samedi, 08 avril 2017

Crise sociale en Guyane : le journal local, France-Guyane, une tonalité différente de la presse hexagonale !

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     À 7 000 km de Paris, le département d’outre-mer de la Guyane connaît une crise sociale grave. La presse nationale et régionale française en rend compte, nos journaux en parlent. Mais pour se faire une religion, rien ne vaut mieux que de s’informer auprès du journal local France-Guyane (1). Les nouvelles technologies le permettent.

    L’image de la Guyane, en Europe occidentale a été, autrefois, les bagnes de Cayenne et, aujourd’hui, c’est Kourou et son centre spatial. La crise sociale grave nous offre une autre image. En feuilletant France-Guyane, l’accueil de la délégation interministérielle envoyé par Paris y est relaté. Cinq des 500 frères contre la délinquance dont Mickaël Mancée et Olivier Goudet président du collectif Tròp Violans – cagoulés – s’en viennent à la maison du préfet de Guyane dire au patron de la délégation, Jean-François Cordet nous voulons vous dire pourquoi nous ne voulons pas vous recevoir. Nous ne traiterons qu’avec un ministre. Ce face-à-face est sec et bref. Jean-François Cordet s’en explique à notre consœur Déborah Neuzi Nous sommes venus ici la main tendue, pour avoir un dialogue. On me demande une audience et je vois arriver des personnes qui ne montrent pas leur visages et profèrent quelque chose qui ressemblent à des menaces. C’est contre le sens de la République, qui veut un discours les yeux dans les yeux, avec la volonté de faire progresser les choses, ce que je n’ai pas ressenti ici.

     La veille, Ségolène Royal venue à Cayenne pour lancer l’Appel de la Guyane a vu les 500 frères contre la délinquance encagoulés s’inviter à la réunion de la Convention de Carthagène.  Les auteurs de cette intrusion la justifient : Pourquoi serait-ce à nous de ne pas mettre notre cagoule ? Les malfrats sévissent en cagoule et rien n'est fait. La cagoule, c'est notre emblème. Dès que nous serons en action, nous la mettrons. Nous voulons montrer les sentiments des victimes face aux agresseurs. Vendredi, lorsque nous sommes arrivés dans à l'auditorium de la CTG, il y a des gens qui ont eu peur, ils ont ressenti la douleur des victimes.  (...) Ceux qui n'ont jamais été séquestrés, ligotés, frappés, agressés pensent que cela ne peut arriver qu'aux autres. Ce sont aussi les premiers à critiquer la forme de nos actions. Nous sommes en état d'urgence en France, et les Guyanais ne sont pas protégés. C'est à l'État de nous protéger. Du coup, Ségolène Royal est rentrée à Paris bousculant son programme prévoyant l’inauguration à Saint-Georges du pont reliant la Guyane et le Brésil sur le fleuve Oyapock.

     La semaine du 20 au 26 est celle où il est, notamment, question des 500 frères. Quelle est l’origine du nom ? Réponse dans France-Guyane : Le nom des 500 Frères vient du film 300, de Zack Snyder, qui raconte la résistance de 300 soldats spartiates face à l'armée perse conduite par le roi Xerxès en personne. À Paris, la ministre des Outre-Mer, Êricka Bareigts, déclare ne se rendre en Guyane aussi longtemps qu’elle ne peut dialoguer avec les Guyanais les yeux dans les yeux.

     Le lundi 27 mars, grève générale  en Guyane. Paris s’attend à des incidents. France-Guyane titre, en deux couleurs, Ambiance solidaire. Dans le texte, il est écrit : un sentiment très fort d’appartenance et de solidarité se fait ressentir partout à Cayenne et ailleurs depuis de début du mouvement (…) la volonté d’avancer pour la Guyane est omniprésente. La bâtonnière Magali Robo-Cassildé déclare : les avocats sont prêts à apporter leur expertise pour ce qui est accordé et réalisé. Nous allons aider le collectif dans la compréhension juridique des protocoles avant les signatures. Il n’est pas question que l’on fasse avaler des couleuvres aux Guyanais après ce coup de force historique

     Paris annonce que d’ici la fin de la semaine, la ministre des Outre-Mer accompagné d’autres membres du gouvernement se rend en Guyane.

     France-Guyane relate minutieusement la première rencontre entre les deux ministres venus de Paris et les représentants des divers collectifs, des élus et la presse guyanaise, nul n’est encagoulé à l’intérieur de la Préfecture où les discussions ont lieu les yeux dans les yeux Extraits du journal local ; 11h30 : Les membres des collectifs qui ont quitté la réunion sont toujours devant la préfecture. Ils annoncent que si les médias ne sont toujours pas autorisés à assister aux débats dans la demi-heure, ils ouvriront les barrages pour permettre à la population de venir manifester devant la préfecture. (…) Après 45 minutes d'attente, Matthias Fekl et Ericka Bareigts arrivent enfin. Ils prennent tour à tour la parole mais le fond des discours est identique : les négociations ne peuvent se faire en présence des journalistes. « Aucune réunion ne s'est jamais tenue de cette manière, y compris en Guyane », insiste le ministre de l'Intérieur. (…) Les 500 Frères exigent aussi de la ministre des Outre-mer qu'elle présente des excuses aux Guyanais pour leur avoir manqué de respect. Après un discours d'introduction dans lequel elle rappelle l'urgence de trouver des solutions concrètes, Ericka Bareigts répond qu'elle ne s'excusera pas. Selon elle, il y a eu des « incompréhensions » 16 heures trente les représentants du collectif reviennent sur le balcon cette fois-ci accompagnés de la ministre des Outre-mer, Éricka Bareigts. Coup de théâtre. La ministre présente ses excuses en personne devant le peuple guyanais. Davy Rimane précisera, plus tard, qu'elle s'est excusée pour son comportement dans les médias nationaux. La foule crie de joie au moment des excuses de la ministre. La ministre dit également espérer que le débat sur l'égalité réelle se concrétise.

     Ce jeudi 6 avril, France-Guyane constate que l’intérêt médiatique s’estompe. Le journal local écrit Au lendemain de l’annonce de l’adoption du plan d’urgence pour la Guyane par le gouvernement, les quotidiens nationaux ont majoritairement relégué l’actualité du département en brève. Seuls Le Monde et L’Humanité continuent ce matin de proposer une large couverture au mouvement. Pourtant dans ce département à 7 000 km de Paris, la population demeure solidaire avec ses élus, ses collectifs. Le mouvement se durcit.

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mardi, 03 mai 2016

"SI J'AVAIS SU ..." ou les confidences de Sandra Kim !

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        Il y trente ans, le 3 mai, Sandra Kim (13 ans) remporte l’Eurovision par 176 points devançant le second de 46 points. Ce n’était ni une petite victoire ni une réussite à l’arraché. C’était une victoire écrasante. Et j’allais devoir assurer (…) J’étais devenue Sandra Kim, porteuse de l’étendard belge. Ceci s’est passé à Bergen. en Norvège et non à Mons comme l’a cru un instant le premier ministre Wilfried Maertens recevant l’unique lauréate belge de ce concours international créé en 1956.

        Interprétant  à l’Eurovision  J’aime la vie, Sandra Caldarone, petite fille d’émigrés italiens du bassin sidérurgique de Liège, dans un livre Si j’avais su … (1) confie qu’au moment où les points s’accumulent et que la victoire se dessine, je n’ai vraiment pas bien vécu cet instant, je l’ai subi. C’est terrible de dire ça.  

        À l’âge de huit ans et demi, son parrain Joseph l’inscrit à La Voix de l’Avenir dans la salle du Capri, à Montegnée. Ce sont là ses débuts. Par deux fois, Sandra Caldarone est la Voix de l’Avenir, ensuite ce sont des soirées italiennes. Puis elle participe avec son band Mattino au Festival de la Chanson italienne. Un membre du jury, parolier de Frédéric François, trouve que le groupe surtout la petite chanteuse a du potentiel. Il en devient le producteur et inscrit, en 1985, Sandra à l’Ambrogino d’Oro diffusé sur la RAI. À Milan, Sandra est classée quatrième devant des dizaines de candidat(e)s parmi lesquels Vanessa Paradis. (…) On s’est côtoyées. Elle était timide.  

        Le producteur est ambitieux. Il demandera à mes musiciens de composer une chanson pour le prochain Eurovision. Il voulait un thème joyeux avec un texte optimiste. Il l’écrira lui-même. Qu’y a-t-il de plus gai que J’aime la vie ?(…) Il  y croyait à fond. La suite va lui donner raison. Première étape, être choisi par le public de la RTBF parmi les onze présélectionnés. Le directeur de la TV, Georges Konen annonce le résultat : La jeunesse l’a emporté !

        Le producteur, avant l’Eurovision, fait signer un contrat d’exclusivité. Il jouit de la confiance de la famille Caldarone. Ma famille est estimable. ( …) Leur principale qualité, c’est d’être droit, et d’accorder le même crédit d’honnêteté à tout le monde. Ils signent un contrat de type léonin d’une durée de sept ans excluant, notamment, tout droit pour l’interprétation. Un réel coup de poignard dans les conventions internationales sur le droit légitime d’interprétation ! Sandra Kim ne perçoit rien pour J’aime la vie qui s’est vendu à 360 000 disques en Belgique et à plus d’un million dans le monde. Sandra Kim ne perçoit rien pour les disques ultérieurs qu'elle enregistre ! Mes parents se sont tus. Moi aussi. Si j’avais su …

        Davantage qu’une biographie, le livre écrit à quatre mains par Sandra Kim et Claude Rappé est, à la fois, une thérapie et une descente dans le monde du show-business avec un producteur imposant ses goûts, refusant le dialogue. Mon image, il la façonnait. J’étais sa chose, son produit. (…) J’étais une voix et la tirelire où devait rentrer l’argent. Un monde impitoyable. Le monde du show-business est truffé de cas similaires. C’est un quart-monde où l’argent facile de quelques instants, la célébrité portée par toutes sortes de gens, l’amour de la chanson (…) peuvent aveugler un artiste et son entourage.

        Si la victoire de Sandra Kim en 1986 est accueillie avec joie à la RTBF, on sait aussi les devoirs que cette victoire entraine en 1987. Organiser le concours Eurovision n’est pas une sinécure d’autant que le ministre-président de l’Exécutif de la Communauté française - ce sont les termes de l’époque – a déposé à propos de la RTBF un projet de décret auquel son nom, espère-t-il, restera attaché. Organiser le concours Eurovision est dispendieux, les ressources de la RTBF sont limitées et le ministre-président entend encore les restreindre.

        En coulisse, ça discute ferme, les parlementaires avec leurs casquettes communautaires visitent le chantier Eurovision au Heysel. Ils sont convaincus que sans le recours à quatre sponsors – une première dans l’histoire du concours – il eut été impossible de conférer tout le rayonnement exigé par la manifestation. Avec sa chanson Hold me now, Johnny Logan remporte l’Eurovision 87. Contrairement à la tradition, Sandra Kim n’a pas l’occasion de chanter au Heysel J’aime la vie. Elle le regrette dans son livre Si j’avais su …

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(1) Si j’avais su … - Sandra Kim – Entretien avec Claude Rappé – Éditions La Boîte à Pandore – 217 pages - Prix TTC : 14,90 € - Date de parution Belgique : 20/04/2016

 

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dimanche, 17 janvier 2016

Quand il arrive au TEC de racketter les senior-e-s abonné-e-s !

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        Sur le bon trois millions et demi d’habitants en Région wallonne, six cent mille sont âgés de plus de 65 ans. Ministre du Transport au début du XXIème siècle, l’Écolo José Daras décide de leur accorder la gratuité sur les TEC. Une mesure sociale qui rend aux pensionné(e)s une capacité de mobilité sans toucher à leur pension, modeste dans la majorité des cas.

        Le TEC a été contraint de renoncer à la gratuité et de demander une participation financière qui se situe à soixante pour cent de celle de la STIB. Pour mémoire, la STIB dessert un territoire de 162 km² avec un réseau urbain très dense et le TEC une région de 16 845 km² qui mêle compagnes et villes.

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        En 2015, le TEC a adopté la carte MOBIB – acronyme de MOBility In Belgium – déjà en application depuis plusieurs années à la STIB. Au 1er février 2016, le TEC abandonne les cartes magnétiques à l’exception, en ce qui concerne le TEC Liège-Verviers, de celles utilisées sur les lignes Eupen-Aix-la-Chapelle et Eupen-Montjoie.

        La MOBIB permet notamment au TEC de mieux connaître les déplacements de ses clients pour mieux adapter son offre. La carte MOBIB doit être validée en la présentant, à distance, à un valideur. Un signal sonore avertit le voyageur au cas où la présentation n’a pas opéré la validation. Tec it easy, il suffit de recommencer la présentation. Mais, les senior(e)s n’entendent pas nécessairement ce signal sonore. En effet, selon le rapport 2014 de la Fédération francophone des Sourds de Belgique, plus de soixante pour cent des personnes âgées de plus de soixante-cinq ans sont atteintes de déficiences auditives !

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        Si les valideurs STIB indiquent à l’aide de deux points lumineux extérieurs que la MOBIB a subi, avec succès, son examen de passage, les valideurs TEC sont d’un autre modèle. Plutôt que de présenter la carte au valideur, les senior(e)s ont intérêt à poser leur MOBIB sur l’écran du valideur quitte à cacher le V vert qui apparaît sur l’écran intérieur.

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        Les senior(e)s y ont même grand intérêt car la non validation abo constitue l’infraction numéro 13 que les contrôleurs vêtus de gris sont notamment chargés de réprimer. Aux senior(e)s de plus de septante-cinq ans, voir ces contrôleurs rappelle le souvenir des feldgrau vérifiant les identités dans les trams jaunes, verts, vicinaux et trolleybus durant la guerre. Ceci s’apparente à la violence psychique à l’égard des personnes âgées d’autant que certains contrôleurs – pas tous heureusement – se comportent en authentiques feldgrau. Forts de leur assermentation, ils se refusent à tout dialogue.

        L’infraction numéro 13 entraine une pénalité de 10 € - l’équivalent de cent jours de l’abonnement annuel senior – pour un préjudice consistant à fausser d’une unité, le nombre de voyageurs annuels du TEC – 287 000 000 en 2014 ! Il n’y aucune proportionnalité entre le préjudice subi par le TEC et la peine encourue. Le montant de 10 € est qualifié : Frais Administratifs et de Voyage !

        Bref, croyant de bonne foi avoir validé leur abonnement, les senior(e)s, dans un bus en mouvement, se mettent en quête d’une place au risque de se voir pénaliser, un peu plus tard, par un contrôleur feldgrau en quête de faire du chiffre !

 

 

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dimanche, 01 mars 2015

RIO HAUTE COUTURE DU DESSIN AU DÉFILÉ, une expo au CTLM à Verviers.

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        Dans les pays d’Europe et d’Amérique de tradition chrétienne se célèbre le Carnaval, héritage en quelque sorte des saturnales romaines. Les festivités du Carnaval différent de régions et régions. Le plus populaire au monde – deux milliards de téléspectateurs – est celui de Rio de Janeiro qui attire des centaines de milliers de spectateurs.

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         Le Centre touristique de la Laine et de la Monde (CTLM) de Verviers a confié à Alain Taillard le soin de présenter les coulisses de ce Carnaval sous le titre RIO, haute couture, du dessin au défilé (1). Tombé en amour du Carnaval de Rio, Alain Taillard est, fait rare pour un Européen, devenu, depuis 2008, un des  destaques, personnages costumés, au sommet de l’un des chars de l’Escola de Samba de Mangueira.

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        Ces écoles – rien à voir avec celles de Jules Ferry ou Joëlle Milquet – sont des modèles sociaux où l’on s’amuse, chante, danse en vue du Carnaval. Celui de Rio est une compétition avec ses règles et ses classements. Ne sont admis à défiler, 62 à 85 minutes, sur l’Avenida Marquês de Sapucaí où, en 1984, l’architecte Oscar Niemeyer a édifié la Passarela do Samba (le Sambodrome)  que les meilleures écoles de la ville (plus de 12 millions d’habitants).

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         L’Escola de Samba de Mangueira et Escola de Samba Portela ont le record des titres de championnes du Carnaval, titre accordé par  les trente sis jurés de la LIESA (Liga Independente das Escolas de Samba do Rio de Janeiro) selon neuf critères tels les percussionnistes, la qualité de la samba, l’évolution du défilé, le thème, les costumes, la chorégraphie, la porte-drapeau.

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         Le Carnaval de Rio est une compétition et l’on s’y prépare sous la direction du carnavalesco qui choisit le thème, la musique, les personnes-clés. On crée, on taille, le tout dans le plus grand secret. Comme l’a souligné Michèle Corin, directrice du CTLM, à l’inauguration . la semaine du carnaval, ce sont aussi quelques jours durant lesquels chacun, riche ou exclu de la croissance, se plonge à corps perdu dans une fête qui suspend un temps les différences sociales et contribue à résoudre certains conflits sociaux. Tout au long de l’expo, l’équipe du CTLM a prévu une série d’animations qui vont notamment  de la soirée brésilienne à la création de costumes carnavalesques par les écoles et associations verviétoises.

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(1)   RIO, haute couture, du dessin au défilé - Centre Touristique de la Laine et de la Mode (CTLM), rue de la Chapelle, 30 à 4800 Verviers  - du mardi au dimanche de 10h à 17h. jusqu’au 22 mai - Renseignements : 087 30 79 20 – www.aqualaine.be

       
 

 

 

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samedi, 10 mai 2014

Un silence monacal brisé par un cygne ... et deux pompiers morts.

       Le vendredi mai 9 à 6h29 PM  (en vieux français le 9 mai à 18 heures 29), nous avons reçu  un communiqué de presse relatif au Conflit des pompiers : Willy Demeyer fait des propositions. Fort aimablement, il est précisé : Merci de bien vouloir répercuter cette information dans vos médias. Ainsi est fait.

  Dans la perspective de la manifestation que j’ai autorisée ce samedi, Willy Demeyr (sic) s’exprimer quant à la situation vécue par le service public d’incendie depuis plusieurs mois.

Tout d’abord, il tient à préciser avec force tout l’attachement que la Ville de Liège porte à son service public des pompiers. En Belgique, c’est la ville de Liège qui paie le plus par habitant pour ses pompiers : 110 € / habitant / an. Les communes de l’Intercommunale contribuent elles aussi plus que la moyenne nationale qui est de 40€ / habitant / an.

Les centaines de milliers d’habitants desservis par la zone sont donc en droit de bénéficier d’un service d’incendie qui fonctionne de manière optimale.

Conscient qu’il faut aujourd’hui revenir au calme et trouver des solutions permettant l’issue du conflit, Willy Demeyer affirme : - qu’il est disponible pour rétablir, avec les parties, le climat de confiance, indispensable à toute reprise d’un dialogue constructif. - qu’il est disposé à mettre sur la table, avec l’ensemble des intervenants, l’évolution de la structure d’organisation du service des pompiers si celle-ci n’apparaît plus optimale, pour autant que le caractère public de la gestion soit préservé.

Ce communiqué montre une évolution de l’attitude mayorale. Le vendredi 2 mai. par communiqué il est dit   : le Bourgmestre ne s'exprimera plus à cet égard d’ici la prochaine réunion du Conseil communal, le 2 juin. Ce silence monacal se justifie face aux réactions suscitées par l'ordonnance de police prise le 30 avril interdisant aux pompiers – en grève administrative – de manifester en ville le jeudi 1er mai entre 00h01 et 23h59, même en tenue bourgeoise.

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samedi, 11 janvier 2014

Une seule lettre les différencie et pourtant un monde les sépare. Solidaire ou solitaire ?

       Tout à l’ego semble être la devise de 2014. Pour ne prendre qu’un exemple, Yahoo  a modifié son ergonomie. Les courriels n’atterrissent plus dans notre boîte de réception à notre nom – un nom de poète de l’avis de Jenny, la patronne du Limousin, un beau souvenir de jeunesse. Désormais, tous les courriels  sont  adressés  À moi !

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dimanche, 13 octobre 2013

Verviers : quand Freddy Joris rencontre sa concitoyenne Marie Mineur.

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Freddy Joris, officier du Mérite wallon (2012)

        En novembre 2010, lors de l’Assemblée des Femmes de Wallonie, la féministe Jeanne Vercheval (1) brosse à larges traits l’histoire du féminisme en Belgique. L’histoire commence avec celle du Royaume. Dès 1832, Zoé de Gamond  prône l’émancipation de la femme par l’éducation. Elle crée une école en 1839. Sa fille Isabelle Gatti de Gamond lance en 1864, une école secondaire laïque pour filles. Un exemple suivi, en 1868, à Liège, par Léonie de Waha.

       Au 20ème siècle, le féminisme connaît dans les années 68-70,  une radicalisation nouvelle. Déjà, en 1966, les femmes-machines de la FN ont fait grève durant trois mois sur le thème À travail égal, salaire égal. À Anvers et en Hollande, les Dolle Minas dont l’appellation vient du surnom d’une militante ouvrière, Wilhelmina Drucker (née à Amsterdam le 30 septembre1843 – y décédée le 5 décembre  1925). luttent contre toute discrimination dont la femme est victime. Notre consœur Jacqueline Saroléa leur consacre un reportage radio dans le magazine F produit par le Centre RTB-Liège. Cela fait tilt chez Jeanne Vercheval qui, en liaison avec les Dolle Minas, fonde un groupe similaire à La Louvière. Les Dolle Minas nous avaient déjà trouvé un nom, Marie Mineur. C’est celui d’une ouvrière qui a fait partie de la Première Internationale.

       Mais qui est cette Marie Mineur ? La réponse est venue de l’Administrateur général de l’Institut du Patrimoine wallon, Freddy Joris, un Verviétois, historien et féministe. Marie Mineur, Marie rebelle (2) est le treizième ouvrage à son nom, lauréat du Prix Prince Alexandre de Belgique. Dédié à Jeanne Vercheval, ce livre raconte l’histoire d’une pionnière féministe en milieu ouvrier au XIXe siècle. Marie Mineur écrit Freddy Joris c’est une indignée dont le destin n’est désormais plus énigmatique, une pionnière du féminisme et de la laïcité durant trois décennies, une rebelle trop longtemps méconnue et pourtant héroïque dans ses engagements précurseurs.

       Le 19ème siècle est un âge d’or pour Verviers. Dès 1801, William Cockerill – le papa de John – y construit les premières machines mécaniques dans le textile. La richesse s’y affiche, petits châteaux d’industriels sur les grands boulevards ombragés au sud de la ville. Verviers compte trois gares dont l’une créée en 1843 comporte dix-sept voies. En 1884, un réseau de tramways sillonne la cité lainière. En 1894, le Verviétois Gérard Dasse est le premier constructeur d’automobiles en Belgique. Coté gastronomie, la tarte au riz, en dépit de la tradition qui la fait remonter au 17ème siècle, subit la concurrence du chocolat et du pain d’épices, spécialités de vingt-trois fabricants !

       C’est dans cette ville que naît, le 30 septembre 1831, Marie Mineur, fille de Pierre François et de Marie Rogister. Le papa de Marie Mineur meurt alors que la fillette a un peu plus de cinq ans. À huit ans, Marie entre à l’usine dont les portes s’ouvrent un peu avant cinq heures du matin. La première législation sociale belge date de … 1889. Elle règlemente le travail des femmes, des enfants et des adolescents. Le gouvernement unioniste présidé par le libéral Jean-Baptiste Nothomb a créé une Commission d’enquête sur le travail des femmes et des enfants en … 1843.

       Marie Mineur a été élevée dans la foi catholique. Mais, en 1876, lors de l’enterrement civil de sa maman, elle déclare : Après 50 ans de pénible labeur, tu as dû te réfugier dans une mansarde au quatrième étage, et accepter les secours du Bureau de bienfaisance, que l’homme en noir ne rougissait pas de te donner. Tu l’as reçu jusqu’au jour où ta fille a respiré l’ère nouvelle, l’ère de la justice et de la vérité ; c’est alors que ta fille a su te faire comprendre que ce n’était pas en priant que le pain vient sur la table, mais que c’était en priant qu’on nous tenait dans l’obscurité, que c’est en s’associant que l’on peut s’aider et se soulager.

       Marie Mineur a été de tous les combats. Pour les retracer, Freddy Joris a consulté bien des archives notamment les archives de la police y  compris celles de la Préfecture de police de Paris. Il a découvert sans pouvoir l’identifier qu’une taupe – qui signait N°1 – a suivi attentivement les diverses activités progressistes verviétoises. Au point qu’en 1878, un collaborateur de la Préfecture de police de Paris annote un rapport ce correspondant est, et depuis longtemps ; très au courant des agissements de l’internationale et des socialistes.

       Marie Mineur en 1888 avec l’aide de quelques militants rationalistes organise les premières Fêtes de la Jeunesse. Loin d’être un ouvrage hagiographique, Freddy Joris dépeint avec précision le climat social dans lequel a évolué Marie Mineur. Lorsque celle-ci meurt le 18 mai 1923, elle qui a tant donné au mouvement féministe et laïc, est enterré civilement, le 20 mai, dans l’indifférence.

       En annexe, Freddy Joris publie des écrits de Marie Mineur parus, entre 1872 et 1879, dans Le Mirabeau, l’organe des Francs Ouvriers, la section verviétoise de l’Association Internationale des Travailleurs (AIT), autrement dit  la Première Internationale.

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(1)     Les femmes dans l’histoire de Belgique, depuis 1830 – Auteure Suzanne Van Rokeghem – Coordination Jeanne Vercheval et Jacqueline Aubenas -  -  Éditions Luc Pire – 2006 – 303 pages.

(2)     Marie Mineur Marie rebelle Auteur Freddy Joris – Éditions Avant-Propos – 2013 – 187 pages – 18 €

18:00 Écrit par Pierre André dans Actualité, Histoire, Social | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

samedi, 13 juillet 2013

Blegny-Mine : "Images d'hier, regard d'aujourd'hui"

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       Le rapport des Wallons avec la houille remonte au 12ème siècle lorsque de la terre noire propre à faire du feu  fut trouvée dans beaucoup d’endroits de la Hesbaye. En décembre 2010, Liège 28 a fait état  du livre de Robert-Armand Planchar, Les Planchar, maîtres de fosses dans la Seigneurie de Montegnée. Son aïeul, Jean-le-Vieux creuse des bures, gratte, creuse et fait creuser. Ses descendants font de même jusqu’à la Révolution française. Stimulés, en 1582, par l’Édit de Conquête du Prince-Évêque Ernest de Bavière, les Planchar et autres charbonniers liégeois s’en donnent à cœur-joie. En droit liégeois, qui possède le comble, possède le fond. Mieux, les propriétaires fonciers – Église et nobles – sont seigneurs des mines jusqu’au centre de la terre ! Les charbonniers font la cour à ces propriétaires fonciers auxquels ils acquittent  des terrages.

       La Révolution française a une autre vision. La loi Mirabeau décrète les mines sont à la disposition de la nation. Le comte Honoré Riqueti de Mirabeau fait prévaloir l'idée le sous-sol est propriété de la nation ; je dis que l’intérieur de la terre n’est pas susceptible d’un partage, que les mines, par leur marche irrégulière, le sont encore moins. Quand l’ancienne Principauté de Liège est rattachée à la France, la loi Mirabeau s’applique. Elle est toujours en application dans notre Royaume. Avec la République commence le règne des « barons du charbon » qui vont exploiter les mines et … les mineurs. Ce règne dure tout le 19ème siècle et s’achève lorsque le 20ème est entré dans sa seconde moitié.

       En 2012, l’UNESCO a classé en Wallonie quatre mines dont Blegny au patrimoine mondial de l’humanité. À Blegny, les galeries sont accessibles. Cette année, une exposition originale s’y tient (1). Elle présente des photos prises au temps où les charbonnages sont encore en activité et des photos contemporaines de ces charbonnages délaissés. Les premières sont l’œuvre de Théodore Bellefroid tandis que les autres celle de Lon Persich.

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        Ayant vécu son enfance, son adolescence à Saint-Nicolas, pays des puits de Bois-Mayette, des Bons Buveurs, des Chiens, de l’Espérance, du Pery, de Piron, du Beur al Djote et autres Champay et Braconier, Thédore Bellefroid se lance dans des reportages photographiques imprimant sur la pellicule de son Yashica les ultimes semaines de l’activité charbonnière wallonne, juste avant son extinction comme l’a dit Abel Desmit lors de l’inauguration de l’exposition. Abel Desmit ajoute son travail est respectueux des hommes qui ont laissé une part d’eux-mêmes sur les sites charbonniers et préserve les atmosphères palpées durant ses excursions. Quant à Lon Persich il a extrait de ces périples des vues particulièrement saisissantes, livrant aux spectateurs un regard inédit, voire fantastique, sur ces lieux abandonnés, dédaignés.

 

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(1)    « Images d’hier, regards d’aujourd’hui »  jusqu’au 31 août – Blegny-mine 04/387 43 33

13:09 Écrit par Pierre André dans Actualité, Culture, Histoire, Social | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |  del.icio.us | | Digg! Digg

mardi, 01 mai 2012

Bagatelle, ce que Sarkozy n'a pas repris au Trocadéro !

        Ce mardi 1er mai, à Paris, au Trocadéro, Nicolas Sarkozy prononcé un discours d’une quarantaine de minutes. Il a cité à deux reprises le général de Gaulle reprenant le début et la fin d’un texte connu sous le nom de discours de Bagatelle. Mais qu’a dit le général Charles de Gaulle le 1er mai 1950 et que n’a pas repris l’actuel Président de la République ?

 Ah ! certes, nous connaissons les peines et les soucis de tant de gens et de familles. Nous entendons la rumeur d'alarme qui retentit dans l'univers. Mais, si nous sommes lucides, nous sommes également résolus. Pourquoi? Parce qu'à travers les obstacles nous avons choisi notre route. C'est celle qui monte et va tout droit. Au fond, depuis dix ans et plus, nous sommes, nous, ceux qui ne veulent pas que la France donne sa démission.

Mais d'autres, hélas ! y consentent. D'abord, les malheureux pour qui notre pays ne doit être que l'un des domaines du Kremlin. Mais aussi, certains Français qui doutent de la France : « C'en est trop ! chuchotent ceux-là. Nous sommes maintenant tombés trop bas pour pouvoir remonter la pente. Prenons-en notre parti ! A l'intérieur ne touchons à rien, de peur que tout ne s'écroule. A l'extérieur, faisons ce que demandent les étrangers les mieux pourvus. Ainsi pourrons-nous, peut-être, ménager nos chances de vivoter. Et, si la patrie doit mourir, tâchons au moins que sa mort soit douce!»

Oui, voilà ce que murmurent les pleurnichards du renoncement. Il faut dire que l'impuissance du régime ne leur fournit que trop d'arguments. Inversement, ce régime lui-même invoque l'atonie ambiante pour justifier sa médiocrité. Inutile de chercher ailleurs les causes de cette maladie d'abandon qui, naguère, malgré la valeur de certains des hommes au pouvoir et beaucoup d'efforts accomplis par la nation, nous fit lâcher les gages que nous avait valus la victoire de 1918, nous empêcha d'établir jamais, ni l'harmonie sociale, ni l'équilibre financier, figea notre défense dans la ligne Maginot, nous conduisit à Munich, détourna le dernier Gouvernement de la Troisième République, aux jours tragiques de 1940, de poursuivre la lutte dans l'Empire et aboutit, enfin, à l'effondrement et à la capitulation.

Nous incarnons, nous autres, le contraire de cette politique du perpétuel recul. C'est parce que, dans l'extrémité, nous pûmes rendre à la nation confiance en elle-même, conduire son effort avec autorité et commencer la rénovation, que la guerre fut gagnée, que le pays fut redressé, que la liberté et l'ordre furent restaurés. Mais, à peine cela était-il fait, qu'on vit le régime des partis se rétablir contre nous, trompant d'abord le pauvre monde par des programmes et des prospectus, pour s'engluer ensuite dans une stagnation lamentable. Et, comme ses clans et ses groupes se sentent désormais condamnés, ils achèvent de se coaguler dans le conservatisme des sièges et des places.

On comprend donc très bien pourquoi nous, qui voulons la France agissante et indépendante, trouvons devant nous deux catégories d'opposants. D'un côté, ou, comme on eût dit jadis, « à notre gauche », les séparatistes. De l'autre côté, ou, « à notre droite », la coopérative de conservation politicienne et sociale qui, pour le moment, s'appelle : Troisième Force. Je ne commettrai certes pas l'erreur ni l'injustice de mettre sur le même plan les opposants des deux espèces. Les premiers sont les ennemis de l'État. Les seconds ne font que lui nuire. Mais les uns, comme les autres, font obstacle au redressement. Il en est ainsi, d'abord pour ce qui concerne la question principale, celle qui est au fond du drame de notre siècle, je veux dire la question de la condition ouvrière.

Un jour, la machine a paru. Le capital l'a épousée. Le couple a pris possession du monde. Dès lors, beaucoup d'hommes, surtout les ouvriers, sont tombés sous sa dépendance. Liés aux machines quant à leur travail, au patron quant à leur salaire : ils se sentent moralement réduits et matériellement menacés. Et voilà la lutte des classes ! Elle est partout, aux ateliers, aux champs, aux bureaux, dans la rue, au fond des yeux et des âmes. Elle empoisonne les rapports humains, affole les États, brise l'unité des nations, fomente les guerres.

Car, c'est bien la question sociale, toujours posée, jamais résolue, qui est à l'origine des grandes secousses subies depuis trente-cinq ans. Aujourd'hui, c'est la même question, toujours posée, jamais résolue, qui pousse le monde vers un drame nouveau. C'est elle qui fournit de prétextes la tyrannie qui s'étend sur les deux tiers de l'Europe et de l'Asie. C'est elle qui, chez nous, procure aux séparatistes tant de concours désespérés. C'est elle qui empêche la prospérité de prendre son essor pour adoucir les misères humaines. Ah ! les pays libres peuvent bien déployer leur propagande et se ruiner en armements, l'épée, de Damoclès demeurera suspendue tant que chaque homme ne trouvera pas dans la société sa place, sa part, sa dignité.

Eh bien ! Nous voulons cela ! D'autres peuvent le caricaturer, nous sommes les seuls à pouvoir le faire. C'est l'Association des hommes, de leurs intérêts, de leurs capacités, que nous entendons bâtir. Ce sont des sociétaires, et non des adversaires, qui, selon nous, doivent assurer ensemble la marche des entreprises. Ce sont des contrats, établis en vue du meilleur rendement et assurant à chacun sa part des bénéfices, qui doivent remplacer aussi bien le dirigisme des prix et salaires que le système de ces conventions qui ne sont que des armistices. En raison de tout ce que la France a souffert et de tout ce qui la menace, nous avons décidé, nous, de réaliser cette réforme. Nous y appelons le peuple français. Il nous faut, pour y réussir, vaincre les séparatistes qui ne veulent pas que les plaies soient guéries. Il nous faut aussi faire liquider par le pays la coopérative qui étale maintenant son impuissance au milieu de l'angoisse ouvrière, des affaires ralenties, des grèves pourrissantes, des conciliations .avortées, et pour qui le mouvement serait une mortelle catastrophe.

Nous avons choisi, nous, une fois pour toutes pour le présent et l'avenir. N'est-ce pas ? les jeunes, qui m'entendez !

Mais nous savons bien, nous autres, que l'indépendance, la rénovation exigent un régime capable de mettre en oeuvre l'État et de conduire la nation. C'est le contraire, bien entendu, qu'ont réalisé et que maintiennent contre nous les séparatistes, unis pour cela aux coopérateurs de la conservation. Les premiers, en effet, jugent que ce système de confusion favorise leurs entreprises. Les seconds s'accrochent à une bâtisse où s'abritent les jeux, intrigues, vanités, qui font la vie des partis. Nous voulons, nous, arracher les Pouvoirs publics à la discrétion des chapelles, faire en sorte que le Gouvernement, le Parlement, la Justice, soient séparés et, par conséquent, responsables chacun pour son compte, avec, au-dessus d'eux, un arbitrage national qui puisse recourir au pays. Nous voulons que notre peuple se rassemble pour son salut, au lieu de se laisser diviser et subdiviser par des fractions dont les querelles l'épuisent, servent ses adversaires et ne nourrissent que les partisans.

Hier, tandis que la France, opprimée par l'invasion et étouffant sous l'humiliation, entendait les voix du parti pris, du mensonge, du renoncement, retentir à tous les échos, moi-même et mes compagnons n'avons jamais cessé de dire : « Rien ne compte, excepté de vaincre. Il n'y a qu'une route à suivre, celle du combat ! » Quant à nous, à aucun moment, nous ne fîmes autre chose que d'agir pour y réussir sans concéder en rien à la mollesse, ni au désespoir. Nous étions peu, au départ. Mais, à mesure des événements, combien de Français nous rallièrent de corps ou d'âme, y compris beaucoup de ceux qui, d'abord, nous avaient négligés ou même combattus ! A la fin, par la voix de Paris criant sa joie sur les Champs-Élysées, la nation tout entière devait nous donner raison.

Aujourd'hui, dans le tumulte d'un monde en fusion, au milieu de tant d'appels à la haine ou à la faiblesse, parmi tous les intérêts opposés et embrouillés, moi-même et mes compagnons disons au pays : « Rien ne compte excepté de renaître. Rétablir l'unité, avant tout par l'harmonie sociale ; maintenir l'indépendance ; bâtir l'État qu'il nous faut avec sa force et sa justice. C'est le salut ». Et nous marchons vers le but, sans nous en laisser détourner par aucune combinaison. Nous sommes sûrs qu'à la masse des Français qui nous a déjà rejoints s'ajoutent, pas à pas, beaucoup de ceux qui, d'abord, ne nous entendirent pas ou refusèrent de nous suivre.

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lundi, 27 février 2012

L'ancêtre de la Sécurité sociale - la Caisse de prévoyance - est née à Ans.

 

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       À la fin du 12ème siècle, de la terre noire propre à faire du feu  fut trouvée dans beaucoup d’endroits de la Hesbaye. Cependant, l’exploitation en sous-sol s’impose. Elle se termine huit siècles plus tard en région liégeoise. Le droit minier liégeois est dominé par le principe qui possède le comble, possède le fond. Principal propriétaire des terres, l’Eglise concède des terrages à des comparchionniers.  Le pire ennemi des charbonniers est l’eau qui envahit les  mines. Certes, via les araines, Liège bénéficie d’eau potable mais trop de bures sont abandonnées faute d’exhaure. En 1582, le Prince-Évêque Ernest de Bavière proclame l’Édit de Conquête qui vise à sauver les fosses inondées (cfr Liège 28 6/12/2010 – Les Planchar, maître de fosses dans la Seigneurie de Montegnée).

       À la Révolution française, nombre de charbonniers liégeois ont pris la route de l’exil. La mise sous séquestre de leurs biens est décidée. La législation minière au Pays de Liège change. La loi Mirabeau décrète les mines sont à la disposition de la nation. La nation confie l’exploitation à des nouveaux capitaines d’entreprise, résolus, ambitieux, politiquement intrigants, formés techniquement (…)  le règne des « barons du charbon » comme le déplore Robert-Armand Planchar.

        Nous sommes le vendredi 28 février 1812. Comme d’habitude, au charbonnage Beaujonc – propriété de Lambert Colson et de Madame Hardy -  127 mineurs sont au travail, au niveau moins cent septante mètres. Parmi ces 127 mineurs, il y a un aveugle, Nicolas Riga, des enfants dont Mathieu Goffin, 12 ans, fils d’Hubert Goffin, fils lui aussi de mineur. Bien que la généalogie des pauvres ne va généralement pas au delà du grand-père, on trouve déjà un Goffin mineur à la fin du 16ème siècle.

        Il est 10h lorsque Mathieu Labeye, ouvrier chargeur au panier – cuffat  - aperçoit de l’eau tombant dans la bure. Prévenu le maître mineur Hubert Goffin réalise que l’eau provient d’une digue rompue près du puits Triquenotte, autre houillère propriété de la Compagnie Colson. Tandis que l’eau envahit la mine, Goffin bat le rappel de l’ensemble des ouvriers. Par trois fois, le panier réussit à remonter 35 mineurs. Goffin emmène les autres vers d’autres galeries supérieures. Comme seul outil,  leur pic. Rapidement privés de chandelles, ils cherchent une issue. Par ailleurs,  les secours extérieurs s’organisent. Le mercredi 4 mars, la jonction est établie via la houillère de Mamonster  Le bilan ; 105 mineurs sauvés, 22 noyés. Les catastrophes minières ne sont pas rares. Une centaine au Pays de Liège entre 1802 et 1813.

        Une enquête sur les causes de la catastrophe est menée sous la direction de l’ingénieur en chef au Corps impérial des Mines, Beaunier. Le 25 mars 1812, premier constat : imprévoyance due à l'habitude des dangers inhérents à la mine, négligence résultant de l'impunité, témérité inspirée par le désir de rendement à tout prix, insuffisance de la technicité dans les méthodes d'exploitation et dans les moyens de parer aux dangers.

        Avant même que les causes du drame ne soient établies, chacun et à fortiori l’Empereur Napoléon, les devine. Désireux de distinguer l'héroïsme de ce simple soldat du travail, l'Empereur lui décerna la croix de chevalier de la Légion d'honneur le 12 mars 1812. Cerise sur le gâteau, une pension à vie de 600 francs. Les mineurs Nicolas Bertrand, Mathieu Labeye, Melchior Clavir et Mathieu Goffin reçoivent une prime de 300 francs or. En outre, Mathieu est inscrit au Lycée impérial de Liège.

        L’Empereur ordonne au préfet de l'Ourthe, le baron Charles Micoud d'Umons de donner à la cérémonie de remise de la Légion d’honneur le luxe, le faste, la grandeur de l'Empire. La cérémonie se déroule le dimanche 22  mars à l’Hôtel de Ville de Liège. Les peintres Jacques-Charles Bordier du Bignon et Philippe-Auguste Hennequin ont immortalisé ce moment où le premier ouvrier reçoit la Légion d’honneur.

        Ulcéré par le comportement des barons du charbon, Charles Micoud d’Umons s’en est plaint à l’Empereur lors de son passage à Liège en 1811, les propriétaires ne comptant pour rien la vie de leurs ouvriers. La catastrophe du charbonnage Beaujonc lui permet de revenir sur le sujet. En juillet 1812, il soumet au ministre de l’Intérieur, Camille de Montalivet un projet de caisse permanente de secours. Cette caisse est alimentée par une très légère retenue sur les salaires. Au lendemain de la bataille de Buntzlau, le 26 mai 1813,  Napoléon signe le décret  instituant la Caisse de prévoyance en faveur des ouvriers houilleurs du département de l'Ourthe.

           Ancêtre de la Sécurité sociale, la Caisse de prévoyance est installée le 15 juillet 1813 à l’Hôtel de Ville de Liège. Les propriétaires des mines contribuent à hauteur d’un demi pour cent de la masse salariale de leurs ouvriers et employés. Ceux-ci à hauteur de deux pour cent.

      L’administration de la Caisse de prévoyance est gratuite. Font partie de droit du Conseil d’administration  1o le préfet du département ; 2o l'évêque diocésain ; 3o le procureur impérial près le tribunal de première instance ; 4o le maire de la ville de Liège ; 5o l'ingénieur en chef des mines. Cinq autres administrateurs sont élus annuellement ;  un parmi les propriétaires des grandes exploitations, un parmi les directeurs de fosses, deux parmi les maîtres mineurs, et un parmi les ouvriers houilleurs.

        Sous le régime hollandais, la Caisse de Prévoyance est suspendue. La Belgique indépendante la rétablit en 1837. L’année centenaire de la catastrophe voit l’érection, à Ans, d’un monument en hommage à Hubert et Mathieu Goffin, œuvre du sculpteur liégeois Oscar Berchmans.

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lundi, 24 janvier 2011

Le lock-out au Journal de Montréal entre dans sa troisième année !

     Dès le 27 janvier 2009, Liège 28 a annoncé le lock-out de 253 personnes (journalistes, photographes, infographes ou encore préposées aux petites annonces) au Journal de Montréal par Pierre-Karl Péladeau, patron de Quebecor. Deux ans, plus tard, le conflit dure toujours.

     Ce soir, à 20h. un spectacle de solidarité - le show du cadenas selon l'appellation de Rue Frontenac - se déroule au Métropolis, 59, rue Sainte-Catherine Est, Montréal. Ce spectacle au cours duquel Les Zapartistes,  Bernard Adamus, le groupe Karkwa, Damien Robitaille et Gilles Vigneault se produisent, marque l’entrée du lock-out dans sa troisième année. Un Zapartiste, Christian Vanasse, explique : La convergence, dans les médias, fait passer les intérêts du groupe de presse avant ceux du public. D’un point de vue capitaliste, c’est magique, ça crée toute une machine à fric, mais il faut se rappeler que sans médias, il n’y a plus de démocratie. Quant à Gilles Vigneault, il déplore l'attitude de Pierre-Karl Peladeau : Ça fait deux ans qu’il perd de très belles occasions d’être en avance sur la philosophie de l’information. Il aurait eu avantage à se placer en avant de la pensée des communicateurs d’aujourd’hui. Dès le début du conflit, les lockoutés ont publié, sur Internet, Rue Frontenac www.ruefrontenac.com . Depuis quelques mois, une version hebdomadaire papier de Rue Frontenac est sur le marché.

     L’an dernier, à la même époque, Liège 28 a écrit : en ce temps de mondialisation, les 253 lock-outés peuvent logiquement attendre un soutien (moral) de leurs confrères étrangers dont les Belges. Curieusement - même le bulletin mensuel de l'association des journalistes professionnels francophones belges « Journalistes » - la presse européenne ne s'intéresse guère à ce lock-out. C'est d'autant plus étonnant qu'il y a, dans ce conflit, un petit côté « people » dont la presse généraliste se montre d'ordinaire si friande. En effet, Pierre Karl Peladeau est le conjoint d'une vedette TV, Julie Snyder,(…) Julie Snyder a fait les belles avant-soirées de France 2, en début du 21ème siècle avant de retourner au Québec, produire la Star Ac' et animer différentes émissions populaires.

     Un an plus tard – la longévité de ce conflit social de presse ayant cru – le même silence radio existe chez les confrères européens. Silence également des confrères belges. Silence également dans le bulletin mensuel de l’Association des Journalistes professionnels (AJP) Journalistes. Silence d’autant plus curieux que la Secrétaire générale de l’AJP a été l’invitée au Congrès de la Fédération professionnelle des Journalistes du Québec. Elle a fait un brillant exposé sur l’agréation des journalistes professionnels qui existe dans notre pays depuis le 31 décembre 1963. Sa conclusion : nous pensons que si l’agréation au titre de journaliste professionnel n’existait pas, nous l’inventerions.

     À ce même Congrès, un atelier a eu pour titre L'éléphant dans la pièce. Cet atelier s’est intéressé à Quebecor, au lock-outés du Journal de Montréal. Mieux, l'assemblée générale a voté à l'unanimité dimanche une résolution demandant une commission parlementaire qui se penchera sur toutes les causes sous-jacentes, y compris la concentration de la presse, qui ont conduit au pourrissement du conflit (au Journal de Montréal).

 

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samedi, 15 janvier 2011

RTBF-Liège

      Dimanche dernier, deux cars de captation RTBF sont venus se garer à Esplanade de l’Europe 1. Ils ont quitté leurs emplacements dans la journée de mardi. Entre-temps, lundi, a eu lieu l’enregistrement d’une émission dont la diffusion est prévue en mars.

     Ce retour des cars ressemble à une régression. En effet, comme l’a expliqué Jules Pirson, président régional de la CGSP-RTBF-Liège dans la lettre d’information de son syndicat, la RTBF-Liège a disposé, en Télévision, d’un studio entièrement équipé avec régie vidéo, régie son et régie lumière. La régie vidéo, caméras comprises, est pratiquement neuve (…)  Elle est entièrement numérique et permet de faire des productions en Haute Définition. Tout comme celle de Charleroi, cette régie a été démontée pour équiper le nouveau studio info de Bruxelles.

     Lors d’une réunion du Comité du Site, fin novembre, l’Administrateur-Général – Liégeois d’origine – Jean-Paul Philippot s’est voulu rassurant. Bien que le grand studio RTBF à la Médiacite  – théoriquement opérationnel dès Noël 2009 (cfr Liège 28 – 18/12/2009) – sera SANS régie. Pour chaque émission, un car régie et un car lumière viendront sur place.

     À l’objection des travailleurs du terrain qu’une émission se fait en quatre ou cinq heures dans le studio équipé de régie alors que, avec la venue des cars, l’installation et le réglage des projecteurs, l’enregistrement, le démontage, le rangement et le retour des cars à Rhisnes, il faut deux jours de travail à charge de l’émission, Jean-Paul Philippot réplique que les Télévisions modernes ne travaillent plus qu’avec des cars vu qu’une régie est un investissement qui dort  lorsqu’elle n’est pas utilisée à cent pour cent.

     Bon prince, l’Administrateur-Général promet que Liège sera prioritaire pour obtenir les cars de captation. En outre, il promet que les devis des productions liégeoises (actuelles ou futures) ne seront pas majorés du surcoût occasionné par la venue de cars de captation. Les promesses n’engagent que ceux qui les croient !

     L’inauguration des nouveaux bâtiments RTBF est prévue en mai 2011. En 2003, l’inauguration est prévue en 2007 puis reportée fin 2009. Il est à noter qu’à la Médiacité, la RTBF-Liège radio ne dispose que d’un studio contre quatre en 1963 au Palais des Congrès. Réduction également en Télévision, absence de régie, huit cellules de montage au lieu de dix, deux post-sono au lieu de trois.

     Parmi des diverses conséquences prévisibles notons celle épinglée par le dirigeant  syndical Jules Pirson ; en Radio comme en Télévision, il ne sera plus possible de faire une intervention rapide lorsque l’événement qu’il soit politique, judiciaire ou autre, le nécessite, donc perte d’une souplesse que nous n’utilisions pas tous les jours, mais qui s’est avérée parfois bien utile. C’est donc l’ensemble des personnalités liégeoises qui n’auront plus accès, rapidement, à notre média quand cela sera nécessaire.

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