemblant des moniales bénédictines.  Détruite  par les Vikings , elle est  reconstruite en 952 et abrite jusqu’en 1797 des moines , les chanoines de de saint Augustin. De l’abbaye, se subsiste que l’église abbatiale devenue église paroissiale.

       La plus récente pièce présentée – la Châsse des Apôtres – remonte à la fin du XIXème siècle, en 1883. Cette Châsse commandée par le chapitre de la Cathédrale saint Paul aux orfèvres liégeois, les frères Dehin. Le Concile de Vatican II qui se termine le 8 décembre 1965 vaut à la Châsse des Apôtres un exil intra muros dans une annexe claustrale. L’exil n’a pas été très long. En effet, dès les années 80, à l’initiative de l’actuel Conservateur du Trésor, Philippe George, l’œuvre des orfèvres Dehin a retrouvé sa juste place.

       Apparu aux alentours du milieu du XIIème siècle, le terme châsse a éliminé le terme fierte né quelques décennies auparavant. Une Châsse est un coffre, en général précieux, où l’on garde les reliques d’un saint. Le catalogue de l’exposition précise ; l’orfévrie captive son public : d’une part le public lettré et savant qui peut approcher l’œuvre de près  et savourer la théologie et l’hagiographie illustrées ; d’autre part, les fidèles illettrés qui aperçoivent la châsse de loin et doivent être impressionnés par cette « orfèvrerie de l’illusion ». Certains afin de capter des ondes bénéfiques dégagées par les reliques de tel(le) ou tel(le) saint(e), n’hésitent pas à passer des heures et des heures à proximité d’une Châsse.  À l’époque, cette puissance se nomme le quatrième pouvoir.

       Avant d’être sacré Roi à Reims, le 7 juin 1654, Louis XIV et sa maman, la régente Anne d’Autriche se recueillent longuement  devant la Châsse de saint Thierry  - Châsse du XIIIème siècle pour un saint mort  en 533. La redécouverte de l’âme en bois de cette Châsse a inspiré l’exposition de Liège. Ce mardi 4 mars, à  18h30, à l’Archéoforum, Patrick Demouy, professeur à l’Université de Reims Champagne-Ardenne tient une conférence sur la cathédrale Notre-Dame de Reims, seize siècles d’histoire.   

 

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20:48 Écrit par Pierre André dans Actualité, Art, Histoire, Religion | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg